‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 3)Chapitre 18 sur 19 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

L» reocootre (toite).

— Je De suis pas habitué à ce qu'on me parle ainsi, reprit le chasseur, et il n'est pas prudent d'ordinaire de m'échauffer la bile; mais je deviens tout à

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fait bonasse et je ne me reconnais plus moi-même quand je me rapproche des défrichements... Allons, l'ami, encore une fois, chargez sur votre cheval ce morceau de venaison, qui vous procurera ce soir un régal à vous et à votre monde; et puis, si, comme je l'imagine, vous demeurez dans le voisinage, vous m'inviterez bien à en manger ma part, en même temps que vous me donnerez chez vous un coin pour y passer la nuit. J'ai laissé mon *^chevai et mes chiens dans une habitation à plusieurs milles d'ici, ett^ par' cé< horrible teiîips> je ne

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me soucie pas d'aller chercher un gîte à cette distance.

Il avait Tair, en faisant cette proposition, d'accorder une faveur plutôt que de demander une grâce. Reber en fut choqué.

— Je ne reçois pas ainsi dans ma maison sans connaître les gens, dit-il

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avec aigreur. Qui êtes-vous et d'où Tenez-vuus ?

I /autre, à son tour, se montra blessé de pareilles questions.

— Qui je suis ? répondit-il ; je suis un chasseur. D'où je viens? de la prairie, où je fais la guerre aux castors, aux bisons et aux Indiens... Vous êtes scru-

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puleux, l'ami, et peu hospitalier, à ce que je vois.

— Eh bien ! monsieur le chasseur, dit Reber, à qui ces explications ne paraissaient pas suffisamment rassurantes, ma demeure est située plus loin que l'habitation où vous avez laissé votre cheval et votre bagage ; d'ailleurs, elle est petite, mal approvisionnée, et je ne saurais y recevoir personne... Au

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revoir donc, et que Dieu vous assiste !

Ce refus cavalier exaspéra le coureur des bois.

— Carambal s'écria-t-il, vous méri-

tenez...

Mais il se ravisa tout à coup.

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— Soit, reprit-il ; vous ne savez pas, camarade, ce que vous refusez. On n*a jamais regretté de m*avoir pour ami, et beaucoup ont regretté de m* avoir eu pour ennemi. Si vous étiez depuis plus longtemps dans ce canton, vous sauriez que le vieux chasseur que les colons appellent Tête-de-Feu n'est homme à oublier ni un service ni une offense.

11 s'éloignait déjà ; Reber le rappela.

— Tête-de-Fea ! répéta-t-il , frappé

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d'un souvenir. Est-ce donc à vous» monsieur, que l'on donne ce surnom *

— A moi-même. Auriez-vous aussi entendu parier de moi ?

— Peut-être. Connaissez-vous M Girard, dernièrement secrétaire du consulat français de New-York ?

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— Girard ! s'écria le coureur des bois dont les traits s'animèrent à ce nom; si je connais Girard, l'intrépide boiteux de rOrégon, celui que Ton appelait dans les prairies l'Aigle-Rusé ! si je connais Girard, l'ami qui m'a sauvé trois fois de la mort ou de la captivité , l'homme le plus brave, le plus prudent, le plus loyal dont le pied ait jamais foulé le sol du désert !... Qu'avez-vous à me dire de Girard ? où est-il? pouvez* vous me donner de ses nouvelles ?

Le chasseur parlait avec une anima-

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tion, une énergie qui justifiait parfaiteinent son sobriquet de Téte-deFeu.

— Je le peux, répliqua Reber, et je viens d'en apprendre de toutes fraîches à-Stockton. Là-bas, à mon habitation, où vous allez m'accompagner, monsieur Téte-de-Feu, vous trouverez une lettre de lui à votre adresse. Si éUfe ne vous a pas encore été remise, c'est que personne n*a pu m'indiquer votre demeure.

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— Cela eût été difficile, en effet, car je n'ai pas de domicile fixe, et depuis bien longtemps je ne m'étais rapproché des défrichements. Partons, partons bien vite. . Une lettre de mon cher Girard ! Vous me la lirez, mon ami; car depuis que je vis dans la prairie j'ai un peu oublié la lecture... Mais ne pouvezvoiis me dire dès à présent ce qu'elle contient?

— Ilv'oîsy recommande chaleureu-

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sèment une ftimille de nouveaux colons pour laquelle il s*est montré plein de bonté ; cette famille est la mienne.

