LA LEGENDE
DU
Wl^ëUJ
'mm&t
A M. Arthur Maury
Or, nous sommes aux temps tragiques d'autrefois, Ou tressaillaient les monts, les déserts et les bois Sous les migrations des races primitives. Les Celtes, nos aïeux, fuyaient alors les rives De Tlndus et les monts Emodes, car le ciel, Depuis longtemps torride et durement cruel, Faisant mourir la source et sécher la prairie, Les forçait de marcher vers une autre patrie. La peste au souffle noir, tille des lourds étés, Moissonnait ces vaillants jusqu'alors indomptes : Les survivants sentaient s'effondrer leur courage ;
Derrière eux s'abattait, confus comme un nuage,
Sur le peuple des morts, le peuple des vautours;
Le sol vibrait de pas tumultueux et sourds
Et la douleur poignait ces mornes multitudes
Sur les chemins poudreux des vastes solitudes.
Les peuplades sans nom de ces pays perdus,
Voyant rouler ces flots d'hommes inattendus,
Epiaient leur sommeil pour les tuer dans L'ombre;
Chaque aurore voyait diminuer leur nombre
Et même, un soir, — suprême et saignante douleur !
Par une nuit sans lune, un d'entre eux. le meilleur,
Le grand chef, écouté de tous, le chef superbe
Qui dormait étendu paisiblement dans l'herbe,
Fut pendant son sommeil égorgé lâchement ;
Et tous eurent dès lors le noir pressentiment
Qu'ils s'insurgeaient en vain et sans espoir possible
Contre la loi de fer d'une Force invincible.
La marche tout le jour et la nuit nul repos;
Les tigres se ruaient sur leurs maigres troupeaux
Et la mort semblait douce aux bêtes misérables,
Ou des lions, sortis de bois impénétrables,
Triomphaient des guerriers par la faim épuises.
Des ossements blanchis, des chariots brisés.
De grands foyers éteints et déserts dont les brises
Faisaient sinistrement voler les cendres grises,
Des glaives, des piquets de tentes, des épieux
Marquaient le long chemin que nos tristes aïeux
Suivaient depuis des jours et des nuits, en tumulte.
On aperçut enfin un pays moins inculte
Où l'herbe verdissait près d'un fleuve d'azur;
Des montagnes, au loin, surgissaient dans l'air pur.
Et de vastes forêts, océans de feuillages,
Où les vents indomptés traçaient de longs sill
Se perdaient dans le bleu des horizons lointains.
Les exilés, songeurs et toujours incertains.
S'arrêtèrent ; alors, des anciens, des sages
Aux cheveux blancs et longs, aux solennels visages,
Leur dirent qu'il fallait camper près de ces bois;
Et, scrutant l'avenir obscur, aux saintes lois,
Un vieux prêtre ajouta : « Reposons-nous encore;
Mais je n'espère plus si la prochaine aurore
N'amène pas pour nous un grand événement.
Le terme des douleurs est ici. Le moment
Est venu. Notre race attend et c'est pour elle
La résurrection ou la mort éternelle ! »
La nuit tombait, la nuit calme, la nuit d'été
Pleine de parfums lourds et de sérénité,
Conseillant le sommeil et provoquant le rêve ;
Les caresses des vents, les effluves de sève
Enivraient doucement ce peuple harassé.
Bientôt, sans plus songer aux horreurs du passé,
Tous dormaient ; le grand fleuve aux rumeurs solennelles
Troublait seul le silence ami ; les sentinelles
Etaient debout autour du camp; les feux du soir,
Mourant avec lenteur, palpitaient dans l'air noir ;
Plus loin, le grand coq blanc qui servait aux augures
Reposait dans un chêne aux profondeurs obscures ;
Car ces tribus, malgré des jours longtemps cruels,
Emportaient leur croyance et leurs vieux rituels.
Tous les chiens étendus sommeillaient, immobiles.
Les veilleurs aux regards perçants, archers habiles,
Sondaient l'obscurité paisible de ces lieux ;
Mais la fatigue aussi vint leur fermer les yeux,
La nuit les entoura de ses tiédeurs subtiles
Et leurs corps endormis tombèrent, inutiles.
Non loin de là, guettaient, sous le calme des deux,
Deux couples de lions, restés silencieux
Et formidablement accroupis sur des roches.
Personne dans le camp ne les sentait si proches;
LE COQ &AULOIS
Mais eux, flairaient déjà la chair des hommes blan De longues faims ayant creusé leurs maigres flanc ;
Et dans Torde leurs yeux erraient des lueurs vertes;
Ils baillaient quelquefois et leurs gueules ouvertes
Exhalaient des vapeurs vagues dans l'air plus frais.
Tout se taisait au loin dans les vastes forêts.
Un instinct leur disait que l'heure était venue :
Alors, dans une marche adroite et contenue.
Leur groupe descendit vers le camp, pas a pas.
Les gazons hauts et sourds ne les trahissaient pas ;
Ces fauves paraissaient des ombres et leurs formes,
Dans l'air silencieux, se balançaient énormes;
S'arrètant, ramassés sur eux-mêmes, les yeux
Flamboyants, ils allaient, d'un bond prodigieux.
