‹ Les emblèmes et les drapeaux de la FranceChapitre 7 sur 62 · CAMPAGNE EX FAVEUR DU COQ · texte numérisé non relu

CAMPAGNE EX FAVEUR DU COQ

Aujourd'hui, j'en ai compté plus de trois cents. Voir l'énumération que nous en donnons à la fin clu chapitre : Le Coq à travers l'Histoire.

Indépendamment de l'Exposition, le coq est aussi de plus en plus choisi par les artistes comme emblème de la France el de la République. Je me contenterai de citer celui qui domine la nouvelle grille du palais de l'Elysée, côté des Champs-Elysées, il est en bronze et haut de prés d'un mètre.

Enfin dernièrement, au banquet des maires, les menus étaienl ornés du dessin ci-dessus, dont la composition avait été arrêtée par le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.

Tous ces coqs, j'ai le droit de dire que c'est moi qui les ai fait éclore ; je me félicite d'avoir réussi, grâce à mon petit journal, et à la grande presse, à vaincre un véritable préjugé historique. Mais je n'ai accompli que la moitié de ma tâche ; le coq réhabilité, ressuscité, je reviens à mon idée première : il faut lui donner une place d'honneur au milieu de l'écusson d'azur, où furent naguère les fleurs de lis, puis l'aigle impériale ; il faut en faire les armoiries officielles de la France.

J'ai répété cenl fois que toutes les nation-, qu'elles Boienl monarchiques ou républicaines , ont des armoiries et que, seule, la France fait exception, depuis la chute du Becond Empire, car ou ne peut compter pour armoiries le monogramme R. F. qui, d'ailleurs, n'a jamais reçu de sanction légale.

Comme il serait autrement significatif et joli, le fier coq d'oi « qui est à point crête de rouge.

Dans la campagne que nous avons entreprise en faveur du coq gaulois, nous avons eu la satisfaction de rallier à notre idée un grand nombre d'artistes et de publicistes.

C'est pour nous un devoir de nommer parmi ceux ci M. Georges Montorgueil qui, d'abord hostile à notre projet, en esl devenu, après avoir visité notre collection, un des plus brillants défenseurs.

Nous citerons de lui les lignes suivante- qui furent reproduites, en 1896, par plusieurs journaux :

La France, depuis vingt-cinq ans. n'a pas d'armoiries. On lui en bâcle dans les grandes circonstanc da a tout l'air de

figures de cotillon : c'est cocasse e1 -ans autorité. Il convient qu'on adopte enfin une couleur et une figure : nous n'avons dans traditions que le choix de l'une et de l'autre. Veut-on le coq sur fond d'azur? Pourquoi pas. il esl à point crête «le roi -

La France le pourrait adopter sans ridicule, logique av< histoire el ses destinées L'œil perçant et l'accenl sonore, quand l'entendrons-nous chanter enfin, le beau coq au cimier écarlate, sonneur dos fiers réveils, héraut de l'aube attendue!

DU

C'est ainsi qu'on écrit l'histoire.

Nous avons dit, à titre d'indication générale, dans le précédent chapitre, que le coq gaulois avait des ennemis. 11 nous reste à faire leur connaissance.

Bien qu'en ce qui nous concerne nous ayons entrepris et poursuivi notre étude, en dehors de tout esprit de parti, on ne saurait nous reprocher de commencer par un examen de la question au point de vue politique, puisque nos contradicteurs, qui se recommandent de la science, ont cru devoir choisir ce terrain de discussion.

Le lecteur nous permettra de lui présenter tout d'abord M. Rey, membre de la Société Royale des Antiquaires de France, de la Société de l'Histoire de France, de l'Institut Historique, etc., etc, qui publia, en 1837, un ouvrage intitulé : Histoire il h Drapeau, des couleurs et des insignes de la Monarchie française, précédée de l'Histoire des Enseignes militaire* chez 1rs I miens.

Dans ce livre très curieux, mais d'un intérêt inégal, l'auteur exalte le Drapeau blanc et les lleurs de lis et montre, sans la moindre réserve, qu'il n'espère qu'en leur retour prochain. Tout ce qui s'est passé en France sous une autre égide, n'excite que son mépris.

C'est dans ce factum que tous les ennemis du coq gaulois ont été puiser leurs arguments. 11 faut ajouter que M. Rey n'a pas consacré moins de neuf chapitres au coq, l'emblème qu'il exècre le plus et qu'à toute occasion il couvre de brocards.

