‹ Les émotions et la volontéChapitre 165 sur 194 · A. — COXDTTIONS PHYSIQUES LES PLUS GÉNÉRALES DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

A. — COXDTTIONS PHYSIQUES LES PLUS GÉNÉRALES DE LA CONSCIENCE

J'ajouterai les quelques observations suivantes sur les lois les plus générales qui régissent l'union des fonctions physiques et mentales.

J'ai constamment fait appel à la grande loi mentale de la relativité. Bien que nous ne puissions assigner exactement qu'elle est la contre partie physique de cette loi, l'exposition suivante sera en harmonie avec notre connaissance actuelle des phénomènes physiques et mentaux.

L'équilibre nerveux troublé par l'application d'un stimulus se reconstitue sans cesse de lui-même.

Voilà une loi élémentaire qui régit toutes les forces matérielles que nous connaissons, force mécanique, clialeur, force chimique, électricité, etc. Un liquide au repos, mis en mouvement, tend à rentrer dans son état primitif, nous en avons la preuve dans la marée. Le même principe s'applique encore aux vents dans l'atmosphère. Il n'y a pas déraison pour qu'il ne soit pas appliquable à la force nerveuse. Tout nous autorise à supposer que lorsque tous les courants cérébraux s'équilibrent, quand aucun n'est plus fort ou plus faible, la conscience ou la sensation est nulle, l'esprit est au repos. Qu'un trouble quelconque se fasse sentir sur un point, et la conscience sera éveillée ; et une fois la conscience éveillée la variété dans les stimuli empêche l'esprit de retrouver l'équilibre parfait. La nature instable de l'esprit est parfaitement en harmonie avec cette manière de voir ; la conscience est formée d'une série d'ébullitions ; ce n'est pas un fleuve au courant lent et constant. Quand l'esprit passe

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par des excitations faibles ce n'est peut-être pas très apparent : mais toutes nos expériences d'excitations intenses s'accordent parfaitement avec cette hypothèse.

La loi de diffusion exprime la seconde condition de la conscience ; en fondant cette loi avec la loi de relativité nous aurons la condition physique la plus générale de conscience :

Une augmentation ou une diminution dans la force des courants nerveux circulant dans le cerveau, suffisamment diffus pour affecter le système nerveux entier.

La dernière partie de cette phrase « suffisamment diffus pour affecter le système nerveux entier », renferme la loi de diffusion et implique le développement d'une conscience collective, une, que les remarques suivantes feront mieux connaître :

M. G. -H. Lewes dans sa « Physiology of com^inon Life « a affirmé d'une façon qui semble irréfutable que la sensation c'est à dire la conscience est une propriété des ganglions nerveux. Il nie l'existence d'un genre de stimulation et d'activité inconsciente semblable à celle que l'on trouve dans ce qu'on appelle les « Actes réflexes » et qui viendrait de la moelle épinière : et à l'appui il produit des observations et des expériences que j'ai déjà citées dans les Seiis ; il se fonde surtout sur ce fait que dans la stimulation réflexe on trouve les éléments essentiels de l'action volontaire. Autant que je puis en juger je crois que tout le poids de l'évidence penche en faveur de cette opinion. Il est beaucoup plus rationnel de croire que la sensibilité est développée par n'importe quelle excitation des ganglions (cérébraux, spinaux, sympathique) que de croire que la sensibilité n'est attachée qu'à certains ganglions (ceux du cerveau) et qu'elle est absente d'autres, composés exactement des mêmes éléments nerveux.

La théorie de M. Lewes n'est nullement incompatible avec les conditions de conscience ci-dessus énoncées. Je suppose que lorsqu'il attribue la sensibilité aux ganglions il veut dire aussi aux nerfs, car les ganglions sans les nerfs ne sont rien ; ce sont des stations de chemin de fer sans rails pour les relier entre elles. Retirer la sensibilité à la moelle épinière pour la localiser dans les ganglions, ne nous donnerait pas une meilleure solution du problème; en réalité la sensibilité doit accompagner toute activité nerveuse et les

CONDITIONS PHYSIQUES DE LA CONSCIENCE ^)iu

ganglions j.oueut par rapport à celle-ci un rôle indispensable.

