‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 3)Chapitre 19 sur 19 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

La rencontre (suite).

n exposait à son compagnon les améliorations qu'il Comptait opérer dans l'avenir, quand Tôte-de-Feu s*écria tout à coup , en lui montrant un point som-

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bre qui se mouvait sur la surface blanche de la prairie :

— Que diable aperçois-je là? Est«ce un homme ou un animal?

Reber remarqua aossi Tobjet indiqué, mais sa vue, moins exercée, ne lui permit pas de décider la question.

— C'est certainement un homme, re-

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prit le coureur des bois après un nouvel examen; il porte sur ses épaules i^n fardeau qui lui donne un air tout à fait étrange , de la distance où nous en sommes... Vous devez connaître ce gaillard, iïïonsieur Reber, car il se dirige tranquillement vers votre log-hbtiSe comme quelqu'un de la maison.

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■^AlcM'S/ ce doit être Schmidt, le brave garçon dont je vous ai parlé; et l'oB croirait qu'il vient de rendre visite

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au voisin Burgwiilers, là-bas, dans la prairie.

Mais le coureur des bois avait déjà tourné son attention d'un autre côté, et son regard se fixait avec un intérêt particulier sur la ferme.

— Il y ^a encore là-bas, reprit-il à demi-voix, quelqu'un qui parait vouloir escalader vos palissades; • . Carraiol poursuivit-il impétueusement, je ne me

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trompe pas! c'est un Indien... Nous arrivons à temps I

Et il se mit à courir en armant sa carabine.

— Un Indien ! s'écria Reber éperdu.

Juste ciel ! pourvu qu'en mon absence il ne soit pas arrivé malheur à mes enfants !

Il se mit à courir à son tour; mais,

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obligé ,/de traiter 3QU, cheval par la bride, et embarrassé de ,spn é^aipa^e, il ne pouvait aller aussi vite que Téte-de- Feu. Cependant il criait de toutes ses forces pour avertir les jeunes filles assiégées que Ton venait à leur secours.

Ces cris, aussi bien que l'approche de plusieurs personnes, donnèrent enfin l'éveil à l'Indien, dont la vigilance ordinaire semblait avoir été endormie par une circonstance inconnue. Soit

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qu'il n'eût pas rinlention de franchir la palissade, et qu'il eût cédé seulen^ent à la curiosité habiluelle-aux sauvages, soit que la vue de ces nouveaux venus l'eût fait renoncer à son dessein, il descendit du poteau sur lequel il était grimpé , et examina froidement sa situation. Cette situa^ij^^n paraissait désespérée, et le peau rouge était cerné de toutes parts. Derrière lui les clôtures de la ferme opposaient à sa fuite un obstacle insurmontable; à gauche, du côté de la prairie, se montrait Schmidt, qui, malgré son fardeau, s'avançait d*un

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bon pas, sa carabine à la main, à droite était la rivière, où des torrents d'e lu commençaient à couler par -dessus la couche de glace ; en face. Tête-de-feu et Reber accouraient de manière à lui couper le chemin de la forêt. Il semblait donc impossible que le rôdeur pût iriter d'être tué ou pris.

Llndien vit tout cela d'un coupd'œil, mais il resta immobile quelques secondes, comme s'il eût médité un plaa de retraite. Son attitude fière et hau-

taine annonçait qu'il comprenait le danger et qu'il le méprisait. Enfin, il s'assura que son tomahawk était suspendu à sa ceinture, saisit d'une main son arc, de l'autre une flèche; puis il poussa un cri férgce et se mit à descendre, rapide comme le vent, la hauteur sur laquelle la ferme était bâtie. 11 se dirigeait obliquement vers la forêt, de manière à passer entre Schmîdt et Tête-de-Feu.

Grâce à son agilité, ce plan semblait devoir réussir. Schmidt et Reber n'ayant

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Jamais vu de véritable Indien dans toute! se fàroucHë indépendance, ne pouvaient croire que ce fût une créature humaine qui bondissait ainsi le long de cette pente escarpée, et ne songeaient pas à employer leurs armes; cet être bizarre, aux ornements barbares, avec sa tête ïàsée^ue surmontait une touffe de che»

veux longs et entremêlés de pïumes,feur produisait plutôt l'effet d'un démon, de quelque habitant fantastique de ces mystérieux déserts. Profitant de leur stupéfaction, lô peail rouge continuait de descendre la colline, sautant comme un

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chamois par-dessus les obstacles, et iî devenait douteux que Téte-de-Feu seul pût l'empêcher d'atteindre la forêt où il eût trouvé un refuge assuré.

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Mais le coureur des bois était trop habitué aux rencontres de ce genre pour s'étonner le moins du monde. Gommé' .

l'Indien, en se rapprochant de Schnaîit,^ qui ne faisait. rien pour l'arrêter au passage, allait, peut-être s'échapper, le chasseur lui Qrdpi^ijia par signes.de s*£u:-

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rêter. L'autre ne tint pas compte de ces injonctions, et continua sa course effrénée.

— Tarteifîe I s'écria Téte-de-Feu, qm dans sa vie errante avait pris l'habitude de jurer dans toutes les langues, je trouverai bien moyen de t'empêcher d'aller si vite !

Il épaula son rifle, et tira sur le fuyard.

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On connaît la terrible adresse des chasseurs américains, qui à d'énormes distances logent une balle dans l'œil d'une bête fauve lancée au galop ; cependant le peau rouge ne fut pas atteint, et la balle coupa seulement une des lanières de cuir qui pendaient à sa ceinture; c'est que Reber avait posé la niain sur Tépaule du coureur des bois au moment où il tirait, et avait dérangé le coup.

Téte-de-Feuse retourna brusquement, et sa colère tomba sur son compagnon :

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— Cinq cent mille tonnerres ! dit-iî avec un accent formidable, osez-vous pai'ter la liiâin siàf moi ? d'est un jm d'âiig^réto, je vous en avertis !

Reber fut effrayé de c^tte violence

— Monsieur Tête-de Feu, ba Ibutia-t-il avec embarras, je vous demande pardon. Mais est-il nécessaire de tuer ce malheureux sauvage avant de connaître les motife de sa présence ici ?

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(— Yous n*êtes pas habitué à la vie des prairies, répliqua le chasseur, qui eut peine à dominer son ressentiment ; sans cela vous sauriez qu'avec les Indiens il faut tuer ou être tué Quant

à celui-ci, je voulais seulement lui loger une balle dans le gras de la jarabe^ pour ralentir un peu son pas.

— Encore une fois pardon ; mais il a peut-être des intentions pacifiques, et il fallait s'assurer d'abord...

En ce moment, le rôdeur, sans intêp-

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rompre sa course, posa la flèche siir son arc et la décocha contre les deux compagnons; la distance était trop grande pour que le coup pût être assuré; cependant la flèche vint s'enfoncer en sifflant à deux pas de Reber, puis l'Indien poussa un nouveau hurlement de défi»

-et adressa un geste méprisant à ses adversaires.

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— Voilà un témoignage de ses bon- »

nos intentions, reprit sèchement Tête-

de-Feu. Maintenant il va nous échapper,

et vous verrez ce qu'il en résultera.

Les craintes du coureur des bois semblaient devoir se réaliser. Le peau rouge venait de franchir la ligne de ses adversaires, en se rapprochant de Schmidt, qui, chargé d'un lourd fardeau, était le moins redoutable. Mais tout à coup les choses changèrent de face, et la chance tourna de la manière la plus inattendue.

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