‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 3)Chapitre 13 sur 19 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

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La colonie (suile).

Schmidt, que nous avons ramené peut-être un peu trop brusquement sur la scène, était bien changé à rexiérieur depuis son arrivée dans le Kansas. Il

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avait pris un air de santé et de vigueur qui ne s'accordait guère avec sa frugalité excessive , avec les rudes travaux auxquels il se condamnait ; mais il avait le contentement de lui-même, et rien n'est salutaire au corps comme une conjsoionce pure et satisfaite. On eût dit qn'il avait grandi; sa figure était brune, pleine et mâle*; son regard, sans rien perdre de sa modestie, avait un caractère d'assurance et de fermeté. Adoptant franchement les mœurs et les habitudes du pays où il devait vivre désormais, il en portait le costume commode quoique

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Tin peu barbare. Il était vêtu d'une blouse de chasse en peau de daim et de leggings (culottes collantes) de même matière ; un chapeau à larges bords couvrait sa ièie; il était chaussé de grandes guêtres et de souliers ferrés.

Outre l'énorme faix de fourrage dont il venait de se débarrasser, il s'était trouvé encore chargé d'une faucille et d'une hachC; de son carnitr, toujours muni de différents objets indispensables à un chasseur, et enfin de sa lourde carabine, sans laquelle il eût été dangereux de se hasarder hors de l'habitation. Malgré

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les fatigues de la journée, il se montrait alerte et dispos en rentrant au loghouse, et il se mit aussitôt en devoir* d'aider les jeunes filles dans les soins du ménage;

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Burgwillers, au contraire, conservait' le costume, habit et veste de gros drap, casquette de cuir et guêtres de basané, qu'il portait autrefois dans sa fromage-

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rie des Vosges. Son carnier en lilet, son fusil rouillard étaient encore ceux qui lui servaient jadis à braconner le dimanche dans ses montagnes ; il semblait prendre à tâche de garder religieusemtnt, sous ce climat nouveau, les habitudes de son pays natal. De même, l'ancien marquard continuait à se repaître des chimères qu'il caressait en partantpourle nouveau monde.Toutce qu'on lui disait, depuis son arrivée, tout ce qu'il voyait de ses yeux, n'avait pu le désabuser. Selon lui, les vastes terrains dont il était propriétaire allaient se couvrir au

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printemps de verdure fraîche et fleurie ; il allait voir arriver quelqu'une de ces grandes émigrations de bisons qui se composent parfois, dit-on, de plus de dix mille têtes. Une fois le troupeau engagé sur les domaines de Burgwillers, celui-ci se croyait sûr de faire sa fortune. On tuerait le plus possible de ces voyageurs à coups de carabine ; on ferait sécher la chair, on vendrait les peaux. On prendrait les vaches et les veaux dans des pièges, et on les apprivoiserait afin d'établir sur les bords de la rivière Jaune une laiterie semblable

à celles des Vosges. Quand on lui parlait du caractère indomptable des bisons , il assurait connaître des secrets merveilleux pour soumettre les taureaux les plus sauvages. Rien ne pouvait ébranler sa confiance, et, en attendant que le grand troupeau arrivât, il passait les journées à battre la prairie, à examiner les pistes des animaux isolés qui fréquentaient le voisinage.

Cependant, si Burgwillers montrait toujours en paroles la même assurance.

sa conduite, surtout depuis quelque temps, démentait un peu ses paroles.

Ainsi, par exemple, il s'était contenté de faire construire une hutte de bois assez modeste, où il demeurait avec sa sœur et un jeune mulâtre qui leur servait de domestique. Quant aux vastes étables qu'il avait projetées pour loger ses futurs troupeaux de bisons, il remettait de jour en jour le commencement des travaux. Il s'était informé distraitement si, dans les immenses terrains jdont il se trouvait propriétaire, certaines parties ne pourraient pas être

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mj^.e§ en ç,ul<ure ; enfin, ce qui était plus significatif encore, il avait demandé plusieurs fois le prix des bestiaux à Stockton, comme s'il eût songé à remplacer par des animaux domestiques les animaux sauvages qui fEÛsaient défaut. Probablement donc l'ancien marquard avait des doutes; mais, soit amour-propre, i^oit entêtement, il refusait de reconnaître son erreur. Du reste, il menait une existence solitaire et misérable dans sa hutte , le temps s'écoulait, ses ressources s'épuisaient, et il était à craindre que, le jouf fifi §a de^i^ère illusion viendrait à

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tomber, il fût trop tard pour prendre un parti avantageux.

Les demoiselles Reber et Schmidt n'avaient pu, après le léger service que leur voisin venait de leur rendre, se dispenser de Tinviter à entrer dans la maison pour y ptendre un peu de repos et se réchauffer ; c'était à peu près tout ce qu'on pouvait lui offrir. Cependant, comme Burgwillers séchait devant le

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poêle ses vêtements imprégnés de neige fondue, Julia lui demanda s'il n'accepterait pas « une tasse de lait chaud. >

Il se fit un silence profond. Kretle, qui était en train de dépouiller le lièvre, interrompit sa besogne, et Schmidt, sur le point de sortir afin de préparer du menu bois, pour la cuisine, s'arrêta

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le^doigt posé, sur le ^loquet de la porte. L*un et l'autre attendaient avec anxiété la réponse de Burgwillers, en songeant

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que la généreuse enfant venait d'offri son propre souper au visiteur.

— Du lait! répéta Burgwillers avec indifférence ; j*eu buvais assez là-bas au pays, et je n*en manquerai pas quand le troupeau de bisons sera venu... Merci!

j'aimerais mieux un doigt d*eau-de-vie et une de ces galettes dures que Ton appelle des biscuits.

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Kretlft et Schmidt respirèrent en entendant ce refus.

— De l'eau-de-vie? du biscuit? répéta Julia avec confusion ; malheureusement il ne nous en reste plus, monsieur Burgwillers.

— Alors une croûte de pain et uû morceau de salé me suffiront.

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— Nous n*avons plus une poignée de farine, et le baril de salaisons est vide, répondit Julia avec effort et les yeux baissés.

Burgwillers la regarda fixement.

— Comment! ni pain ni viande? reprit-il, mais, bon Dieu ! de quoi vivezvous donc ici?

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— Surtout d'espérance, monsieur Burg^illers, répondit gaiement Kretle, qui s'était remise à dépouiller son lièvre; ce n*est qu'un moment à passer, et l'on vit comme on peut. Dame! notre ami Schmidt ne fait pas tous les jours d'aussi belles chasses qu'aujourd'hui, et il y aura gala ce soir à la maison.

Mais cette gaieté forcée ne donna pas le change à Burgwiilers.

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— Mes bons amis, dit-il avec chaleur, c'est mal à vous de ne m'avoir pas appris plus toi vos embarras, et j'en ferai des reproches au voisin Reber. Nous devons nous entr*aider, nous autres pauvres gens ; si nous ne nous secourons pas les uns les autres, qui nous secourra?... Bientôt peut-être ce sera mon tour de recourir à vous; pourquoi n'auriez-vous pas recours à moi dans vos besoins?

Allons ! Schmidt, prenez un panier et venez jusqu'à la niche de bois où je demeure. Il me reste quelques victuailles là-bas, et nous partagerons.

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