CHAPITRE III LES ÉMOTIONS ET LEUR CLASSIFICATION
l . — Les sentiments sont divisés en sensations (compre nant les sentiments musculaires) et en émotions.
Les sensations, comme telles, sont premières et simples; les émotions, comme telles, sont secondaires et composées, Le plaisir que donne une odeur agréable, en tant que simple sensation, est un fait primitif ou élémentaire ; on croit qu'il est la conséquence directe et immédiate d'une stimulation physique ; le plaisir que procure une belle statue est un effet dérivé et composé ; dans sa composition entrent les résultats de l'éducation.
Les modes de dérivation ou de composition des émotions sont nombreux ; le principal est l'accroissement contigu, ou évolutions [process) associées.
Le travail de l'association est d'unifier en un seul agrégat, en un tout, un nombre de sentiments séparés ; c'est aussi de transporter un sentiment de sa cause originale, à quelque autre objet rapproché, comme dans la beauté de l'utilité, et dans lé sentiment de la vérité.
Dans beaucoup d'émotions compliquées, l'association remplit ces deux fonctions ; le sentiment de la propriété est à la fois un agrégat et un transfert (transference).
Une autre source d'émotion est dans le concours des sensations, que celles-ci s'harmonisent ou se combattent; du premier cas naîtra un sentiment agréable, du second un sentiment pénible, qu'on considérera non comme une sensation, mais comme une émotion. La douceur d'un son est une sen-
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sation ; le plaisir que procure une composition musicale est une émotion. La surprise, l'étonnement sont dus au choc d'états opposés, à l'introduction de quelque chose d'extraordinaire, et nous ressentons un heurt que l'on doit considérer comme dépassant la simple sensation.
Une théorie des émotions doit faire connaître les principes qui gouvernent l'agrégation et le transfert des sensibilités ou sensations premières, c'est-à-dire appliquer les lois de l'association aux sentiments. Les principes qui gouvernent l'harmonie, la collision ou conflit des sentiments, font partie moitié de la grande loi de l'harmonie et de la discorde, moitié de la loi de relativité.
2. — Côté physique des émotions. — Les émotions ont immédiatement une origine centrale, tandis que les sensations ont une origine superficielle ou périphérique . Quoique beaucoup de nos manifestations émotionnelles soient dues au stimulus de la sensation, quand nous avons le sentiment du sublime en contemplant les étoiles, par exemple, cependant le stimulus de la sensation n'est pas essentiel et son effet émotionnel dépend d'une série de transformations mentales, si bien que souvent le caractère émotionnel ne se manifeste que par un travail interne que nous n'affirmons qu'hypothétiquement. Toute émotion forte est suivie d'une diffusion bien marquée, d'une sorte de réahsation physique, qu'on doit noter si l'on veut faire une description complète de cette émotion.
3. — Particularités mentales de rém,otion. — Les émotions proprement dites ont certaines particularités mentales qui résultent de la description que nous en avons déjà donnée, et qui contrastent avec celles des sensations. D'abord les émotions naissent et croissent plus doucement, arrivent à une plus grande force, et s'évanouissent plus graduellement que les sensations. Comme l'a remarqué M. Spencer [Psychologie] les effets généraux d'une émotion, en tant que distingués des effets locaux, sont plus grands et plus apparents que les effets généraux d'une sensation.
Ensuite, elles dépendent, plus que les sensations, de la condition générale de l'esprit au moment donné, des dispositions, des tendances prédominantes, des facultés mentales. Nous pouvons plus facilement résister à une émotion, qu'à une sensation ; il est plus facile de supprimer l'amour ou la haine qu'un goût amer ou doux.