CHAPITRE QUATRIEME
JV.
Le café da villnse.
Le même jour, et à peu près à la même heure, un cavalier, vêtu avec une élégante simplicité, et monté sur une hête de prix, arrivait au bourg de l'Ar-
che parla route des montagnes. C'était un grand jeune homme, mince, blond, de tournure distinguée, mais dont la physionomie naturellement ouverte était assombrie par quelque préoccupation pénible. Il jetait des regards embarrassés autour de lui, comme s'il eût craint que sa présence ne fù^^^marquée et n'excitât la curiosité des commères de l'endroit. 11 descendit pourtant la grande rue, presque déserte en ce moment de la journée, et il vint s'arrêter à une vieille maison dont l'enseigne enéquerre annonçait aux passants l'auberge, le café et le cabaret du village. Il mit pied
^ LE ÉyiOav.vjs. 81
à terre devant l'écurie ; après avoir recommandé soQ cheval au garçon en sabots, qui le salua d'un air de respectueuse familiarité, il se glissa inaperçu dans la salle enfumée du rez-de-chaussée, et il s'assit sans bruit dans un coin.
Cette salle enjolioée par d'effroyables enluminures^qui représentaient des épisodes de la guerre d'Algérie, était le rendez-vous ordinaire ds la population du village ; la blouse s'y coudoyait fraternellement avec le paletot , pourvu qu'elle payât sa consommation, car le père Muller, le cafetier aubergiste, ne
Sa LES ÉMIGBANTS.
faisait crédit à personue. Il y régnait en tous temps une odeur nauséabonde de tabac et d'absinthe, et les gens du pays paraissaient préférer l'air vicié que l'on respirait dans ce bouge à l'air balsamique des montagnes voisines, car ils n'en quittaient guère. Quoique la journée fût encore peu avancée, on Toyait autour de chaque table, peinte en marbre, un certain nombre d'habitués qui, tout en causant, se livraient aux charmes de la pipe, des cartes et de la
bière.
î /attention générale était captivée