‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 3)Chapitre 3 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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( L'arrivée (suite).

Vers le soir, les autres habitants de Stockton revinrent à leurs foyers* et ik fat&at àu^si surpris que joyeux éh Toyant raGcroissement inattendu de là

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population coloniale. Reber averti par Schmidt, jugea le moment favorable pour s'assurer du concours de certains travailleurs expérimentés dans l'art de créer des établissements agricoles, les nombreux besoins de ce genre devant faire hausser rapidement le prix de la main-d'œuvre. Il avait appris de M. Jones que sa concession était située à dix* ou douze milles plus loin, et à cette distance il était impossible que des journaliers pussent venir de la ville chaque matin et s'en retourner chaque soir.

Déjà, pendant le voyage, Schmidt avait pris adroitement des informations sur

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les travailleurs les plus habiles, et il en avait désigné deux au choix de son compagnon; l'un était un de ces agriculteurs nomades qui courent le pays au hasard de leur caprice ou de leur intérêt; du reste intelligent, actif et <;onnaissant merveilleusement toutes les ressources, toutes les exigences de la vie du colon. L'autre était un nègre affranchi de la Louisiane, qui avait une grande renommée comme constructeur de maisons de bois. Le nègre et le blanc louaient leurs services aux co.

Ions, dans le but d'acquérir un petit capital qui les mettrait plus tard en

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état de devenir propriétaires à leur tour.

Reber et Schmidt n'eurent pas de peine à s'entendre avec ces deux hommes, qui furent embauchés au prix d'un dollar par chaque journée, outre la nourriture et le logement; on comprend bien que le logement était ici stipulé pour la forme, car on devait vivre en plein air jusqu'à ce que là maison fut construite. A la vérité, le nègre répondait qu'en moins de huit ou dix jours il

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aurait élevé une habitation suffisante pour la famille ; mais bien des obstacles pouvaient retarder l'accomplissement de ses promesses, et on se trouvait alors au milieu de l'automne, saison où les nuits sont déjà très-froides dans cette portion du continent américain.

I) fallait pourtant que Reber et les siens se décidassent à coucher d'abord, soit dans leur vagon, soit sous latente. Le chef de la lamille, redoutant pour fiB& enfaatB eetXe dernière extrémité.

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voulait les laisser à Stockton sous la protection du révérend M. Jones, qui s'en fut chargé volontiers, toujours moyennant une rétribution. Mais les courageuses jeunes filles refusèrent de se séparer de leur père. «Elles venaient, disaient-elles, de faire un long voyage dans le désert, et cet apprentissage de la vie des bois les avait tout à fait aguerries; ce qu'elles avaient supportées déjà, elles pouvaient le supporter encore; d'ailleurs quelques jours seraient bien vite écoulés. » Force fut donc à Reber de céder à leurs désirs, et Ton convint que tous partiraient ensemble le lende-

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main, pour aller fonder le nouvel établissement.

La nuit arriva et les émigrants, à la suite du souper, s'installèrent dans le temple. Des matelas, des peaux d'ours et de bisons, avaient été apportés pour leur servir de lits, et ils se promettaient dans cette habitation close un bien être et une sécurité dont ils ne jouissaient plus depuis longtemps. Néanmoins, les rires et les propos joyeux qui caractérisaient les haltes précédentes avaient

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disparu ; les Européens, à mesure qu'ils appréciaient mieux l'état des choses, éprouvaient de plus en plus les atteintes du doute et du découragement. Quelques-uns, réunis autour d'un banc sur lequel se trouvait une bouteille de whiskey, essayèrent de prolonger la veillée; mais une tristesse invincible ne tarda pas à disperser ce groupe, même avant la fin de la bouteille. Ils se séparèrent donc, les uns pour se jeter sur leur couche improvisée, les autres pour veiller sur les vagons et les bagages qui étaient restés sur la place voisine

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Bientôt un profond silence régna dans Tintérieur de Tédifice, éclairé par un seul flambeau. A peine couché, Reber s'était endormi; mais ses filles qui s'étaient étendues tout habillées sur un matelas de cuir à ses pieds, et qui étaient enveloppées de la même couverture ne trouvèrent pas si facilement le sommeil. lulia surtout semblait fort agitée; elle se retournait continuellement sur la couche commune. Kretle crut d'abord que les moustiques, ces terribles moucherons qui sont un des fléaux du nouveau monde, surtout dans le voisinage

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des ririères, étaient causa de cette agitation ; mais un sanglot mal étouffé ayant attiré son attention, elle étendit la main dans l'obscurité et sentit le visage de sa sœur inondé de larmes.

— Julia, chère Julia, dit- elle à voix basse, en l'attirant doucemeut vers elle, qu'as-^u donc?

Elle ne reçut pas de réponse.

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— Julia, répéta-t-elle d'un ton plus pressant, de grâce à quoi penses-tu?

— Je pense, Kretle, répondit enfin l'aînée d'une voix éteinte, que grand'mère a bien fait de mourir, et que nous sommes plus à plaindre qu'elle !

Les deux sœurs se serrèrent dans les bras l'une de l'autre, et finirent par s'endormir en confondant leurs larmes.

Cependant, le lendemain matin, tou-

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tes deux sourirent à leur père quand il vint les embrasser; toutes deux montrèrent la même ardeur à faire les pré» paratifs du départ. Quelques des émi- ^rants se proposaient de demeurer à Stockton un jour ou deux encore, jusqu'à ce que l'universel M. Jones pût les installer daas leurs propriétés ; quant à Reber, Bur{][^.illers et à plusieurs autres dont les (erres se trouvaient dans la même direction, le révérend ministre devait les mettre immédiatement en possession de leurs lots.

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Après un frugal déjeuner en commun, les voyageurs prirent congé de leurs anciens compagnons, et la petite caravane partit pour sa destination. Elle se composait de trois vagons et de quelques bestiaux. Outre Reber et ses filles, Schmidt et les deux journaliers, il s'y. trouvait encore Burgwillers, sa sœur et plusieurs autres groupes, en tout une vingtaine de personnes qui devaient se disperser le long de la route qu*on allait suivre. M. Jones marchait en avant, monté sur un vieux mustang; il avait une carabine en bandoulière, bien qu'il ne parût pas être* un tireur redoutable.

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ef une couverture rayée appelée mackinau était roulée sur la croupe du cheval en ffuise de valise. A côté de lui trottinait un pauvre diable vêtu de haillons et chargé de divers instruments d'arr penteur, qui servait de porte-chaîne et au besoin de domestique à sa révérence.

On traversa la rivière sur un radeau fait de troncs d'arbres et de liens d'écorce. Après plusieurs voyages de cette lourde machine, la caravane se trouva sans accident sur l'autre bord et se mit

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à gravir la berge, tâche difficile pour des chariots lourdement chargés. Il fallut que tous les chevaux, de main ou de bât, vinssent en aide aux malheureux attelages, et ce fut seulement après des efforts inouïs que l'on atteignit le sommet de la pente, sur la limite des bois.

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