Tomber sur les veilleurs muets, couchés par terre.
Quand, tout à coup, perçant comme un clairon de guerre,
Un chant de coq, tout prés, vibre dans l'air dormant.
D'autres coqs, réveillés aussi soudainement.
Lancent éperdûment leur stridente fanfare...
Le groupe des lions s'étonne, puis s'effare,
Car aucun d'eux n'avait entendu cri pareil ;
Ce brusque appel semblait un signal de réveil,
Et leur sauvagerie en ignorait la cause ;
Ils hésitent d'abord, stupéfaits ; aucun n'ose
Avancer; puis, saisis brusquement par la peur,
Ils s'enfuient ; tout le camp se lève ; à la stupeur
Succède un vaste élan vers la forêt ; un Celte,
Sentinelle avancée, a la fois rude et svelte,
Entrevoit les lions en déroute ; d'un bond
Il les rejoint, son arc au poing et furibond,
De sa première flèche étend morte une bête.
On le reçoit au camp avec des cris de
Les vieillards, jusqu'à lui, viennent émerveille
Et des vierges en pleurs s'inclinent a ses pieds.
C'était un homme jeune et fort, a la peau blanche ;
Ses cheveux, comme un tiot ondoyant qui s'épanche,
Ruisselaient sur son dos en brillantes rousseurs,
Son regard ferme et clair, ou flottaient des douceurs,
Bleuissait largement comme un beau ciel limpide.
Son père était jadis un grand chef intrépide
Et Ton sentait qu'en lui l'esprit de ses aïeux
Palpitait noblement, toujours impérieux ; —
Souvent l'âme des morts dans un fils recommence. —
Son nom était Brenké, le nom d'un arbre immense
Epanoui là-bas sous le ciel indien.
Brenké demeurait simple et ne demandait rien
Que d'être revêtu de la peau de la bête ;
Mais sa race, voulant un héros à sa tête,
Pour son chef, en ce jour, l'acclama hautement.
Or, depuis ce nocturne et grand événement.
Les coqs, dont la subtile et mâle vigilance
Avait vu le péril ramper dans le silence,
Furent pour les tribus des animaux sacrés.
Mais, bien que glorieux et bien que vénérés,
Leurs combats — jeux cruels — étaient chose établie,
Car ces duels sanglants, ou la force s'allie
A l'adresse, servaient à tous de réconfort
En apprenant au peuple à mépriser la mort.
Or, les Celtes, depuis cette nuit mémorable. Délivrés à jamais d'une ère misérable, Connurent la victoire et la prospérité.
Ils marchèrent sans peur et le front indompté, Et leur race au grand cœur alla créer des villes Sous des cieux plus cléments, dans des pays fertiles. Et les peuples craignaient tous ces guerriers fameux. Hardis comme les coqs et robustes comme eux.
Salut, oiseaux sacrés, chers à nos fiers ancêtres, Oiseaux mystérieux consultés par les prêtres,
LE COQ &AULOIS
Symboles éternels du Celte et du Gaulois !
Plus tard vous triomphez près du blason des rois
Et vous restez debout sur les drapeaux de France !
Crète au vent et l'œil vif, vous êtes l'espérance
Et, d'un élan viril vous faisant une loi,
Vous dites à la mort : « Je n'ai pas peur de toi ! »
Charles Grandmolgin
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Notes explicatives de la légende
DU
Cette légende est, comme toutes les légendes, une œuvre d'imagination basée sur un premier fonds de vérité ; elle a cela de commun avec la plupart des traditions. Elle vaut, par exemple, celle de Rémus et de Romulus, fils du Dieu Mars et dune vestale, laquelle, en raison de son parjure, fut enterrée vive, tandis que ses enfants jumeaux étaient abandonnés sur le Tibre. On sait le miracle par lequel les futurs fondateurs de Rome échappèrent à la mort grâce à une louve qui les allaita, etc. Du moins, la légende du coq gaulois reflète en partie des textes authentiques.
Les documents relatifs à nos ancêtres, avant la domination romaine, sont d'une pénurie extrême. Les écrivains qui, sans hésiter, tixèrent l'histoire et la géographie de ces époques ont, le plus souvent, ingénieusement tiré parti des textes anciens, qui ne sont, la plupart du temps, que des phrases courtes et imprécises glanées dans des auteurs grecs et latins plus ou moins bien informés.
C'est que les Gaulois, de même que les peuples connus qui vivaient à ces époques, exception faite des Indiens, des Chinois, des Egyptiens, des Carthaginois, des Grecs, des Romains, étaient barbares ou semi-barbares et n'écrivaient pas. Ainsi, fait qui semblera extraordinaire, on ne sait rien de la langue (jue parlaient nos ancêtres avant la conquête romaine. Dans de pareilles conditions comment a ton pu établir de quelles contrées ils venaient lorsqu'ils ont envahi le sud de l'Europe et s'y sont lixés en essaimant un peu de tous côtés?
