États fondés avant tout sur un élément organique
a. La disposition ou humeur générale de l'esprit,
n'admettant pas la prédominance d'une émotion ou d'un agent spécial : gaîté générale, etc.
b. Affections (non dans le sens d'amour) qui sont
opposées aux précédentes, comme le transitoire l'est au permanent. Il appartient en propre à Herbart de désigner ainsi les troubles transitoires de l'équilibre par quelque impression inattendue (crainte, colère) qui affectent tout l'organisme et font perdre le calme et le pouvoir de délibérer librement.
Ces affections ont été diversement classées ; 1" suivant qu'elles augmentent ou affaiblissent l'activité intellectuelle [Drohisch] ; 2*^ suivant que l'élément émotionnel change ou que l'émotion est agréable ou désagréable; 3^ suivant qu'elles influent ou non sur l'activité, qu'elles produisent le désir ou l'aversion (c'est la division de Kant en sthéniques et asthéaiques) ; 4° suivant que la force du corps est entière ou faible.
En se plaçant comme Nahlowsky à un autre point de vue, on divise ces affections en deux groupes :
A. — Affections actives.
Surprise agréable.
Gaieté soudaine.
Joie.
Gaieté folâtre.
Transport joyeux.
Ravissement.
Courage.
Fureur.
Contrariété.
Admiration.
Enthousiasme.
Extase.
B. — Affections passives
Etomiement faible.
Embarras.
Perplexité.
Surprise pénible.
Accès de chagrin et de tristesse.
Appréhension.
Découragement.
Pusillanimité.
Honte.
Crainte.
Angoisse.
Terreur.
Horreur.
Remords.
Désespoir.
La nature active des affections de la première colonne se manifeste dans la plus grande généralité et la plus grande; vivacité des présentations impliquées; ces affections éveillent! de plus le sentiment de la puissance, de l'élasticité muscu-i laire, de la promptitude à l'acte, et d'une augmentation générale de vitalité.
Enfin il faut distinguer la passion de l'affection. De même que l'affection naît de violentes sensations, de même la passion naît du désir désordonné. Un sentiment violent blessé produit une affection, une inclination contrariée excite la passion. La passion est une disposition prédominante fixe qui nous fait désirer une chose que nous refuse la raison.
Pour moi, cette distinction est une subtilité, et ne serait même pas possible si les mêmes états ne se reproduisaieni pas sous l'influence impétueuse du désir. De plus, il mt semble que ce qu'il appelle les affections, lorsqu'elles attei gnent une grande intensité, présentent tous les caractères de la passion.
Wundt, dans son ouvrage, Vorlesungen ûber die Men 6chen iincl Thierseele, vol. II (1864), étudie avec soin li nature de l'émotion. Il est très embarrassé de distinguer li conscience objective de la conscience subjective, cette der
(-LASSIFICATIOM DES ÉMOTIONS T)??
nière relisant partie du domaine des émotions. Il reconnaît ({ue les plaisirs et les souffrances des sens sont à la base de toute émotion, et il évite de tomber dans la théorie de Ileri)art qui résout l'émotion dans la cognition. Il remarque ([u'on applique aux émotions les mêmes termes qu'aux sensations : l'amour brûle, les soins oppressent, les remords rongent. De plus les émotions sont accompagnées d'effets sensibles, de sorte qu'elles ne sont qu'une des formes particulières de l'excitation physique.
Les émotions comme les sensations, sont divisibles en agréables et en pénibles. On peut encore les subdiviser en affections et en dispositions d'esprit pénibles ou plaisantes. Les affections, lorsqu'elles sont très intenses arrivent à la passion qui est la transition qui mène au désir.
Les autres affections sont des variétés des grands états d'esprit qu'on appelle : chagrin et joie. La tristesse, le trouble, l'affliction, la mélancolie, le deuil sont des espèces différentes de chagrin. Quelques-unes ont un élément objectif, tombent sur une cause spécifique, comme l'affliction ; d'autres sont purement subjectives comme la tristesse et la mélancolie ; d'autres enfin sont tantôt subjectives, tantôt objectives.
