‹ Les émotions chez les hypnotiquesChapitre 6 sur 17 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE LA SOLLICITATION DES RÉGIONS ÉMOTIVES PAR L’ACTION DE VERRES DIVERSEMENT COLORÉS

Il est curieux de constater que ces memes régions émotives que nous avons vues précédemment entrer en action sous l’influence de substances variées sont encore susceptibles d’être mis en branle sous l’incitation de vibrations lumineuses, et de se révéler par des réactions variées, suivant la couleur des verres colorés qui viennent les solliciter.

Dans cet ordre d’idées j’ai disposé les expériences de deux façons différentes.

Dans la première série de faits, les sujets étaient placés dans une chambre noire, éclairée par une lampe en forme de lanterne magique. Cette lampe portait un appareil condensateur muni de verres diversement colorés destinés à projeter le foyer lumineux sur le sujet.

Dans la seconde série de faits, j’opérai en

plein jour, en me contentant de présenter au sujet des boules de verre diversement colorées et du volume d’une petite pomme d’api.

Les expériences ont porté sur douze sujets, et j’ai constaté les phénomènes suivants :

Dans le premier ordre de faits, en agissant avec des verres colorés, les verres bleus ont déterminé presque constamment des sentiments d’appréhension, de tristesse, d’abattement et de répulsion violents; le sujet se reculait en détournant les yeux.

Les rayons rouges ont déterminé des sentiments de gaieté, de satisfaction ; le sujet s’approchait du foyer lumineux et le fixait avec plaisir.

Les rayonsjaunes ont presque toujours provoqué des sensations brusques d’attraction et de vive satisfaction, — c’était de l’expansion à un très haut degré.

Les nuances violette et verte intermédiaires ont déterminé des réactions variables suivant la sensibilité des sujets, et suivant que dans ces deux couleurs composées le sujet était plus sensible à l’action de l’une des composantes.

Dans presque tous ces cas, les sujets étaient en somnambulisme et exprimaient par la parole les impressions de satisfaction ou de répulsion dont ils étaient animés.

Avec la lumière blanche diffuse produite par un verre dépoli les sujets sont presque constamment passés en catalepsie franche et y sont demeurés dans les attitudes communiquées.

L’action des petites boules colorées a présenté d’emblée des résultats identiques.

Les boules bleues ont presque constamment, 8 fois sur 12, déterminé des réactions répulsives. Le sujet étant en léthargie, on présente inopinément devant lui une boule bleue, par exemple *, immédiatement il ouvre les yeux, les détourne et cherche à fuir avec un geste d’effroi.

La boule rouge amène des impressions gaies, le sourire et l'attraction. Le sujet s’empare de la boule, la manie avec satisfaction et ne veut pas s’en dessaisir.

La boule jaune sollicite presque toujours des réactions de joie du même ordre, seulement elles sont beaucoup plus intenses. Le sujet s’empare de la boule et ne veut pas s’en dessaisir.

Le phénomène devient encore plus étonnant lorsqu’on présente au sujet une boule jaune d’un volume triple à celui de la précédente ; aussitôt il lâche la petite boule et s’empare de la grosse avec ses deux mains en témoignant une profonde jubi-

lation : il rit, il s’exclame, il est joyeux de voir les figures environnantes réfléchies sur ce globe lumineux, et reste un temps considérable en contemplation et dans un état continu de satisfaction.

Dans cet ordre de recherches, j’ai pu incidemment déterminer, à l’aide d’une paire de lunettes portant un verre bleu à gauche et un verre jaune ou rouge à droite, la couleur des émotions unilatérales des hémi-émotions. Ainsi, chez un sujet, l’émotion répulsive produite par le verre bleu étant la plus forte, j’ai vu survenir chez lui la répulsion, et, en même temps, la contraction du bras d’un côté*, en même temps que le côté de la face était orienté d’une façon triste, le côté gauche de la face offrait un aspect sinon souriant, du moins calme. Eh bien ! cette contraction du bras, qui était le signe objectif caractéristique de l’état émotif produit dans le sensorium par le verre bleu, je pus opérer son transfert de la façon suivante : je changeai la place occupée par le verre bleu en retournant la lunette. Au lieu que ce fût l’œil gauche qui fût éclairé en bleu comme précédemment, ce fut l’œil droit, et alors la contraction unilatérale du bras qui traduisait l’état

d’un seul hémisphère passa de l’autre côté, par le fait de l’excitation unilatérale de l’autre lobe cérébral.

C’est ainsi que, par ce procédé de l’action des verres colorés, on peut être pourvu d’un moyen d’action de plus à l’aide duquel on pourra peutêtre opérer certains transferts de contraction ou d’autres états nerveux qui ont résisté aux aimants.

Page 1