Beaucoup d'historiens se sont ingéniés soit à inventer, soil à plier des textes anciens pour leur faire dire ce qu'ils

-„"i LE I <>n GAI LOIS

désirent, selon leurs passions politiques; lorsqu'on vérifie les textes, on est étonné du peu de valeur de certains documents souvenl contradictoires ou problématiques. Ce cas, non- le rencontrerons souvent. D'autres lois, de grandes dépenses d'érudition a'aboutissenl qu'à des conclusions décevantes. Voici, par exemple, les commentaires de M. Rej sur l'étymo logie du mot gaulois :

• « Mais, convenons-en, quelque favorables que puissent être dans une cause les arguments fournis par les étymo sont toujours que des avantages incertains et précaires, si étymologies ne sont point appuyées de preuves p Pour ne

parler que d'un mot irlandais qui a rapport à notre sujet : gai signifie étranger et lait, naturel et blanc, conquérant e1 ventre de truie, guerrier ci gageure: et tel autre pourrait avoir dix. vingt, trente acceptions, comme dans toute langue sauvage

La plus grande circonspection esl donc commandée à l'historien et il est extraordinaire de relever chez M. Rey dénotes comme celle-ci :

« du coq chez les anciens. Apre-, avoir passé consciencieusement en revue les emblèmes adoptés par toutes les nal barbares, il est utile et curieux de faire remarquer que les Goths seuls sont signalés comme ayant pris le coq ».

Mais, M. Rey n'a nullement passé celle revue des emblèmes adoptés par toutes les nations barbares. Ce que l'on en connail est extrêmement vague et a été rapporté par des historiens plutôt modernes. D'ailleurs, les emblèmes représentant une nationalité n'existent guère dans l'antiquité où l'on voit les peuplades guerrières en avoir de diverses sortes en même temps ou bien en changer très souvent. Je cite M. Rey :

« Les Celtes, selon les uns, avaient pour emblèmes des sangliers, des taureaux, des dragons et, selon d'autres, une épée qui indiquait leur amour pour les combats ».

On sent le peu de poids de telles assertions.

Plus loin, il dit :

« Il de coq) est partout, excepté dans la littérature et l'archéologie <lr notre pays. Les auteurs qui ont traite des usages et de l'agriculture des Gaulois, ne l'ont nommé dans aucune circonstance., dont la connaissance du moins soit venue jusqu'à nous

I Ceci prouve combien on est mal renseigné, \<>ir pa,:<s 51 el Boivantes les gravures représentant des n»|s gaulois photographiés dans nos mua

C'est au point que l'on se demanderait s'ils le possédaient dans leurs basses-cours avant la domination romaine. . . »

Mais il reconnaît bientôt qu'il devait y avoir des coqs dans les Gaules; du reste, cela ne prouverait rien au point de vue des enseignes puisque les dragons, les lions, les léopards qu'on y voit figurer, aussi bien dans l'antiquité que de nos jours, n'existent pas dans les pays qui les ont pris pour emblèmes.

Nous relevons ensuite dans le chapitre intitulé :

« LE COQ, EMBLÈME INJURIEUX A LA FRANCE... Jusqu'à l'époque

funeste où notre antique raison et notre sagesse primitive ont fait naufrage dans le torrent des révolutions, il semblait que chacun en France prenait à tâche de ravaler l'oiseau dont le nom était homonyme du nôtre. Dans le langage, coq et ses dérivés étaient toujours employés en mauvaise part. On appelait coquart ou coquillard le mari d'une femme infidèle. Coquart a signifié aussi : bavard, ergoteur.

Qui contredit, c'est un coquart.

Nous avons déjcà vu que de jas, coq, on a fait jaser, dire des riens.

Coquebert était un niais, un sot

Originairement, l'expression coq du village a pu signifier simplement le personnage le plus élevé du lieu en dignité, comme le coq du clocher était le plus élevé des coqs d'un village. Aujourd'hui cette expression est prise en mauvaise part et désigne particulièrement un homme qui a le ridicule de vouloir dominer sans mérite et sans droit.