— Il suffit; je vous prouverai quel cas je fais d'une recommandation de Girard... Comment vous appelez-vous t

— Rebcr.

— Eh bien! monsieur Rebér, tou-

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chez-ià... Ne craignez pas de prendre ma main ! Girard a dû vous dire que, malgré la rudesse de mes manières et certaines fautes passées, cette main est celle d'un honnête homme .. Maintenant que nous nous entendons, il est inutile de nous arrêter ici davantage ; chargez donc ce daim sur votre cheval ; nous cheminerons à pied jusque chez vous.

OubHons notre sotie querelle, et souvenons-nous seulemeat que nous sommes l'un et l'autre des amis de Girard.

Ce langage franc et amical était bien VU IS

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de nature à dissiper les préventions du colon contre Tirascible coureur des bois ; aussi Reber laissa t-ii ^omber sa main dans celle de Tête-de-Feu qui la serra vigoureusement. L'alliance ainsi conclue , les deux nouveaux amis se mirent en marche côte à côte pour gagner l'habitation, tandis que Reber traînait par la bride son cheval chargé du gibier en litige.

La nuit commençait alors à tomber.

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et les objets un peu éloijiîés perdaient déjà leurs formes et leurs couleurs; mais il n'était pas à craindre que les voyageurs s'égarassent. Tête-de-Feu , avec l'instinct particulier des hommes de sa profession, se dirigeait sans hésitation à travers la forêt. Un calme funèbre régnait maintenant dans ces solitudes; seulement des gouttes d'eaii, formées de neige fondue, tombaient, avec un bruit monotone , dans dès flaques naissantes au pied des vieux troncs, et les coyotes, qui hurlaient faiblement au fond des bois, déploraient

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à leur manière le mauvais succès de leur dernière chasse.

Tout en marchant, une conversation intime s'était établie entre Reber et Tète de-Feu. Ils causèrent d'abord de Girard, sur le compfe duquel le coureur des bois demandait toujours des détails : puis le colon, s'abandounant à une entière confiance, exposa l'état de ses affaires ; il ne dissimula rien, ni l'incertitude de sa position, ni ses découragements, ni les

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obstacles et les privations contre lesquels il avait à lutter chaque jour. Cette franchise ne pouvait manquer de produire de l'impression sur un homme du caractère de Tête-de-Feu; en apprenant la cause du voyage de Reber et la détresse de l'habitation, il ne put s'empêcher d'interrompre chaleureusement «on interlocuteur.

— Sacrebleu ! en ôtes-vous là? s'écriat-il. Vous autres colons nouvellement

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arrivés d'Europe, vous vous noieriej!^ dans un verre d'eau!... Gomment, on souffre de la faim chez vous, quand vous pourriez vivre dans la plus grande abondance! Cependant la rivière regorge de poissons, la prairie de gibierj la forêt vous produit des graines et des, racines, du sucre d'érable, du miel éé^. licieux. Vous devriez avoir de quoi fiaire bombance tous les jours, à toute heure, et vous manquez du nécessaire, et vous épuisez vos ressources à acheter ces fétides provisions des spéculateurs yankees!... Mais je m'en mêlerai, ami

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Reber, et avant quinze jours d'ici j'aurai ravitaill é votre log-house pour six mois . . . Pourvu, toutefois, ajouta-t-il avec une sorte d'embarras, que ma face bronzée et mes habitudies sauvages n'effarouchent pas trop vos jeunes filles!

Rebei' le remercia de ses bonnes mtentions, et la conversation continua

dans les termes d'une bienveillance ré-

liifcib IfBbnoine ciproque.

On atteignit ainsi la lisière de la forêt, et Reber s'arrêta pour montrer la ferme à son compagnon. Le jour était encore assez clair dans la plaine, malgré les épais nuages qu'un vent tiède et humide roulait pesamment dans le ciel. ^ I es touffes d'arbustes disséminées dans la prairie et les rangées régulières de palissades se détachaient en noir sur le tapis de neige qui commençait à s'amincir et môme à se déchirer çà et là par l'effet du dégel. Quoiqu'on fût à cinq ou six cents pas de l'habitation, on entendait distinctement les aboiements

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furieux du chien de garde; maïs Reber crut que Polak sentait déjà son approche, et il ne s'en inquiéta pas.

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