'il') LE COQ G M LOIS
Cependanl les historiens sonl généralement d'accord pour dire que les peuplades nommées Celtes, Caletes et, plus tard, Gauloises, ont dû émigrer des hauts plateaux de l'Asie, « suivant par I»' l'ont Euxin (Mer Noire) el le Danube, l'éternel chemin < 1 1 1 ' < » 1 1 1 parcouru, pendant vingl siècles, les hordes errantes, depuis les premiers Kimris jusqu'aux Huns <l Attila, »
D'autres historiens croienl que nos ancêtres sonl venus eu Europe en suivant le littoral de l'Afrique pour traverser les Colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar). Ou indique même que leurs barques étaient fabriquées de branches enlacées recouvertes de peaux ?
Il est aussi question de leur religion avant qu'ils n'adop lassent le druidisme. Un dictionnaire (') édile récemment dit même à ce propos : « le coq Gallois esl il originaire des traditions de la mythologie celtique ou bien est-il l'ancêtre du coq gaulois ? »
Mais ces traditions, nous les avons vainement cherchées. Tout au plus pourrait-on déduire de citations extrêmement vagues que les peuples primordiaux de l'Asie — d'où sortirent nos ancêtres? — adoraient le soleil, source de vie.
Or, le coq a été honoré, vénéré, parce que c'est lui qui, le premier, salue l'aurore de son chant éclatant auquel répond, dans les bois, l'harmonie confuse formée de la voix de tous les êtres qui se réveillent.
L'Extrême-Orient a conservé les emblèmes d'une des religions asiatiques qui dérivait du culte du Soleil? Le prin ripai de ces emblèmes est le Yn-Yang qui représente l'antagonisme du jour et de la nuit, du bien et du mal, qui signifie,
en un mot, les deux influences contraires d'où naît la vie ; mi a voulu y voir un coq el une poule étroitemenl unis. <>n
(1} O'Kdly de Galway. Dictionnaire de lu Science du Blason.
fabrique encore au Japon des amulettes plus explicites. Cette religion aurait donné naissance, beaucoup plus tard, au gnosticisme dont on retrouve des traces en France jusqu'au Moyen Age. Or, les amulettes gnostiques, assez communes dans nos musées, sont des pierres dures, gravées, qui représentent divers sujets, et souvent des tètes de coqs surmontant des corps d'hommes. (Voir page 66).
La légende <hi <'<><] gaulois raconte qu'un coq, par son chant, mit en fuite des lions; cette erreur d'histoire naturelle avait cours dans l'antiquité et Pline 0 ta rapporte gravement; on la trouvera plusieurs fois reproduite dans notre étude.
Charles Nodier, le célèbre littérateur, l'a répétée ainsi dans un article souvent cite 2 :
« Les Gaulois avaient adopté pour emblème, par la même
raison, un coq au plumage blanc que toutes les langues désignent par l'équivalent et souvent par l'homonyme du nom de Gaulois. De là vient la table nationale du Coq blanc qui combat le lion et qui en triomphe, et le blason de couleur qui attache au blanc la signifîance de batailler bravement »
Voyons maintenant les auteurs de l'antiquité :
« Comme type ethnique, les Galates de Polybe, étaient grands de taille, à peau blanche lactée, à cheveux blond ardent, à yeux bleus. Ce portrait des Galates de la Cisalpine a été confirmé par Tite-Live et autres auteurs de son temps. Il a été répété jusque dans le ive siècle de notre ère par Ammien Marcellin et parJordanès vers 550 (3>.
« Ces peuplades, ajoute Polybe, étaient dispersées dans des villages sans murailles et ignoraient absolument les mille choses qui font le bien-être de la vie. Ne connaissant de lit que le gazon. ne mangeant que de la chair, elles menaient la vie la plus agreste. Etrangères à tout ce qui n'était pas guerre ou travail de la terre, elles n'avaient ni science ni art quelconques. Leurs riches^.-consistaient en or et en troupeaux. C'étaient, en effet, les seules choses qu'elles pussent en toute circonstance emporter avec elles •et déplacer à leur gré. »
1 l'iiiif. Histoire naturelle.
(2) Charles Nodier. Gazette li itéra ire du 8 mars 1S.Î2.
(3) G. de Morlillet. Formation de la Nation Française.
48 LE Cou &AULOIS
« La crainte des Galates a plus d'une fois ému non seulement la Grèce do nos jours, mais encore lia Grèce ancienne >>.
« Les Celtes et Gaulois de la France ne sont réellemenl
connus que depuis César, milieu du [" sied.' avanl notre ère. Il n'est pas inutile de rappeler que Galates el Gaulois sonl un seul et même mot, traduction littérale de la forme grecque Galatai el de la forme latine Galli ».
* Enfin, César, dans ses Commentaires, (de Bello Galli rapporte ce fait curieux qu'une partie de la nur gauloise regardait comme un sacrilège de manger des gallinacés et, cependant, en élevait avec un mélange de plaisir et de respect.