Coqueter. coquetterie, expriment encore des défauts, etc

A qui fera-t-on croire qu'une nation qui avait de telles idées du coq, qui a formé de ce nom tant de mots de mépris, et chez laquelle le ridicule, selon l'heureuse expression de La Rochefoucauld, déshonore plus encore que le déshonneur, eût jamais voulu se ridiculiser au point de prendre pour emblème l'animal désigné par ce nom ? Il eût fallu pour cela que le sentiment de la raison publique fût étouffé en elle. . . hélas ! »

A la page suivante, M. Rey cite un article de la Gazette littéraire qui est, tantôt pour, tantôt contre le coq gaulois 'X et qui décrit des médailles étrangères où le coq est humilié. Ces documents figureront dans la partie historique de notre travail.

(1) Gazette littéraire, n° de novembre 1831. Ce iv manque justement à la collection de la Bibliothèque nationale.

M. Rey continue :

« La Gazette littéraire cite bien deux médailles où la présence

du <-oq nous est honorable ; mais cela n'esl point surprenant, puisqu'elles sont françaises, et composées pour renvoyer à nos ennemis l'arme avec laquelle ils prétendent nous combattre. Elle ajoute qu'il n'y m a peut-être pas d'autre exemple. En voici un cependant, ([ne, quoique aussi défavorable à notre thèse que les deux médailles de la Gazette, nous donnons nous-môme, la bonne foi devant être la première loi de l'écrivain. Louis XIV a écrit la relation de ses campagnes. Son manuscrit autographe est conservé à la Bibliothèque Royale. Mais, il en a été fait une copie sur peau de vélin, chef-d'œuvre de calligraphie, conservée aussi à la Bibliothèque, dans l'armoire vitrée. Cette eopie est enrichie de miniatures de la plus rare beauté. Dans la première, qui est consacrée à encadrer le titre, on voit dans le haul des génies soutenant l'écu de France, et au bas un coq blanc qui déchire les flancs d'un lion. Mais il est évident que cette allégorie, comme l'enseigne de certaines boutiques, au coq hardi, fait allusion à la fois, et au passage de Pline sur la terreur que, selon l'opinion des aucun-. le coq inspirait au lion, et à la tradition que nous .ivons rapportée suivant laquelle la signifiance de batailler vaillamment -■■ rattache au coq blanc du blason ».

Ici, l'auteur est pris en flagrant délit : après avoir eu un bon mouvement en citant le manuscrit de Louis XIV, ses réticences arrivent à dénaturer complètement ce document qui

est des plus importants et tout en faveur du coq : il ue cite que la première miniature où le doute peut à la rigueur être permis, mais il se garde de parler des suivantes où le coq, sous des aspects très divers, est indiscutablement l'emblème français. Nous renvoyons aux pages !):{ à 100 où figurent des photographies tirées de celte superbe relation.

M. Rey, plus royaliste que le grand roi, plus difficile que lui aussi sous le rapport du choix des emblèmes, continue :

« Tout cela n'empêche pas que le coq ne soil un emblème injurieux à la nation, el c'esl précisément celui dont on fait clmix pour le lui imposer en place des armoiries qui ont fait durant tant de siècles son orgueil et sa gloire ' Oh! combien ses ennemis extérieurs doivent se réjouir «le la von- déchue au poinl d pavaner du symbole qu'ils ont eux-mêmes mis en vogue pour l'insulter ' Combien ils doivenl triompher de la voir ainsi avilie par ses ennemis du dedans, qui, en adoptanl le symbole injurieux, semblent accepter l'injure !

Mais qu'on ne s'y méprenne pas : l'ancienne opinion île la

nation sur le coq n'est point encore ('teinte, et c'esl la précisément ce qui rend notre abaissement plus grand et plus douloureux. Les convictions populaires, lorsqu'elles sont profondément enracinées, survivent aux bouleversements politiques, comme elles ont traversé les révolutions séculaires. Quelle preuve plus décisive de cette vérité pour rester enfermé dans notre seul sujet, que le rôle joué par un coq de nos jours à l'Opéra de Paris, dans une pièce où Gustave III. objet d'un horrible attentat, meurt d'un coup de pistolet sans balle? Là, un acteur déguisé en coq, s'identitiant avec l'oiseau dont il a revêtu le plumage, et s'attaquant avec arrogance aux gilles, aux pierrots, aux jocrisses relève insolemment sa crête devant ces personnages ridicules et inoffensifs, tandis qu'il fuit de la manière la plus honteusement comique à la vue du moindre masque portant épée. Le public rit, bat des mains, et par là fait l'aveu qu'il reconnaît dans la lâche pantomime de ce véritable type du fanfaron le caractère dès longtemps méprisable du tyran des poules.

