‹ Les émigrans (la colonie du Kansas)Chapitre 7 sur 16 · CHANTS · texte numérisé non relu

CHANTS

par un homme d'une trentaine d'années, au teint brûlé parle soleil et aux manières assez communes, dont la faconde intarissable raiJ|)elait celle du plus osé commis-voyageur. A sa mise prétentieuse et d'une excentricité de mauvais goût, à la profusion de bijoux dont sa personne était ornée, on reconnaissait tout d'abord ce monsieur Hermann, soi-disant associé d'une maison de New-York, qui était venu au pays recruter des émigrans pour l'Amérique.

Debout devant la table, il sem[)lait s'adresser à deux ou trois paysans qui 1 écoutaient bouche béante ; mais il parlait

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assez haut pour être entendu de toute la salle, et en réalité pas un des assistants ne perdait un mot de ce qu'il disait. ,

Le sujet de la conversation était une lettre que l'un des paysans avait reçue d'Amérique le jour même, et que M.

Hermann expliquait à sa manière.

Après avoir lu une phrase, il la commentait longuement, pour l'intelligence des auditeurs :

« Le teri'ain est d'une extrême fertilité, disait-il en poursuivant sa lecture ;

mais il faut qu'il soit défriché et cultivé avec grand soin. J'ai déjà plus de mille dollars... *

—Tu le vois, Burgwillers, s'interrompit-il en s'ad ressaut à un homme robuste, coiffé d'un bonnet de cuir comme en portent les fromagers de la montagne, et qui était le propriétaire de la lettre-, je ne le fais pas dire à ton cousin, que je ne connais pas et que je n'ai jamais vu... L'Amérique est le plus fertile pays du monde ; ton cousin te l'affirme, et il doit s'y connaître, car* il passait ici pour un agriculteur entendu. 4

8î> 1.» s É'.lIfiMNTS.

Aussi a-t-il déjà éconon:isé plus de mille dollars, et voilà moins de deux ans qu*il habite les Etats-Unis. Mais peut-être me diras-tu : Qu'est-ce qu'un dollar ?

C'est la pièce de cent sous d'Amérique. Vous autres pauvres diables d'Européens, vous comptez par francs et centimes; nous autres, là-bas, nous comptons par livres sterling et par dollars; l'or est plus commun chez nous que le cuivre chez vous. Aussi ton cousin Benoît a4-il déjà mis de côté mille dollars, c'est-àdire plus de cinq mille francs de votre vilaine monnaie, et c'est gentil pour un commencement!... Garçon! ajouta-t-il

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par forme de péroraison en élevant la voix.

Le garçon, le palefrenier de tout ^ l'heure, accourut du fond de l'écurie, sans même prendre le temps de quitter ses sabots fangeux.

— Que faut-il vous servir, monsieur Hermann ? demanda-t-il tout effaré.

Un soda,

Un. . quoi ?

B8 r.ES ÉMIGKANTS.

— Allons I je le vois, la civilisation n*a pas encore pénétré dans cette province reculée. Un soda se compose de sirop de groseille, d'eau de seltz et de glace ; je t'apprendrai à faire cette boisson, qui est délicieuse -et du meilleur genre. Mais si Ton ne connaît pas ici le goda, on ne connaît pas davantage, j'imagine, le sherry.

— Le...?

— Un sherry... cela se compose de vin de Xérès, do noix muscade et de

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