Cette théorie s'accorde encore avec la loi du changement ou de relativité. M. Lewes la suppose du reste souvent tacitement et à l'occasion l'expose en termes formels. En parlant de la sensibilité des viscères il dit : « Et c'est à la variété d'états qui peut être déterminée par des chanrjements dans la circulation et dans les conditions des viscères, qu'on doit attribuer la grande variété d'actions des animaux décapités.» (Vol. II, p. 240.) Quelque théorie que nous adoptions sur la sensibilité de tous les organes qui sont liés en quelque manière par les nerfs aux centres nerveux, nous devons reconnaître que sans certains changements dans la condition de ces organes, ils n'éveilleraient pas notre conscience.

Enfin la théorie de M. Lewes n'est pas contredite par la loi de diffusion. Transposée dans les termes dont il se sert, cette loi serait : « La sensibilité augmente suivant le nombre de ganglions affectés. » La vraie difficulté ici est de trouver qu'elle est la circonstance qui détermine Vunité de conscience.

Il se peut que toutes les fois qu'un courant nerveux passe par un ganglion il y ait sensiblité ou conscience ; et que lorsque les cordons nerveux remplissent séparément leurs fonctions, les sensibilités soient aussi séparées, divisées. Pour qu'il y ait unité, il faut que les courants nerveux agissent concurremment, que les sensations locales se fusionnent et forment un état de conscience collectif. Si un mouvement de la moelle épinière arrive, comme pour la grenouille décapitée, à être un mouvement volontaire sans qu'il y ait participation du cerveau, il peut y avoir sensibilité ou conscience aussi bien que volition, mais ce n'est pas la conscience de l'animal telle que nous l'entendons, mais celle d'un animal séparé et inférieur. Pourquoi? Parce que ce que nous appelons notre conscience se sert de notre voix pour décrire aux autres notre état, de notre bouche, de nos yeux, etc., pour traduire cet état en manifestations extérieures, de nos membres pour agir en conséquence. Quelque étendue que soit l'influence d'un centre nerveux autre que le cerveau, et qui agit séparément, son activité n'éveille pas une conscience qui soit notre conscience proprement dite, mais plutôt la conscience d'un parasite.

Il me semble donc que ce qui détermine l'unité de conscience quand un stimulant local a mis en mouvement les courants collectifs, c'est l'unité de Vexécution, c'est-à-dire l'unité du mouvement, déployée par le mécanisme actif et par les sens les plus élevés. Nous pouvons n'employer les organes de l'expression que pour rendre un sentiment à la fois ; tous nos sens peuvent concourir au même acte d'attention, tout notre corps, au même acte de volonté. Si ces propositions ne sont pas absolument vraies, la conscience n'est pas une unité, mais une sorte de pluralité. On peut avoir conscience de certaines opérations détachées, par exemple de la marche qu'on accomplit en fixant toute son attention sur un autre point, mais ces opérations n'affectent pas la conscience centrale dont les propriétés sont d'être localisées dans le cerveau, déposséder l'unité, et d'être seule reconnue comme élément constitutif de notre histoire mentale.

M. HerbertSpencer dans un article critique sur les émotions et la volonté [Essais^ 2""" série) s'est spécialement arrêté sur la classification des émotions. Il exprime ainsi le principe conforme à l'évolution, qui doit gouverner cette classification :

« Nous pouvons d'abord étudier l'évolution des émotions à travers les différents degrés de l'échelle animale ; observer quelles sont celles qui paraissent le plus tôt, unies à l'organisation la plus inférieure, à l'intelligence la moins développée, examiner dans quel ordre naissent les émotions à mesure que l'organisation devient plus riche, et enfin comment elles se lient aux différentes conditions de la vie. Nous étudierons ensuite les différences émotionnelles entre les différentes races humaines ; les émotions qui leur seront communes seront regardées comme plus simples et plus primitives que les émotions des races les plus civihsées. Nous devons observer en troisième lieu comment et dans quel ordre les émotions se développent depuis l'enfance jusqu'à la maturité. Enfin, en comparant ces trois espèces de développement émotionnel, le développement animal en gé-

néral, colni do^^ rnros humainos, ot celui qiio montro l'histoire individuelle, nous pourrons découvrir jus((u'à quel point ces développements s'harmonisent et quollns sont les lois générales qui les régissent.