Si donc il est une vérité démontrée, c'est que les Français n'aiment point le coq, gaulois ou non gaulois. Si on le leur a imposé dans des temps de malheurs, c'est parce qu'à des idées nouvelles et désordonnées, il fallait un signe hétéroclite et nouveau, et nullement parce qu'il avait été le symbole des Gaulois. En effet, ia.Gazette littéraire dit : « On voit par tout ce que nous avons rapporté que le prétendu coq gaulois est fils de la Révolution, et que c'est en 1789, comme aujourd'hui, avec la garde nationale qu'il prit naissance. Lorsqu'il s'agissait alors de choisir un emblème, on ne rêva point que le coq était gaulois, on se souvint que c'était l'oiseau du dieu Mars. et c'en fut assez pour déterminer son adoption. Encore pendant cette période de notre histoire ne fut-il pas longtemps employé. Son image ne s'associe qu'aux plus belles pages de nos annales républicaines. Il parut avec la gloire et disparut devant le joug des faisceaux. Le niveau et le bonnet de triste mémoire le remplacèrent bientôt. Dans toute la longue liste des assignats il ne se montre guère qu'en 1792, et l'on peut assurer que vers 93, il était totalement abandonné.

...Enfin, ses traits d'illustration sont à Jemmapes et à Valmy, où il vit fuir à son tour devant lui l'aigle épouvantée. »

Si l'on doit d'infinies actions de grâce à l'officieux journal pour son aveu, que ce n'est point au coq gaulois, mais bien à celui de Mars, dieu des héros, que fait allusion le coq d'aujourd'hui, on lui en doit de bien plus grandes encore pour avoir adroitement dissimulé aux ignorants adorateurs du coq non gaulois qu'il était autant l'oiseau de P.acchus, dieu des ivrognes, celui de Priape. dieu des libertins, celui de Mercure, dieu des voleurs, etc.. etc.. que celui de Mars ou de Minerve. Mais il mérite des reproches

pour L'embarras dans lequel il jette ceux qui voudraient - expliquer commenl un emblème totalemenl abandonné vers 933 et qui n'avait paru qu'avec la gloire, ne s'associe qu'aux annales républicaines donl ce qu'il nomme complaisammenl Les plus belles \> ne date précisément que de 93, époque à jamais funeste, où prétendues belles pages furent toutes écrites avec des plui trempées dans des Unis du plus pur sang français , Quelle gloire!

El puis, est-il bien vrai qu'il ;iit été totalemenl abandonné depuis 93 ? Qu'est-ce donc alors, entre autres exemples, que le coq des monnaies d'or el d'argenl de La République, encore en circulation aujourd'hui et qui portent Le millésime de 1793? Qu'est-ce que le coq empreint quelquefois sur le casque de La Minerve qui sert de symbole à l'Institut, donl la fondation es1 antérieure à l'envahissemenl de l'oiseau de proie de Bonaparte?

Au surplus, l'écrivain de la Gazette littéraire n'est pas : de son parti politique qui se serve de L'expression prétendu gaulois en parlant du coq de la médaille de juillet. En voici un autre' exemple : « Pour complaire aux fantaisies de L'émeute régnante, on a vu ces étranges contradictions : La Révolution qui était remontée à travers les âges jusqu'au prétendu coq gaulois, répudiait le souvenir de dix siècles, qui apparemment n'oni pas été tous sans gloire et l'autorité royale effaçait de nos monuments la Heur de lis royale qui y était pour rétablir les statues impériales qui n'y étaient pas. »

Si les partisans des doctrines actuelles, tout en faisant au coq des titres de gloire de ce qu'il est fils de la Révolution et d que ses traits d'illustration sont à Jemmapes el à Valmj riseum teneatisj en parlent néanmoins eux-mêmes a\ ec tant d'irrévérence, comment ne pas espérer que le jour où le désordre moral qui nous mine disparaîtra enfin devant le flambeau rallumé de la raison publique, nous ne soyons à jamais délivrés du honteux oiseau de Bacchus, de Priape el de Mercure, dont la présence peul décorer certaines médailles et armoiries récentes, mais sérail assurément alors, sur le drapeau français, une protonde injure à la nation ?

Nous avons dit riseum teneatis, mai- on sent bien que • propos de Yalmy. et en taisant allusion a la nouvelle manière d'envisager cette bataille factice, cette victoire de convention ».

