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Qu'il nous soit permis de demander quels sont les sen

(1) M. Darwin affirme qu'un enfant âgé de six mois est affecté sympathiquement en voyant l'expression du chagrin sur un visage.

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timents qui ne sont pas en apparence formés, augmentés par l'hérédité, et comment nous pouvons affirmer que quelquesuns d'entre eux soient exempts de l'influence du principe d'hérédité?

La supposition que tous les sentiments, doués des deux conditions la force et la répétition, en sont exempts, semblerait faite à la légère. Cependant nous devons avoir une disposition primordiale, quelque chose né en dehors du mécanisme du système, qui serait la base de l'accumulation héréditaire. •

Les sensations organiques qui comprennent les violents appétits sensuels, sont, pouvons-nous le supposer, par euxmêmes placés en dehors de la théorie de la transmission. Les sensations de la faim, de confort physique, les satisfactions sexuelles, dépendent de certains organes, de certains nerfs, et quoique ces organes aient pu se développer par des tendances physiques, nous n'attribuons aucune partie de l'intensité de ces sensations aux réminiscences des émotions des ancêtres. Nous pouvons donc répéter sans autre évidence, que les conditions de l'évolution mentale, que, avant qu'un sentiment puisse être transmis à la postérité comme un écho affaibli, une sensibilité de première classe doit exister pour le commencer. Les appétits sensuels peuvent servir d'exemple de la transmission émotionnelle.

M. Spencer met sur le même rang l'instinct maternel et les appétits corporels. Il commence nous ne savons comment ; la supposition que c'est une transformation fortuite conservée à cause de son opportunité, dans la bataille de la vie, en vaut une autre. Ce n'est pourtant pas uniquement le plaisir de donner naissance aune postérité; cet acte n'est jamais agréable, et autant que nous pouvons le juger, il est souvent pénible. Le plaisir commence avec le baiser que donne la mère à son petit, plaisir qui devient très grand dans les classes d'animaux les plus élevées. Là on retrouve le plaisir général de la sensibilité, une sensation de chaleur. Mais le sentiment va plus loin il semble renfermer un frémissement de joie que nous ne pouvons localiser, ou exprimer avec les termes qui s'appliquent à des sensibilités connues. Probablement, dans aucune espèce le parent mâle n'éprouve ce plaisir au même degré. Dans la race humaine le père prend un intérêt très vif à l'enfant, mais moins ardent

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que l'intérêt de la mère, ce qui semble montrer que pour être complètement éprouvé, ce sentiment a besoin d'être senti par une organisation féminine.

Là n'est pas la preuve que l'hérédité ajoute à la force de l'instinct. Tout ce qu'on peut dire c'est que par l'hérédité nous rattachons le sentiment à ses signes et manifestations collatérales, petitesse, faiblesse et autres particularités du nouveau-né. L'effet de cette transmission peut être de développer l'intérêt que nous avons pour les petits et les membres faibles de l'espèce, aussi bien que pour les particularités qui naissent de la présence de l'enfant.

17. — Dans les cinq sens il doit y avoir une sensibilité primordiale, des plaisirs et des peines intrinsèques, qu'évoquent les émotions. Dans le son, par exemple, on croit voir apparaître des sentiments innés, originaux, agréables et désagréables. La douceur d'une simple note musicale, la souffrance que fait éprouver un cri discordant, sont liées à la qualité intrinsèque de la substance nerveuse. Suivant M. Sully, le plaisir de l'harmonie est un fait primitif. On n'a pas ici à faire appel à l'évolution. La répugnance qu'a le chien pour les sons de la vielle, et l'homme pour le grincement de la scie, n'a rien à voir avec n'importe quelle expérience antérieure.

De même dans les sensations de la vue il doit y avoir les plaisirs intrinsèques de la lumière, des nuances, des couleurs et de leurs contrastes, de ce qui étincelle, de ce qui brille. Tracer une ligne entre ces sensations et les plaisirs acquis ou transmis par association, n'est pas absolument impraticable, comme on le verra dans l'étude des rapports de ces plaisirs avec les émotions spéciales.

Les trois sens inférieurs, le toucher, l'odorat, le goût, ont aussi leurs sensibilités primordiales , qui sont évidemment telles, tandis que parmi les instincts des animaux, il y a des sensations que l'on peut regarder comme empruntées ou dérivées. L'odeur caractéristique de la race d'un animal ou celle d'une espèce ennemie, peut être considérée comme acquise et héréditaire.

18. — Si un sentiment varie avec les conditions physiques, nous pouvons le déclarer dépendant de l'organisme et en dehors des règles de transmission. Les plaisirs et les peines associés nécessitent toujours un certain état nerveux afin de

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se manifester ; cependant ils dépendent moins des conditions corporelles changeantes que les sensibilités organiques et les plaisirs et les souffrances des sens inférieurs. Si nous prenons d'un côté la bonne conscience, l'amour, la vanité, le remords et que nous les comparions au repos ou à l'exercice musculaire, aux excitations sensuelles, nous reconnaîtrons de suite l'indépendance relative de la première classe de sentiments, et la variabilité de l'autre. On a commis une grosse erreur en plaçant quelques-uns des sentiments les plus élevés en dehors de l'influence des conditions physiques; mais cette erreur montre que quelques sentiments se distinguent des autres comme suivant moins qu'eux les fluctuations des organes corporels.

19. — Le sentiment transmis possède le caractère idéal. Dans notre vie pratique nous faisons une distinction entre les plaisirs actuels et les plaisirs idéaux, entre la chaleur féconde et la fraîcheur reposante réelles et présentes, et avec les peintures ou les descriptions verbales de ces sensations. On peut facilement spécifier les points de différence. Le premier est l'intensité inférieure; le second est l'association avec nos sens les plus intellectuels la vue et l'ouïe. (Voy. VÉmotion idéale.) Ce dernier point est capital. Sans des images intellectuelles nettes, nous ne nous rappelons pas les sentiments ; la reproduction du sentiment est un fait intellectuel, et son fondement est la représentation intellectuelle. La difficulté toujours renaissante de l'instinct et de la transmission héréditaire, est l'étendue et la complication des idées qui doivent se transmettre avec les émotions.

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