« Après avoir comparé et généralisé ces différentes classes de faits, l'analyse des émotions serait plus facile. En admettant que toute nouvelle forme d'émotion qui apparaît dans l'individu ou dans la race, est une modification de quelque émotion pré-existante, ou un composé de plusieurs émotions existantes, cette analyse serait rendue bien plus facile par ce fait que nous connaîtrions les émotions préexistantes. Quand par exemple nous trouvons que bien peu d'animaux inférieurs sont capables de montrer l'amour de l'accumulation, que ce sentiment n'existe pas dans l'enfant, quand nous voyons qu'un enfant manifeste sa colère, sa crainte, son étonnement, alors qu'il ne manifeste aucun désir de possession permanente, et que la brute qui n'a pas ce désir non plus est incapable d'attachement, de jalousie, d'amour de l'approbation, nous sommes autorisés à supposer que le sentiment de la propriété est un composé d'émotions plus simples. Quand un chien cache un os, nous devons supposer qu'il jouit par avance de la satisfaction qu'il prendra à apaiser sa faim; de môme lorsqu'on s'assure, qu'on prend possession d'une chose, il faut qu'il y ait excitation idéale de l'émotion que satisfera cette chose. Nous pouvons supposer de plus lorsque l'intelligence est suffisante, lorsque par exemple des armes, des vêtements, des ornements répondent à différents besoins des sauvages, l'acte par lequel on s'approprie une chose doit toujours renfermer des associations agréables, être agréable en \iv même donc, sans référence à la fin qu'il sert. Lorsque, dans la vie civilisée par exemple, le genre de propriété qu'on acquiert ne conduit pas à un ordre particulier de jouissance, mais peut procurer toutes les espèces de satisfactions, le plaisir d'acquérir devient de plus en plus distinct des plaisirs divers qu'il peut procurer et arrive alors à être une émotion séparée. »

M. Spencer divise les émotions en quatre classes : I. — (.(.(Presejitatwe feelings.) Les sensations, états d'esprit dans lesquels nous regardons une impi'ession corporelle non pas comme étant d'une espèce ou d'une autre, ou comme

localisée ici ou là, mais comme un plaisir ou une souffrance. » Cette division correspond à celle où je place les sentiments et sensations musculaires.

IL — « (Presentsitive^ représentative feelings.j'Les sensations et émotions ou groupes de sensations, de sensations et d'idées, que nous devons en partie à notre expérience personnelle, en partie à une expérience beaucoup plus vague, à celle de nos ancêtres dont nous avons hérité et qui par conséquent n'est pas limitée. » Comme exemple de ce genre d'émotions, M. Spencer donne la terreur ; certaines souffrances, dit-il, sont héréditaires dans la peur. Il ne donne pas d'autre exemple, mais il pourrait citer les émotions élémentaires en général, comme l'amour et la malveillance.

III. — (■( (Representcitwe feelings.jhe^ émotions représentatives, comprenant les idées des émotions ci-dessus citées, lorsqu'elles se présentent libres de toute excitation externe appropriée. On peut donner comme exemple de ces émotions, les sentiments que décrivent les poètes et qu'ils éveillent dans l'esprit de leurs lecteurs.

IV. — c( (Re-representative feelings.) Enfin les états com-j plexes qui sont moins les résultats directs des excitations! extérieures que leurs résultats indirects, réflexes pour ainsi dire. L'amour de la propriété est un sentiment de cette espèce. Il est éveillé non par la présence d'un objet spécial, mais bien par tous les objets qu'on peut posséder en général ; et ce n'est pas la seule présence de ces objets qui le provoque, mais encore une certaine relation idéale avec eux. » (( Les émotions les plus hautes, celles de la justice par exemple, appartiennent tout à fait à cette catégorie. »

Je veux citer quelques autres classifications : Celle de Reid est très défectueuse. Dans ce qu'il appelle « principes animaux d'activité » il renferme les appétits, les désirs (puissance, estime, science) les affections malveil lantes, la passion, la disposition, l'opinion. Sous le nom de « principes rationnels d'action « il comprend le respect dr bien de tous et le sens moral. Il ne parle ni de la surprise, n: de la crainte, ni de la croyance. C'est à peine s'il nomme er. passant les émotions esthétiques dans son dernier chapitre sur les facultés intellectuelles.

Dugald Stewart s'appuie naturellement sur l'opinion émis^ par Reid. Son étude sur la puissance active estdivisée endeu:?^

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parties principales: — I. Principes instinctifs d'action (principes animaux de Reid). Ce sont : 1° les appétits ; S*" les désirs (science, société, estime, puissance, supériorité) ; 3" les affections bienveillantes et malveillantes. — II. Principes rationnels et directeurs de l'activité. Ils comprennent : l'amour de soi ou la prudence, la faculté morale; puis le sentiment de la décence, de la sympathie, du ridicule, le goût.