Appeler Yalmy une victoire de convention esl tellement choquant, que nous croyons utile de recti6er, ne fut ce que

par convenance pour nos lecteurs ; qous le ferons c plète

nient, plus loin, dans la partie historique (page 152 : ici qous retiendrons seulement, de- lignes injurieuses que non- venons de copier, qui' le coq gaulois était ;'i Jemmapes et a Valmy.

LES ENNEMIS DU COO V'.l

Antérieurement à l'ouvrage de M. Rey, en 1831, le Journal des Artistes dans un article intitulé : Recherches sur le Coq Gaulois, montre toute son ignorance du sujet qu'il prétend traiter :

« Si le coq eût dû se rencontrer quelque part comme emblème national, c'était sans contredit au nombre de ces animaux variés que les rois de France prirent pour devise. . . Aucun ne prit le coq. Pour le trouver employé comme symbole de la France il faut descendre jusqu'à la fin du xvne siècle. En effet, dans l'année 1665, pour conserver le souvenir de la délivrance du Quesnoy. on frappa un jeton sur lequel on voit la ville dans le fond et sur le devant un coq qui fait fuir le lion espagnol : la légende porte : Cantans fugat. L'allégorie est fondée sur le récit que fait Pline de la prétendue antipathie du lion pour le chant du coq qui le met. dit il, en fuite. Une autre médaille de 1679 représente un coq sur un globe où est écrit : Suecia, et autour : Gallus protector sub ambra alarum.

On n'apprendra point sans quelque étonnement que, hors les deux cas que nous venons de citer, on chercherait peut-être vainement d'autres exemples où le coq ait été employé par des Français comme symbole de la France et que pendant tout le règne de Louis XIV, si fécond en allégories de toute espèce, et durant lequel on institua une académie pour perfectionner l'art de l'emblème et de la devise, cet emblème si simple, si naturel, si approprié, n'ait jamais été mis en usage ni sur les médailles, ni dans les tableaux, ni sur les monuments ».

Nous n'avons pas la prétention de publier ici tout ce qui a été écrit contre le coq depuis soixante-dix ans, mais seulement de relever ce qu'il y a de plus saillant, de plus injuste.

En 1840, M. de La Saussaye qui fut président de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, publia dans la Revue de Numismatique, un grand article où le coq gaulois est fort malmené; l'auteur prétend que le coq ne se rencontre jamais sur les médailles de la Gaule (1) et il ajoute :

« C'est un fait prodigieux qu'au xixe siècle, les descendants des Celtes aient donné une consécration politique à un symbole dont la valeur ne mérite même pas d'être discutée ».

Cette phrase a été depuis souvent répétée, on verra plus loin ce qu'on doit en penser.

(1) On en a trouvé depuis cette époque (Voir pages 55 à 60).

30 LE < OQ G 11 LOIS

Une brochure intitulée : Le <'<»i gaulois, el signée do M. Pierquiu de Gembloux, parul à la veille du Coup d'Etal de Louis-Napoléon alors qu'il n'étail que Président de la Repu blique, elle commence par cette épigraphe :

Le <-(»| remplit les basses-cours dana toutes les paruet du monde.

G CCVIER.

Qui replacerait le coq entre le lis et l'aigle ?

Preste, du î a\rii I

« Béranger, en chantant le drapeau de la Révolution, a dit avec autant d'esprit que d'énergie :

Rendons-lui le coq des Gaulois, 11 sut aussi lancer la foudre.

Je ne sais où l'illustre chansonnier a trouvé une autorité qui put lui permettre d'avancer, même en vers, une pareilb héi historique. . .

Le coq gaulois n'avait jamais été qu'une mystification épigrammique faite à notre encontre par nos ennemis vaincus, qu'un calembour plus ou moins spirituel jeté à la France par l'Italie antique ou par l'Italie moderne, dan-- leur malveillance jalouse. ("est là que les érudïts en chanson sonl allés chercher l'emblème de la révolution de juillet et de la dynastie qu'elle enfanta.

Je n'en dirai pas autant de l'aigle, qui se trouve sur un très grand nombre de médailles gauloises, dans les formes et les attitudes les plus variée-, ce qui permettrait de dire avec beaucoup plus de raison que l'aigle est le véritable coq des gaulois ».

Puis, sont réédités une partie des arguments de M. Rey. Nous ne trouvons de nouveau que ce qui suil :

«... plusieurs médailles en or avaient été trouvées da canton (Zurich). Le savant bibliothécaire M Esslinger prévenu y Ait un coq. Les membres de l'institul ne turent nullement d< avis et crurent y distinguer... un dauphin, peut-être même un œil. . .