LE COQ A TRAVERS L'HISTOIRE
LE COQ A TRAVERS L'HISTOIRE
Antiquité Gauloise et Gallo-Romaine
Le coq gaulois ne se perd pas dans la nuit des temps, comme on serait porté à le croire. 11 s'y retrouve de façon indéniable.
Ainsi qu'on l'a vu dans un chapitre précédent, le coq s'est attiré, à diverses époques, de nombreux ennemis politiques. On a été jusqu'à nier qu'il existait de ces gallinacés dans les Gaules. Nous avons déjà cité un passage de Jules César (page 48) qui montre l'inanité de cette assertion. Nous allons recourir aussi aux collections d'antiquités.
Coq en terre cuite blanche, d'origine gauloise (Musée de Saint-Uermain-en-Laje)
Le Musée de Saint Germain-en-Laye possède dans ses vitrines une série de coqs de l'époque gauloise, en terre cuite blanche, laquelle fait suite, du reste, à une collection d'autres animaux. Nous avons fait photographier un de ces coqs choisi
LE i OQ GAI Lois
Vase en bronze de l'époque gauloise (Musée fle Saint-Germain-en-Laye)
LE COU A TRAVERS L HISTOIRE
parmi une quinzaine, tous de forme peu différente. Dans le
même musée on trouve encore des coqs figurant sur des objets en métal ou peints sur des poteries ; le tout est de fabrication gauloise.
Le plus intéressant est celui qui surmonte un vase de bronze trouvé dans une sépulture gauloise sous tumulus, aux environs de Cliàlons, exactement au lieu dit Piémont, canton de Busy-le- Ghâteau (Marne).
Ce vase, en feuilles de bronze battu, est composé de deux hémisphères superposés et rivés ensemble, il a environ trente -cinq centimètres de haut. Le coq du couvercle est très curieux de forme.
Ce vase, qui date de L'époque gauloise, fut offert
Face d'un autel découvert à Paris en 1784, sur lequel on voit à l'Empereur Na- Mercure avec le coq . / ■ ■ ■ • __
,,,-,..„. . , , poh'on III, qui en
(Musée île Saint-Germain-en-Laye) ' '
til don au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain, où il figure depuis l .
(1) Salle VI, vitrine I. E. 1". Catalogue S. Reinach, 38 édition, page 14*.
b'\ LE COQ GAI Lois
On découvre encore en France, de temps en temps, «1rs petits nuis en bronze dont l'usage esl absolumenl inconnu el nous serions parfaitement autorisé à les taire figurer parmi les documents en faveur du coq gaulois. <»n a bien expliqué qu'ils ;iv;iinii dû servir d'offrandes au «lien Mercure en place de coqs vivants; nuis cette supposition ne repose sur aucune espèce de preuves, sinon que Mercure, que César appelle le grand dieu de la Gaule, esl souvenl représenté avec un coq : on en a découverl ainsi plusieurs à Paris.
Il résulte, en outre, d'une communication faite à la Société Nationale des Antiquaires de France que des coqs en plomb furent trouvés en I s7o avec d'autres objets en verre el en bronze dans une sépulture gallo-romaine à Boulogne-la Grasse (Oise).
Monnaies gauloises. — Les nombreuses variétés de monnaies gauloises que l'on possède aussi bien dans les collections particulières qu'à la Bibliothèque Nationale, au musée de Saint- Germain, etc., vont nous fournir à leur tour quelques indices, niais il ne faut pas encore s'attendre à y trouver un emblème national. En effet la nationalité, comme on l'entend aujourd'hui, n'existait pas pour les Gaulois : les peuplades de race Celte ou Gauloise qui s'étaient lixées dans les diverses parties des pays dont l'ensemble, à peu près, est aujourd'hui la France, indépen damment des groupements de même race qui avaient essaimé ailleurs, par exemple dans l'Italie septentrionale, n'avaienl pas entre elles de liens politiques et, même, elles étaient souvent en lutte les unes contre les autres, cherchant à se dominer. Elles ne parvinrent que difficilement, et en nombre restreint, à s'entendre pour résister aux envahissements de l'étranger qu'il fût Germain ou Romain.
Les numisinalisies ne sont même pas fixés sur les localités d'émission puisque ces monnaies, de type- très divers : têtes, animaux, ornements, dont il va être question plus loin, n'ont que très rarement des inscriptions ; de plus, elles sonl presque toutes des contrefaçons grossières des monnaie- grecques ou romaines ayanl cours dans les territoires où on les .1 imitées.
« Chaque copie. di1 M. de l.a Saussaye ,]l. servant à son tour à
(1) Le Magasin Pittoresque, d'après une dissertation publiée par M. de la Saussaye, dans la Revue de numismatique, 1840, p. 244.
LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE 55
une reproduction plus barbare, les types primitifs finirent bientôl par tomber clans la plus étrange confusion. Trompé par cette obscurité, on prit longtemps pour des symboles particuliers de la Gaule certains signes qui n'étaient cependant que le produit de ces altérations successives. Tel est, par exemple, le cheval nu ou bridé, imitations dégénérées du bige antique, dans lesquelles on a voulu voir un emblème de cette nation. Tels sont également le centaure, l'aigle et le cavalier, types divers longtemps méconnus ».