La joie a aussi ses formes diverses ; mais nous ne sommes pas aussi riches en termes pour exprimer ses nuances. Un des modes les plus durables de la joie, c'est l'allégresse. Comme le fait remarquer l'auteur, il est curieux et caractéristique qu'il n'y ait pas de mot pour distinguer les affections joyeuses subjectives de celles qui sont objectives ; il croit qu'en somme, la joie est plus subjective que le chagrin. Lorsque l'un ou l'autre état est directement produit par l'impression reçue de quelque object externe, il devient un état objectif qui est de la sympathie ou de l'antipathie. Nous avons une affection aussi bien qu'une sensation de dégoût, ce qui implique objectivité.
Wundt remarque aussi que les affections et les dispositions d'esprit diffèrent des sensations en ce qu'elles nécessi-, tent une plus grande quantité de présentations intellectuelles ; le chagrin qu'on ressent à la mort d'un ami est le résultat complexe de bien des pensées et de bien des souvenirs. Une simple présentation peut exciter une émotion dont la force et le caractère dépendront des id^es éveillées. Ba[n. — Emotions et Voloaté. 37
Nous pouvons encore passer à d'autres combinaisons de la sensation et de l'idée. Nous aurons alors une classe d'émotions dépendant non comme les précédentes de la matière des présentations, mais de leurs rapports entrer elles, de leur harmonie ou de leur discordance. Nous sommes très différemment affectés suivant que le cours de nos pensées est facile et ininterrompu ou suivant qu'il est laborieux et souvent brisé. Nous avons donc encore deux classes d'émotions : 1° celles où le sentiment du plaisir est joint au cours ininterrompu, mais non trop rapide de la pensée, et 2** celles où nous avons le sentiment que le courant de nos pensées est trop rapide ou parfois rompu. Cette forme spéciale d'émotions a aussi ses variétés : sentiments de Veffort et de Vaisance des opérations mentales et corporelles, correspondants aux sensations éprouvées lorsque l'effort musculaire est aisé ou difficile, sensations qui en réalité accompagnent toujours plus ou moins les sentiments beaucoup plus intellectuels. Les sentiments de la diversion et de l'ennui, impliquent en même temps sentiment du temps. Les émotions du succès et de Vinsuccès ; de l'accord et de la contradiction, du doute et de Vindécision, de Vharmonie et de la discordance au point de vue esthétique, ont encore leur côté sensuel. L'harmonie (du son) suivant Wundt est le produit d'un nombre de sons perpétuellement unis, tombant dans l'oreille ; la dissonance naît lorsque ces sons simultanés sont accompagnés d'autres sons qu'il est impossible d'amener à l'unité ; ces affections ont de l'affinité avec l'étourdissement qui est un sentiment des sens qui naît lorsque le cerveau est stimulé à l'excès par un objet sensible. Dans l'attente la pensée se tourne avec un peu de désordre vers l'avenir. Quand l'événement répond à notre attente nous sommes satisfaits, si non, nous sommes désappointés. Quand ce qui arrive diffère de ce que nous attendions, nous sommes surpris, agréablement ou péniblement, suivant les circonstances. Quand notre esprit a de la peine à se faire à ce qui est arrivé, il est étonné. A l'harmonie est lié le rythme qu'on peut définir : le sentiment où l'attente et la satisfaction coïncident ; il y a désappointement lorsque le rythme est détruit, h'espérance et la crainte sont des formes spéciales de l'attente, elles contiennent un élément d'indéterminé ; l'espoir est l'attente d'un événement désiré :
l;i crainte est ratteni(? d'un événement qu'on ne désire ])iv L'anxiété est la crainte d'un grand malheur immédiat : elle est liée à Veffroi comme la surprise Test à Tattente. La consternation et la terreur sont les formes les plus intenses de l'émotion de la crainte ; le souci devient facilement de la crainte.