Pendant que cette science erronée a-elle des latinistes avait cours dans la classe éclairée, le peuple beaucoup plus instruit n'admettail nullement cette synonymie hiéroglyphique du nom de ses ancêtres, et, si le coq figurait quelquefois sur les monuments métalliques frappes, non en Gaule mais en France, • alc-

menl dans une acception symbolique pleine d'ironie : épigramme ou sarcasme. Ainsi, une médaille de 1679 représente un coq sur

un globe où on lit : SVECIA, et sa légende est ainsi conçue : CrALLVS PROTECTOR SVB VMBRA ALARVM C1).

Puis, tout comme M. Rey. il raconte une farce jouée cette fois en Angleterre et intitulée : Le coq gaulois chante et ne se bat pas, allusion délicate à la longanimité du gouvernement français pendant le règne de Louis-Philippe. Dans cette mascarade, le coq reçoit des coups de pied et des coups de poing d'un hussard prussien, d'un cosaque, d'un major autrichien et ■enfin d'un matelot anglais, ce qui excitait naturellement l'hilarité du public. Enfin, M. Pierquin de Gembloux termine ainsi :

« Pas une monnaie française, pas un seul des innombrables jetons frappés sous Louis XIV ou ses successeurs ne présente le coq une seule fois (2). Jamais l'Académie clés Inscriptions et Belles-Lettres ne l'employa dans cette acception. On ne le retrouve enfin sur aucun monument français antérieur à la Révolution française, et jamais on ne le rencontre ni dans les armures françaises ni dans aucune devise ni emblème de nos rois <3>.

Corrigeons donc, en ce sens, le vers du célèbre chansonnier et parlant de notre glorieux drapeau, disons avec le Président de la

République :

Rendons-lui l'aigle des Gaulois

Il sut aussi lancer la foudre. »

Nous empruntons à Y Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, n° 934, la citation suivante :

« M. P. Blossière, s'occupe du symbolisme gaulois (Nouveaux documents archéologiques), dans son Etude sur nos emblèmes et Recherches historiques sur le drapeau de la France <4>. Parmi les emblèmes gaulois, il cite le cercle ou anneau, la rose (rosa gallica . le lion, l'aigle, le tau (sorte de croix en potence) la fleur île li> même (dérivant de l'aigle?) et des insignes divers, dans une description, très profondément enveloppée dans des considérations archéologiques et linguistiques, qui ne laissent pénétrer que difficilement la pensée de l'auteur.

Il parle du coq, mais en passant :

(1) Nous reproduisons plus loin cette médaille qui tut offerte à Louis XIV par la Suède « en témoignage public de reconnaissance. » ^Voir page 104).

(2) Voir pages 85, 103, 104, 10!) où plusieurs jetons, au coq, sont reproduits.

0) Les documents de toutes sortes que nous publions dans la seconde partie de ce travail, montrent victorieusement combien toutes ces assertions sont fausses.

/i) Paris. 1874-1875, in-3.

Constatons seulement, écrit M. Blossère, qu'autanl il. était naturel alors de rapprocher les emblèmes pris dans les mots d'une même langue, autanl il a été inexplicable, depuis, d'aller chercher le mol gallus, des latins, pour l'appliquer à un peuple qui, à la meilleure époque de sa gloire, ne connaissait ni cel oiseaufl), ni, pour apporter son influence en Gaule, ce peuple romain chez qui on va chercher le nom ».

Au cours de notre campagne dans la presse, en faveur du coq, tous les vieux arguments contre onl été repris H publiésâ nouveau, notamment par M. Anatole de Barthélémy, l'éminenl président de l'Académie des Inscriptions el Belles Lettres, et par son ami M. Th. Ducrocq, professeur honoraire à la Faculté de Droit de l'Université de Paris.

A cette occasion, M. de Barthélémy a prétendu que si l'on avait bien connu l'ouvrage de M. Rey (analysé par nous en tête de ce chapitre) on n'aurait pas essayé de proposer le coq comme emblème national ».

Eh bien cet ouvrage, assez rare du reste, est désormais connu pour ce qu'il vaut et on avouera <|iie -on exagération el sa passion réactionnaire, servent admirablement notre cause. En général, le public n'a guère le loisir d'aller contrôler aux bibliothèques les affirmations des grands professeurs; cette fois, du moins, il pourra se faire une opinion rai sonnée, d'après les textes mêmes dont nous citons des passages scrupuleusement contrôlés sur les originaux.