Cependant, quelques signes distinctifs se retrouvent avec une certaine constance sur plusieurs sortes de ces monnaies, tels sont : le bœuf pour les Véliocasses, peuple dont la capitale est devenue la ville de Rouen ; le guerrier armé pour un canton des Arvernes (l'Auvergne); les tètes coupées d'ennemis vaincus, imitation du statère grec, pour une localité de la Bretagne ; les Heurs de lotus, dites bien improprement Heurs de lis gauloises, pour les Santones (Saintonge) ; le sanglier qui se rencontre, mêlé à d'autres signes, sur les monnaies d'un plus grand nombre de localités.
Justement on possède aussi un petit sanglier de bronze posé sur un socle troué et qu'on suppose être un insigne militaire (voir chapitre des emblèmes). On en a conclu que l'emblème des Gaulois était le sanglier, affirmation hâtive que rien d'ailleurs n'est venu confirmer. Le sanglier pullulait dans les forêts épaisses qui couvraient alors une grande partie du pays ; peut-être ne faut-il pas aller chercher plus loin le rappel de son image sur des monnaies.
Le coq, enfin, se voit sur un assez grand nombre de monnaies gauloises trouvées principalement dans l'Oise (forêt de Compiègne), la Somme (Corbie), l'Aisne, le Nord, la Seine- Inférieure (Dieppe), etc. Il en existe quatorze variétés au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale.
La Table de V Atlas des mon noirs gauloises publié sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique, par M. Henri
de la Tour, sous-bibliothécaire au départemenl des Médailles el Antiques de la Bibliothèque Nationale (Paris, 1892), en
désigne ainsi une partie : 12.î\ à 7228. Coq debout, à droite, les éperons Fortement accusés dans le champ, triskèle.
9310 9311. Serpent à tête de coq sôus un bige.
Tête de coq en creux p. 8.
Dans les journaux « La Revue archéologique » el « La Revue
numismatique » des années 1879, 1894, 1899, 1903, nous trouvons la description de médailles gauloises au type coq
découvertes dans la foret de Compiègne, au Mont César, près
Bailleul-le-Sec, (Oise), etc.
Nous avons rappelé que la plupart des monnaies gauloises ne sont que des imitations plus ou moins grossières des monnaies grecques ou romaines. Ces imitations s'éloignaienl du type, à mesure qu'elles étaient recopiées successivement les unes sur les autres. Mais les médailles au coq que nous avons reproduites plus haut, semblent être des originaux bien gaulois puisqu'on ne les trouve pas ailleurs antérieurement.
Cependant M. Blanchet, dans une étude publiée récem ment (1), croit avoir découvert sur la monnaie de Caleno (Italie) le prototype des monnaies dites Caletes.
(1) La Revue numismatique de 1903, l'Influence de l'art <ji?, sur la Gaule Belgique.
LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE 57
Nous avons vainement cherché aussi cette ressemblance : l'oiseau de la monnaie ci-dessous est planté tout droit, dans la
IConn lie île Caleno
pose caractéristique du coq poussant son cocorico, tandis que sur les monnaies gauloises il a le cou arrondi ou semble marcher.
M. Blanchet dit dans son article :
« Or. vers le milieu du me siècle avant notre ère, un certain nombre de villes de la Campanie. du Samnium et du Latium conclurent probablement une alliance avec Rome, et furent autorisées à émettre des monnaies de bronze en leur nom pendant une période assez longue.. . Ces monnaies sont d'un type uniforme et les pièces émises par les diverses cités ne se distinguent guère que par la légende.
Voici la description de la pièce de Cales, qui se rencontre encore communément à notre époque.
Tète de Pallas, coiffée du casque corinthien, à gauche, les cheveux tombant en arrière et dépassant le cou.
Coq, k droite. Devant, CALENO, et derrière, un astre à huit rayons ».
Suit le détail des transformations supposées par lesquelles le graveur gaulois aurait fait passer le type de la pièce grecque pour arriver à le dénaturer aussi complètement.
L'étude de M. Blanchet nous a rappelé le passage suivant. noté dans un dictionnaire à l'article Calettes ') :
« Il semble (c'est M. de Saulcy qui parle) qu'il y ait un rapprochement à faire au sujet de la présence du coq sur les monnaies des Caleni d'Italie, sur la pièce bretonne à la légende iii:\ Calle et enfin sur la monnaie de cuivre des Caleti ».
Malheureusement le célèbre archéologue n'a pas, croyons-
(1) Rappelons que le Père Hardouin a lu dans Pline Galletos pour Calelos.
nous, établi ailleurs ce rapprochemenl ; quelle pouvail être sa pensée ?
Nous permettra i <>n. à nous donl L'incursion dans la Qumismatique esl toute fortuite, de risquer une de ces hypothèses donl les savants les plus autorisés comme les plus humbles sont coutumiers.