C'est une faute que de ne pas discuter séparément (dans les deux grandes divisions, Intelligence et Activité) les émotions en tant qu'émotions, et les émotions en tant que stimulants de la vcjonté ; Reid et Dugald Stewart ne considèrent pas uniquement les plaisirs de l'estime, de la société, de la puissance, de la science, comme des plaisirs, mais comme des désirs qui sont des composés d'émotion et de volonté.

Thomas Brown ne voit que deux manières de classer les émotions d'après leurs éléments les plus simples, ou suivant les formes complexes qu'on leur connaît. Il adopte la dernière classification, parce que s'il adoptait la première les émotions élémentaires se trouveraient être : la joie, le chagrin, le désir, l'étonnement, le respect, le mépris, le sentiment moral. Il range les émotions complexes d'après leur relation avec le temps et les divise ainsi : Émotions immédiates comprenant la gaieté et la mélancolie, l'étonnement, la langueur, la beauté, le sublime, le risible, le sentiment moral, l'amour et la haine, la sympathie, l'orgueil et l'humilité ; — Rétrospectives, la colère, la reconnaissance, le simple regret, la joie, le remords et son contraire ; — Prospectives, \e^ désirs (existence continuée, plaisir, action, société, science, puissance, affection, gloire, bonheur des autres, mal des autres). Ce plan, beaucoup plus compliqué que celui de Reid et de Stewart, est aussi défectueux. Il montre encore mieux l'inconvénient qu'il y a à considérer nos principaux plaisirs dans leur inffuence sur la volonté, c'est-à-dire sous la forme de désirs.

Sir W. Hamiltona l'avantage d'un meilleur point de départ puisqu'il reconnaît les trois divisions de l'esprit (bien qu'il place l'intelligence d'abord et les émotions ensuite.) Il divise les émotions : 1° en sensation, et 2° en sentiments moraux ou internes. Il subdivise ensuite les émotions en émotions contemplatives ou intellectuelles, et en émotions pratiques ou volontaires. Il semble singulier que les émotions n'aient de locas standi que comme simple accident des deux autres

puissances de l'esprit ; on pourrait dire pour justifier cette singularité que les émotions naissent des sensations par l'opération des forces intellectuelles, mais c'est ce qu'Hamilton n'affirme pas. Il divise ensuite les émotions contemplatives en émotions des facultés subsidiaires et de la faculté d'élaboration ; les premières sont encore subdivisibles en émotions de la conscience du moi, et de l'imagination. Il cite parmi les émotions de la conscience du moi, l'ennui (tœdium) et son contraire. Parmi celles de l'imagination, l'ordre, la symétrie, l'unité dans la variété. Liés à l'entendement ou à la faculté d'élaboration, sont : Vesprit, les plaisirs de la vérité et de Isi sc?'ence, la jouissance qu'on éprouve à trouver et à appliquer les moyens qui servent à un but. L'union des forces de l'imagination et de l'entendement donne naissance à la beauté et au sublime. Les émotions pratiques sont celles qui sont liées à notre (1) con^erimtion personnelle, (2) ii \a jouissance d'exister^ (3) à la conservation de l'espèce; ce sont nos tendances (4) qui nous poussent vers le déi^eloppement et le perfectionnement, (5) la loi inorale. La conservation de soi-même comprend les sensations de faim et de soif, le chagrin, la souffrance corporelle, le repos, la crainte, l'anxiété, la sécurité, l'émotion suscitée par l'idée de la mort. Les émotions de l'existence renferment la joie et ses contraires, la crainte et le chagrin. La conservation de l'espèce implique amour sexuel, affections sociales et de famille, sympathie, vanité, honte, orgueil, indignation, ressentiment, colère, mépris, etc.. Nos tendances au perfectionnement comprennent les sentiments de puissance et d'impuissance, les sentiments d'émulation et d'envie. La loi morale implique respect des autres, respect de soi-même, humiliation de soimême, sentiment moral, conscience, remords.

On dirait un plan tracé à la hâte, esquissé seulement et que l'auteur n'a jamais eu le temps de revoir et de perfectionner. Les défauts en sont nombreux et évidents. Une des conséquences caractéristiques de l'ordre dans lequel Hamilton traite les émotions des deux grandes divisions, intelligence et émotion (émotion et intelligence étant l'ordre véritable suivant moi), c'est la manière dont il fait sortir la beauté de l'imagination.