L'honorable membre de l'Institut dit encore que :

« Le coq n'avait jamais représenté la Gaule ni la France avant l'ordonnance du Lieutenant < ténéral du royaume des 9-10 août 1830...

« Il n'y a pas à nier que le coq. emblème de la Vigilance, fui dans l'antiquité l'oiseau de Mercure, dieu du Commerce; comme symbole de la Vigilance qu'il figure en IT'.M auprès du Génie de la France sur le type composé par Dupré.. .

Lorsqu'il s'agit de choisir un emblème qui soit l'image allé'r>>rique d'une grande nation, il ne sufiil pas de s'arrêter. contrôle, à une idée conçue hâtivement, sans étude prélimin On peut arriver ainsi, et c'est le cas qui se présente, à consacrer gravement un calembour qui se répétait dans le Forum lorsque l'on entendait parler de mouvements hostiles dans la Gaule cisal-

l Voir pages 51 el suivantes, où il est démontré que les Gaulois i onnaîssaû ni

pine; ou, encore, on emprunte un jeu de mots à quelque fabricant de jetons de Nuremberg !

Avec M. Ducrocq, je crois plus que jamais que le coq, à aucune époque, ne fut l'emblème olliciel de notre pays. 11 a été et il est toujours le symbole de la, Vigilance, la Sentinelle des nuits, comme disait Pline, à ce titre, il convient bien mieux à l'institution que Velléius Paterculus nommait Securitatis urbanse custodia qu'à la France ».

On le voit, l'argument suranné du calembour revient constamment ; nous y répondrons une fois pour toutes à la fin du volume, au chapitre : Conclusion.

Quant à l'affirmation qu'il n'a jamais été l'emblème officiel de notre pays, elle prête à l'équivoque : en effet, nous avons dit et nous prouvons que le coq est depuis des siècles l'emblème du peuple français. Comme tel, il a figuré modestement à côté de l'écusson royal, impérial, républicain, et pour n'avoir pas été blason officiel , il n'en est pas moins la personnification la plus caractéristique qu'on ait jamais trouvée pour une nation.

On remarquera page 58 les commentaires dont M. Eugène Hucher accompagne dans son ouvrage U irt Gaulois, la description de deux médailles gauloises représentant chacune une tête d'homme coilïée, semble-t-il, de la dépouille d'un coq.

C'était net et vibrant.

Mais cette étude ne fut pas du goût de tout le monde, puisqu'on obtint que « le savant angevin s'inclinât devant la vérité reconnue par tous ses confrères en numismatique ».

Nous avons encore relevé récemment la preuve de l'aversion singulière qui anime M. de Barthélémy contre le coq : un article de M. Blanchet, paru dans la Revue numismatique de 1903 et intitulé « L'influence de l'art grec sur la Gaule Belgique », parle librement des monnaies gauloises, mais, fait inusité, cet article est suivi immédiatement d'observations de M. de Barthélémy, toutes dirigées contre le coq.

M. Th. Ducrocq, professeur honoraire de la Facultéde Droil de Paris, correspondant de l'Institut, a fait paraître, en 1900, une brochure ayant pour titre : Le coq prétendu gaulois. Il s'en prend d'abord aux pièces d'or de 10 francs et de 20 francs

gravées par M. Chaplain el frappées en vertu des décrets du 22 février el du 20 juillet 1899 el qui ont, au revers, un grand coq :

a ('es décrets... consacrent puni' la première fois sur nos monnaies, dit M. Ducrocq, l'erreur du coq prétendu gaulois que l'Exposition universelle de 1900. . . a prodigué d'une façon lamentable "».

Une première fois, en 1830, l'invention (du coq) a pris corps, sans atteindre nos monnaies. Cette fois, elle s'implante sur les plus importantes d'entre elles, mais sans oser encore monter à la hampe du drapent national.

Nous consulterons tout à l'heure le monnayage gaulois. Mais immédiatement, nous voulons établir que jamais, avant le mois de février 1899, les monnaies de la France n'ont admis le coq prétendu gaulois.

Nous avons peine à croire qu'un artiste, si haut placé qu'il fût. ait pu prendre, à lui seul, la lourde responsabilité d'une telle initiative. Il dépendait d'ailleurs des décrets du 22 février 1899 et du 20 juillet suivant, de refuser l'approbation nécessaire.