Si on se reporte à l'époque indiquée par M. Blanchet, •c'est-à-dire au milieu du m9 siècle avanl notre ère, el si <m examine les territoires occupés alors par les Gaulois eu Italie, il vient à l'espril que les villes qui onl émis des monnaies au coq pouvaienl rire des colonies semi gauloises ayanl fail acte de soumission ;'i Home. Ces Gaulois qui envahirent l'Italie centrale lurent, on le sait, un momenl maîtres de Rome.
Ilien ne (trouve qu'ils n'ont pas tiré de leur victoire, en outre de la rançon de mille livres d'or à Laquelle Tite-Live fait allusion, des avantages territoriaux pour leur population sédentaire dont l'histoire oublie trop de s'occuper.
On répondra : mais ces monnaies au coq sonl plus belles que celles des gaulois et, ici, nous citerons encore M. G. de Mortillet :
« Tandis que dans tout L'intérieur de lu Gaule et dans le nord, les types monétaires dégénéraient rapidement et devenaient informes, le long de la. côte méditerranéenne ,1, il- -<• maintenaient beaux el artistiques. Le génie de la Grèce se manifestait brillamment et se conservait avec plus ou moins de puret
Notre hypothèse peut aisément être controversée; mai-, si
«die était exacte, le coq gaulois rei itérait a plusieurs
centaines d'années avanl la conquête de César.
Dans son ouvrage l.'ari gaulois on 1rs Gaulois d'après leurs médailles, M. E. Hucher -'exprime ainsi à propos des pièces n"s 59 et 60 qui montrent, non seulement un coq, mai- encore une ligure d'homme à l'endroit de la panse du gallinacé qui devient dès lors un casque, une coiffure caractéristique :
« Ici c'est toujours un coq qui esl représenté a\ te. -a
queue et ses patte-, mais c'esl aussi une tête humaine d'un
(1) A plus forte raison sur les rives tic l'Adriatique.
LE COU A TRAVERS L HISTOIRE
caractère militaire, comme le serait celle d'un guerrier coiffé d'un casque surmonté de la dépouille ailée d'un coq. Cette tête semble
X" 59. (Agrandissement)
traitée sérieusement, elle porte des moustaches, ornement si rare dans la numismatique gauloise qu'il semble qu'on ait voulu en faire ici un signe caractéristique de la nation. Au revers ce n'est
V lin. i Agrandissement)
plus la déesse Rome que nous voyons, mais une tète purement gauloise, ornée de longs cheveux et de barbe. L'œil est farouche, la bouche présente surtout un caractère violent en harmonie avec le reste de la représentation ».
VA plus loin, revenant à celle même médaille, M. Hucher
ajoute : '
« La seconde médaille (c'esl toujours le n° 60) d'un art rude ef tout à fait national me paraîtrait une imitation purement gauloise de la pièce précédente (fig. 59) et comme une protestation énergique contre une représentation dont on comprenait l'inconvenance.
Ainsi, au droit, la tête es1 celle d'un personnage irrité : La bouche cric et s'insurge, les cheveux flottent au vent, c'esl bien la tête d'un Gaulois en fureur.
\u revers l'artiste gaulois semble avoir relevé le gant; il
a adopté l'idée de la précédente médaille; il ;i pria au sérieux le gallus cantat de ses vainqueurs, c'est bien le Gaulois paré de sa longue moustache qu'il a représenté coiffé de son emblème parlant. Le coq n'est plus vraisemblablement ici qu'une coiffure symbolique et c'est la tête humaine qui esl l'objectif du graveur
ALT.tiiili-^eini'iit ilr In im'chiillr i.uHici
Grylles. — A propos d'art gaulois, nous citerons encore les grylles qui sont des intailles ou pierres gravées en creux comme les cachets, de 10 à Lo millimètres déliant; elles sont d'ordinaire en jaspe ou eu cornaline. Ce nom de grylles leur a été donné d'après Pline; celles que l'on trouve dans le sol de la Gaule, et qui sont certainement un produit local, présentent une analogie singulière avec les médailles reproduites à la page précédente ; la même lèie humaine apparaît, mais au lieu d'être pour ainsi dire coiffée de la dépouille d'un coq, elle n'en offre que les pattes, bien reconnaissantes à leurs ergots; le reste esl formé d'un mélange bizarre de têtes d'animaux, d'ailes, etc.
On ne sait pas à quoi servaient ces grylles. D'aucuns y onl voulu voir des talismans comme les abraxos voir page 66 .
LE COQ A TRAVERS L'HISTOIRE 61
Champfleury suppose que c'étaient des caricatures politiques i . Ne seraient ce pas tout simplement des sortes de
Grj Ile. (Agrandissement)
breloques servant à signer, comme cela se fait encore chez beaucoup de peuples orientaux? Dans ce cas il se pourrait que les êtres monstrueux qui y sont gravés forment des sortes de rébus, emblèmes parlants où le rappel du coq aurait un sens symbolique.