Wundt, tout en reconnaissant l'existence d'affections naissant à l'occasion du flot libre ou contenu des idées, refuse d'admettre comme Herbart que toutes ces émotions sont ainsi fondées. Il soutient que non seulement les émotions citées en premier et les sentiments des sens, dépendent de la manière ou du contenant des présentations, mais encore, que les affections citées en dernier, espoir, crainte, etc. sont encore plus que simplement formelles, puisque ce sont en réalité des composés d'affections qualitatives et formelles. Il complète son exposition des émotions par une revue des états émotionnels esthétiques , moraux et intellectuels.
Je ne puis m'étendre indéfiniment et critiquer dans toute leur minutie toutes ces différentes classifications ; les ressemblances et' les différences des diverses théories, avec celle que j'ai exposée dans le texte sauteront aux yeux de tout lecteur attentif. La redondance des termes employés dans toutes ces classifications, est frappante ; on retrouve le même phénomène exprimé sous des chefs différents. J'ai souvent remarqué la répétition d'un même état sous forme de désir -Je crois incompatible avec une analyse exacte des émotions l'introduction de l'élément de la croyance (crainte et espérance).
M. Shadworth H. Hodgson {Tlieory of Practice, vol. I,) classe les émotions en trois divisions.
Premièrement. — Emotions directes.
Trois subdivisions : Classe A. — 1. Emotions venant de la matière de l'objet représenté : Joie, tendresse, chagrhi, aversion. — 2. Emotions venant de la forme de l'objet représenté : Plaisirs et souffrances de l'admiration ; émotions esthétiques, ou sentiment de la beauté, sentiment du laid et de la difformité. — 3. Emotions naissant de la comparaison des objets représentés : Etonnement, surprise, terreur ou crainte, surprise joyeuse, curiosité ou instinct logique, ennui émotionnel et hitellectuel.
Classe B. — Emotions directes imaginatives :
1. Emotions de la classe A, avec addition de désn* ou de passion, espérance, congratulation, crainte, regret. — 2. Emotions naissant de la représentation en imagination des états compris dans les groupes 2 et 3 de la classe A : Fantaisie, esprit, humour grave et gaie, plaisanterie, ironie, sarcasme, naïveté.
Deuxièmement. — Emotions réfléchies.
Classe .1. — 1. Groupe sympathique : Bonne volonté, affection, amour, amitié, gratitude, pitié, joie du bien qui arrive à tous. — 2. Groupe antipathétique : Mauvais vouloir, haine, colère, amertume, vengeance, joie du mal qui arrive aux autres, malice. — 3. Mélange des deux groupes : Passion de la bienveillance, de l'affection, esprit excitable, rage, courage, rudesse, audace. — 4. Emotions qui naissent des comparaisons faites entre les propriétés : Confusion, admiration pour l'extérieur des personnes, vanité, jalousie, envie. — 5. Emotions de la comparaison entre les genres d'existence : Humilité, admiration pour les importants, complaisance pour soi-même, mépris, passions de l'émulation. — 6, Emotions de la réflexion portée sur soi seul : Honte, respect de soi-même, orgueil.
J5. — Emotions de la forme : Justice et injustice, véracité, équité, indulgence, indignation.
C. — Emotions venant de la matière et de la forme. Emotion du sens moral ; bonne conscience, remords, utilité, devoir ou droit moral.
Troisièmement. — Emotions réfléchies et imaginatives.
Groupe 1. — Emotions poétiques.
Groupe 2. — Emotions religieuses — primitives : culte, faute, sentiment dejustification-- secondaires : foi, espérance, charité.
Il y a bien des détails intéressants et heureux dans le plan complet que je viens de citer. Je crois cependant qu'il y a un certain inconvénient à séparer aussi nettement les émotions sociales (réfléchies) des autres. Je ne vois pas bien ce qu'on gagne en introduisant dans toutes les subdivisions le couple abstrait et antithétique matière et forme. Dans bien des cas j'ai de la peine à découvrir la convenance d'une telle distinction ; elle me parait toujours tendre à établir une séparation bien artificielle. Nous comprenons dans une définition extrê-
memeiit générale qu'on parle de la forme de la justice ; la matière serait alors son application à différentes classes d'actions, justice civile (droits égaux) justice criminelle (proportion de la punition au crime) ; mais je ne vois pas pourquoi la justice serait la forme tandis que l'amour et la colère seraient la matière.