Si la fantaisie de l'artiste lui avait l'ail mettre une fleur de lys, à la plaee du coq, cette appn >I>at i< m eût-elle été donnée? Non doute, parce que les Lys furent l'emblème de l'ancienne monarchie et de la Restauration.

Si la même fantaisie l'avait porté à \ placer un Aigle, le refus eût été le même, parce que l'Aigle fui le signe de l'Empire et qu'il reviendrait avec lui.

Pourquoi donc avoir admis le Coq? N'a-t-il pas été l'enseigne de la monarchie de Juillet? Y a-t-il le moindre doute qui l'arriére petit-fils du roi Louis-Philippe arrivait au pouvoir, il le placerait, comme son aïeul, au cimier de nos drapeaux .'

Alors, pourquoi la différence ?

La République n'a probablement pas voulu préparer dai sens l'esprit public

Des écrivains, sans se faire illusion sur la valeur historique pas plus qu'artistique de l'emblème, onl cherche une excuse dans

qu'ils onl appelé : « la tradition ».

Nous nions la tradition (2)

C'est à ce moment précis (1830) -ans tradition antérieure, sans

aucun précèdent dans la législation nationale, qu'il a été ini

et inventé.

Ii Nous avons revendiqué l'honneur d'avoir provoqué cet heureux résultat. {2) Et nous la rétablissons avec des centaines de preuves a l'appui.

L'erreur ne fut pas étendue aux monnaies. Elle ne fut que passagère 0-). On est surpris que la République, après un demisiècle, se soit approprié l'erreur d'une Monarchie en L'aggravant par la multiplication indéfinie qu'en font nos presses monétaires.»

M. Ducrocq cite ensuite un bas-relief funéraire du musée des Antiquités nationales de Saint- Germain- en -Lave qui représente un soldat en armes ayant à coté de lui une enseigne surmontée d'un grand coq et il conclut avec M. Salomon Reinach : « Le fait n'a pas d'importance. »

On verra au contraire que ce fait prend de l'importance lorsqu'il n'est pas présenté isolé comme ici.

On a remarqué que le grief principal, tout politique, invoqué par les ennemis du coq est qu'il fut avant tout l'emblème de la Monarchie de Juillet. Cette erreur historique est si bien enracinée que nous avons vu un catalogue dressé par un expert très connu de l'Hôtel des ventes, annoncer que toute une série de sabres, de plaques provenant de coiffures militaires et de ceinturons, étaient du temps de Louis-Philippe, parce que tous ces objets portaient un coq et cependant on y lisait l'inscription : république française.

L'Intermédiaire <Ics Chercheurs et des Curieux du 28 février 1901 publie, sous la signature « Sabaudus », quatre colonnes de notes contre le coq. Presque toutes sont d'ailleurs empruntées à M. de Barthélémy. Nous y relevons cette perle à rapprocher de la précédente :

« Dans le catalogue de la librairie A. Durel (N° 168, avril 1892, X" 1084 : Mézeray : Histoire île France néant Clovis. 1692), on lii en note, que la magnifique reliure de ce volume, exécutée par Borjet, pour le Régent de France. Philippe d'Orléans, porte, aux quatre coins de la bordure, des sujets allégoriques : le coq gaulois, emblème <\t-s d'Orléans, ajoute le catalogue, en parenthèse, des cerfs et un lévrier en busse, etc. . . ».

Et au lieu de se gausser de l'expert qui déclare le coq emblème des d'Orléans (déjà sous Louis XIV) l'auteur de ces lignes

(1) Passagère? Le Coq resta dix-huit ans sur le drapeau.

demande « ce qu'oE peut penser de la valeur d'un symbole français qu'on retrouvera sur toul el partout? ». Le public pensera qu'il ;i du bon. Du reste, cette histoire <!<■ France de Mézeray, nous en donnons le frontispice page l'>^. <»n verra <-ii quelle haute estime la monarchie française tienl ce symbole.

Plus curieux encore : visitant, il n'y a pas longtemps, le palais de Fontainebleau, nous avons entendu le gardien, chargé de renseigner le public, dire à propos d'un magnifique lit qui se trouve au milieu de la chambre dite • du pape

« Les grands écussons en bronze doré qui décorenl la tête et le pied sont du temps de Louis XIV, mais il- onl été réparés sous Louis-Philippe, ce qui se reconnaît aux têtes de coq qui ont été ajoutées ». Cette sornette est débitée journellement aux visiteurs par tous les gardiens, el depuis combien dite m p s ?

Croquis des écussons cités pins liant

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