On peut voir au Musée des Antiquités Nationales de Saint Germain -en-Lave, dans la salle xxn, laquelle est réservée aux légions romaines, le moulage d'une pierre funéraire dont l'original a été trouvé près de Strasbourg et ligure depuis longtemps au musée de cette ville ; ce monument est connu sous le nom de stèle funéraire du soldat Léontius, le catalogue la décrit ainsi page 41 (2), n° 2253 :
« Soldat avec lance, bouclier et poignard, d'un style très barbare ; à côté de lui est une enseigne surmontée d'un coq, musée de Strasbourg ».
Cette stèle, dont la signification a donné lieu à de nombreuses controverses, est très intéressante pour la thèse historique que nous allons soutenir ; l'enseigne, surmontée d'un coq, n'est-elle pas ici le rappel d'une action d'éclat, un trophée ?
(1) Cliamptleury. La Caricature antique.
(2) Catalogue de M. Salomon Reinach. Paris 181)8. Molteroz.
Slèle funéraire avec enseigne surmontée d'un coq i (fusée de Strasbourg) L" 11 moulage existe au musée de Saint-Germain-en ?
LE COQ A TRAVERS [.HISTOIRE G3
L'inscription lapidaire d'un monument funéraire analogue est bien plus probante encore. Cette seconde stèle appartient au musée de Narbonne, elle a été trouvée en 1637. Son inscription, reproduite ici exactement d'après le Corpus de Berlin, est indiquée par Hirschfeld comme étant du Ier siècle. La voici :
L • AF R A N I V S • CERIALIS • L ■ sic E R O S • Illll • AVG • DOMO • TA
RACON£ OSPITALiS A GALLO G AL L I N A C l O A F R A N I A • CER1A LISL PROC/U/l l'XORAFRANlA L-L -VRANlE-F-ANiVOHV^-^/ HIC SITa EST
« Lucius Afranius Eros, affranchi de Cérialis Sévir, aUgustal, originaire de Tarragone, hôte du logis du Coq gaulois, Afrania Rocelia, affranchie de Ce:rialis, son épouse, (ont fait ce tombeau) ; Afrania Luranie, issue d'affranchis, leur fille, âgée de onze ans, y est ensevelie ».
La traduction qui précède a été donnée par le Congrès archéologique de France en 1808 (1), qui l'a accompagnée du commentaire suivant :
« Taverne. — Les étrangers et les voyageurs n'avaient pas partout le droit d'hospitalité, et, arrivant dans des pays inconnus, ils manquaient souvent d'asile et de secours ; c'est ce qui donna lieu à l'établissement de louis publics où chacun était très favorablement reçu pour son argent ; et l'on donna à ces logis des enseignes pour les distinguer.
Nous avons la certitude qu'il existait à Narbonne. une taverne à l'enseigne du Coq gaulois, le précieux monument qui le prouve fut tiré des fondements de la tour mauresque, d'où il fut place dans la cour du palais de l'archevêché ».
Nous ajouterons que Narbonne qui, dans l'antiquité, était un port de mer, devint la base des opérations militaires des romains; il n'y a donc rien d'extraordinaire qu'il se trouvai là, au premier siècle, une auberge à l'enseigne du coq gaulois.
(I) Congrès archéologique de France. 1808. 35e session.
Séances générales tenues à Carcassonne, à Narbonne, à Perpignan et à Béziers en 18G8 par la Société française d'archéologie. Paris 1869.
64 LE cou GAI LOIS
Ce fait, confirmé par la Société française d'archéologie, esl un trait «le lumière des plus précieux.
On peut la rapprocher de cette phrase trouvée dans
Suétone que
« les Coqs (Galli) avaient réveille Néron par leur chant »
voulant par là exprimer que les Gaulois avaient inquiété Rome (1).
Enfin le même auteur latin, dans un passage relatif à l'empereur Vitellius, fait encore un rapprochement entre les mots Coq et Gaulois. La traduction suivante que nous empruntons à un livre ancien ("2) contient le texte et son explication appuyée sur l'histoire :
« Comme l'Empereur Vitellius étoit dans son tribunal, à Vienne en Dauphiné, un coq se jeta sur son épaule, ensuite sur sa tête : on augura de cet e'vènement qu'il succomberoit sous les coups de quelque Gaulois : il fut en effet assassiné quelque temps après par un nommé Antonius, natif de Toulouse, et Tribun des troupes du parti ennemi ».
Moyen-Age
Les persécutions des derniers empereurs romains, l'affai blissement de leur autorité et, surtout, les exactions de leurs représentants dans les Gaules soulevèrent à plusieurs reprises les populations réduites à la misère ; c'est ainsi que se préparait la grande invasion des barbares.
Wisigôths, Vandales, Suèves, Bourguignons, Franc-. pillaient, dévastaient les riches contrées de la Gaule romaine : ils s'enhardirent au point d'en entreprendre la conquête. Les Francs se montrèrent de beaucoup les plus habile- et, politiquement, ils régnèrent jusque dans Rome.
Ce fut Clovis qui, par sa victoire de Soissons, anéantit ce qui restait de la domination romaine.
Durant ces temps effroyables d'invasions, de massacres, de dévastation, on comprend que le coq emblématique disparaît. Le mélange des Gaulois et des Francs s'opéra lentement et. chose singulière, les vainqueurs adoptèrent la langue et, pourrait-on dire, la civilisation latine des Gaulois.
