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LES AFFECTIONS BIENVEILLANTES

faible rejeton, ou une extension de la puissante impulsion maternelle , puisqu'elle suppose la condition de faiblesse , quoiqu'un i3eu altérée. Il y a sans doute analogie dans un point important, peut-être le seul de toute importance, la faiblesse ou le besoin d'aide ; cependant les souffrances d'une grande personne sont bien différentes de celles de l'enfant; de plus pour la première, les éléments d'intérêt sont bien moins considérables. Pour achever la comparaison, il n'y a pas d'inconvénient à ce que la conduite de l'objet de pitié soit une conduite un peu enfantine, et que son chagrin soit doux et humble et non irrité et violent; en même temps, les attraits personnels auront leur part d'effet.

Le plaisir de la pitié est un grand élément de la vie humaine, une grande puissance dans la conduite. Les impulsions qui poussent à soulager la peine ont un double motif; celui qui prête son aide ressent le plaisir direct de la compassion, et le plaisir indirect du soulagement d'une peine.

Sous son aspect le plus large, la pitié est la sympathie pour la souffrance. C'est la source sûre de bonnes actions. Celui qui sympathise prend pour lui la souffrance qu'on témoigne, et au lieu de chercher à la fuir et de tourner le dos au malheureux, il agit comme pour lui-même en proposant tous les soulagements qu'il peut offrir. Le résultat net de tout cela peut être un sacrifice, une perte même, et cependant il est accompli.

23. — Quand le sentiment tendre se mêle à la sympathie, ce mélange provoque des manifestations qui sont ou pénibles ou agréables. On les rencontre d'abord lorsqu'il s'agit d'un enfant faible, abandonné par ceux dont il a besoin, d'un nouveau-né qu'on laisse périr par exemple. Puis elles s'éveillent lorsqu'on voit un homme privé par la force ou la ruse de ce qu'il a gagné; toute injustice flagrante les provoque, qu'il s'agisse de l'esclavage, de la brutahtéoude la tyrannie. Nous sommes frappés lorsque nous voyons un homme plein de vigueur tomber dans le malheur, puis dans les situations les plus tragiques de la vie. Le simple spectacle de la misère nous arrache des larmes de pitié. Se sentir capable de soulager cette misère provoque une réaction joyeuse mais qui peut augmenter les larmes et la suffocation spasmodique qui les accompagne ; on peut alors aussi ressentir la sensation agréable qu'on appelle le luxe de la pitié. Une commise-

ration stérile peut même réveiller : c'est alors un sentiment faux qu'on appelle sentimentalité, dans le mauvais sens du mot. Une grande partie des bons offices rendus à ceux qui en ont besoin vient de ce luxe de pitié qui donne des résultats immédiats et apparents, en soulageant la misère et en l'ecueillant la reconnaissance du malheureux. Kant s'étonnait qu'il y eût « tant de bienveillance dans le monde et si peu de justice «. On pense que la chevalerie est une chose plus délicate qu'un bon gouvernement.

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