La triple division de l'esprit adoptée par la philosophie allemande devrait, semble-t-il. avoir une bonne influence sur

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son système de classification émotionnelle. Kant adopte la triple division, mais il ne pousse pas loin les subdivisions qui nous permettent seules de connaître ce qu'impliquent les divisions. Dans son Anthropologie il divise les plaisirs et les soutl'rances (c'est-à-dire les états de conscience) en sensueh et intellectuels ce qui ne coïncide pas exactement avec les sensations et les émotions. Les plaisirs ou souffrances sensuels nous viennent par les sens ou par Vhnaglnation ; ils comprennent Tennui, le contentement, etc. Les plaisirs et souffrances intellectuels sont liés aux concepts de l'entendement et aux Idées de la raison. Voilà qui ne diffère pas beaucoup de la méthode d'Hamilton. Mais c'est dans la faculté appétitive, la conation, ou comme nous dirions, la volonté, qu'il renferme les émotions ordinaires, amour, haine, etc.. C'est ainsi que malgré un point de départ qui est bon, Kant retombe dans la division vicieuse des philosophes anglais. Il lie les affections et les passions § notre faculté active Une affection est un sentiment présent de plaisir ou de souffrance qui nous enlève pour un temps tout pouvoir de réflexion, qui détruit notre équilibre mental. La passion est une inclination trop forte pour être compatible avec la raison. Les passions sont naf ure^es (lil)erté, amour sexuel, etc.), ou acquises (ambition, avarice).

L'opinion d'Herbart et de ses disciples est plus importante que celle de Kant au point de vue psychologique et de la classification des émotions. Herbart accepte la triple division de l'esprit ; mais tout en accordant que les trois parties sont scientifiquement divisibles, elles sont unies et inséparables dans leur œuvre, parce qu'elles ont toutes un élément comnmn élémentaire qu'il appelle présentation (Vorstellunrj) et que nous nommerions la sensation sous son aspect intellectuel. Les autres états intellectuels, émotionnels et volitionnels sont secondaires d'origine. Les états de conscience viennent de la réaction mutuelle des présentations (\'orstellung) : la réaction est produite soit par un arrêt, un obstacle, ou une ressemblance, une harmonie ; en d'autres termes, les émotions (feeling) sont entièrement soumises aux lois d'harmonie et de conflit. Une émotion est donc : « une perception immédiate de l'obstacle ou de l'harmonie au milieu des présentations prédominantes dans tout moment de conscience » ; et comme les présentations ne sont que les forces

actives de l'esprit qui permettent de mesurer sa vitalité, un peut dire que l'émotion est « la conscience immédiate de l'auu'mentation ou de l'affaiblissement de l'activité mentale vitale. »

Les successeurs de Herbart expriment de différentes façons la distinction à faire entre l'émotion et la sensation. Nahlowsky définit la sensation un état dépendant de la simple perception d'un stimulus organique et l'émotion le résultat, non d'une stimulation immédiate des nerfs, mais de présentations existant simultanément dans la conscience. Waitz dit que les émotions se produisent naturellement dans le cours de la succession de présentations, mais que ce ne soiit pas de simples présentations modifiées^ ce qui arrive presque à dire qu'il y a un élément distinct dans l'émotion ; l'émotionnel est fondé sur l'intellectuel sans se confondre avec lui. Wundt, influencé par Herbart, tout en n'étant pas son disciple, fait um pas de plus quand il dit que l'émotion est un état dont l'aspect est purement subjectif, c'est dire que la sensation a un aspect subjectif. Le grand vice du système d' Herbart, comme celui de presque tous les systèmes philosophiques, c'est de tendre à une trop grande simplicité: l'unité de l'esprit qu'il affirme vient encore de l'idée ladoptée par Hamilton) de tout fonder sur la connaissance ou la cognition.

La classification donnée par Herbart, complétée par Waitz et ses disciples, divise les émotions en formelles et en qualUatwes. Les premières ne sont pas particulièrement subjectives, elles ne dépendent que de la manière dont se rencontrent les présentations. Les secondes dépendent des caractères spéciaux des présentations. Je cite les principales subdivisions données par Nahlowsky [Das Gefuhlsleben).

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