(1) Suétone, Néron, 15.
(2 Traité historique du Blason. Paris, 1754, chez C.-A. Jombert.
LE COQ A TRAVERS L'HISTOIRE
Cependant le gros de la nation française, dès lors en formation, se convertit au christianisme et tout ce qui était païen fut voué à la destruction.
Coqs des Clochers. — Les emblèmes, de même que les œuvres d'art qui surgissent alors, sont presque exclusivement religieux. Bientôt les coqs apparaissent, seulement ils sont au faite des clochers, aussi bien des plus modestes églises de villages qu'aux somptueuses cathédrales ; il n'y a que peu d'exceptions.
Cet usage remonte à une date fort ancienne qu'il a été impossible de déterminer; M. l'abbé Barraud, dans une recherche sur les coqs des églises (•), cite, d'après le Livre Noir de Coutances, la relation d'un orage arrivé en 1091 ; la foudre renversa plusieurs parties de la cathédrale de Coutances et détruisit, en particulier, le coq qui se trouvait au-dessus de la grande tour.
La signification de ces coqs a, naturellement, été très discutée.
« C'est pour ce que nous sommes Gaulois ou des Gaules, car ce terme gallits ou gctlli vaut autant à dire que Gaulois, et que cet oyseau est gallus » a dit un auteur ancien (2).
Les écrivains religieux y ont vu le symbole de la vigilance qu'exercent les ministres du culte et l'indication qu'ils doivent adresser leurs prières au ciel dès le lever du soleil.
L'usage des coqs placés au sommet des églises s'est répandu de la France à l'étranger.
(1) Bulletin du Comité historique îles monuments écrits de l'histoire de France. Paris 1855.
(2) De Bras, Recherch. et antiq. de Caen, 133.
LE COQ G M l.«il
Abraxas. — Nous croyons qu'il taul intercaler ici La descrip lion des abraxas, sortes de talismans <>u d'amulettes assez communes dans nos musées el qui ressemblenl singulièremenl aux grylles dont nous avons parlé précédemment ; ce -uni en efïel des onyx ou des cornalines de petites dimensions, gravés souvent avec art, où l'on retrouve des têtes de coqs. Ces amulettes étaient répandues par les adeptes du gnosticisme, religion inutile à décrire ici, niais qui remonte probablement à l'antiquité la plus reculée ; <»u prétend qu'elle lui relie de nos ancêtres, avant qu'ils adoptassent le druidisme ?
Les plus anciens abraxas des Gaulois onl dû leur être fournis par les Egyptiens ; mais il se peul qu'ils en aient gravé eux-mêmes plus tard car ils avaient le don de l'imitation, comme on l'a vu par leurs monnaie-.
Les abraxas qui proviennent du sol français représentent divers sujets fantastiques et souvent des personnages à têtes de coq avec des attributs du culte solaire. Les deux spécimens que nous reproduisons ici doivent dater du moyen âge.
ABRAX V.S
^Agrandissements!
Jetons. — Si le coq n'apparaît pas sur les monnaie- du moyen âge, du moins en découvre l-on sur plusieurs jetons. On sait qu'autrefois les jetons servaient à compter sans le secours de l'écriture; la fantaisie présidait à leur fabrication, aussi, pour les rendre attrayants et en augmenter d'autant la vente, changeait-on souvent leurs types. Pourtant la [abrication n'en était pas entièrement libre en France; elle se faisait dans les ateliers monétaire- SOUS la juridiction des
LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE
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généraux maîtres des monnaies, pour les jetons destinés aux officiers du roi. Quant aux jetons banaux, la frappe en appar tenait, suivant toute apparence, aux orfèvres. En 1672, deux arrêts de la Cour des monnaies portent défense de fabriquer des jetons ailleurs qu'au balancier du Louvre.
Ces petits monuments métalliques fournissent, sur les usages du temps passé, des renseignements précieux : ils rappellent parfois les faits les plus saillants de l'histoire, quand ils ne sont pas au chiffre des personnages qui les faisaient frapper pour leur propre usage. Nous en aurons souvent à présenter dans la suite de notre travail. Le catalogue de la collection Rouyer, Jetons et méreaux du moyen âge, en indique
onze qui ont le coq pour type, nous reproduisons ici les principaux ; ils ont au revers la croix fleurdelisée, ou la croix potencée, généralement cantonnée de globules, leurs inscriptions sont bizarres et quelquefois incompréhensibles, à celte
époque elles étaient plutôt destinées à donner aux jetons une apparence de monnaies : de même, on fait aujourd'hui des imitations de billets de Banque avec inscriptions de fantaisie.
Parmi les légendes qui se trouvent sur les jetons au coq de la collection Rouyer nous relevons les suivantes :
« Ce sont les geton » afin de prévenir que « ce sont des jetons » et non des monnaies usuelles, ou encore :
« De laton si i nou mes » c'est-à-dire « de laiton suis
nommé. )) Puis des devises quelconques, exemple :