‹ Les émotions et la volontéChapitre 40 sur 194 · RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE

3'i. — Le sentiment tendre et social suppose sous toutes ses formes, et lorsqu'il est complet, la réponse mutuelle à ce sentiment. Nous avons ici la reconnaissance sous son aspect le plus simple, ou plaisir rendu en retour d'un plaisir donné. Le sentiment, au degré le plus inférieur, fait rendre le plaisir inconsciemment, à cause de la réciprocité nécessaire du plaisir. L'enfant en répondant aux caresses de sa mère ne sait pas qu'il augmente le plaisir de sa mère, il ne cherche que sa propre satisfaction.

La gratitude proprement dite ne commence que lorsque nous entrons par sympathie dans les plaisirs et souffrances des autres, ou lorsque nous sommes conscients d'être la cause des uns ou des autres. Elle suppose aussi que nous savons que les autres peuvent être les causes de nos plaisirs et de nos soufïraûces, et que des associations se forment en conséquence dans notre esprit. A ce point, la satisfaction de rendre de bons services augmente quand nous-mêmes nous en avons reçu de la personne à laquelle nous en rendons maintenant. Lorsque nous trouvons quelqu'un qui nous a fait du bien en nous mettant dans une position qui nous permet de lui en faire à notre tour, nous ressentons une double explosion de sentiment tendre, avec ses manifestations agréables et désagréables.

Pendant que l'émotion du protecteur est un sentiment tendre comme la pitié ou la bienveillance, l'émotion du protégé doit contenir certains éléments d'affection sans renfermer le plaisir de secourir. Toutes les autres circonstances étant semblables, c'est un désiré inférieur d'émotion. Néan-

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moins c est la situation primitive, celle où l'on suppose que les émotions sociales sont engendrées; elle permet de prendre un intérêt agréable dans les autres individus de notre espèce et sert à nous attirer vers eux lorsque les autres passions nous en éloignent.

v\'). — La gratitude émotioinielle se montre d'abord coniino l'amour et va rapidement au-devant de ceux que nous pouvons aimer; ensuite elle devient la source d'une conduite bienveillante et l)ienfaisante. Nous avons grand peine à éprouver le sentiment de la gratitude comme un sentiment chaud et tendre envers des êtres dignes et hautains. Dans l'amour pariait, le supérieur descend au niveau de l'inférieur. La gratitude envers le Créateur est bien prescrite sous cette forme, mais elle est rarement ressentie ainsi sous cette Ibrme spéciale.

L'aspect sous lequel se présente encore la reconnaissance , est celui sous lequel la gratitude est prescrite comme une règle de justice, comme l'accomplissement de ce qui est obligatoire dans les relations réciproques de la vie. Que le sentiment tendre doive ou non entrer dans l'accomplissement de ce devoir, c'est ce qui dépend des circonstances et du caractère des personnes en cause.

26. — Les animaux inférieurs sont des sujets convenables d'affection et inspirent de chauds attachements. Leur dépendance totale empêche les rivalités qui introduisent cette teinte de vigilance anxieuse dans les relations entre les honnnes. Parleurs charmes touchants, leur vivacité, le contraste qu'ils forment avec nous, leurs services, leur attachement, les animaux domestiques sont capables de touclier la corde de la tendresse et d'élargir la sphère de nos intérêts affectionnés.

27. — La forme d'affection qui s'adresse aux choses inanimées ne manque pas. L'homme arrive à regarder sa maison, ses champs, ses richesses, ses opérations de commerce, ses collections de curiosités ou d'œuvres d'art, les lieux qui l'entourent, avec quelque chose des associations émotionnelles que provoquent sa famille ou ses amis. L'intérêt qu'il prend à toutes ces choses prend le caractère de l'affection; lorsqu'il en est privé, sa souffrance est une espèce de chagrin.

C'est sans doute parce qu'elles ont le pouvoir de faire

plaisir que ces choses inspirent une tendre passion; mais comme elles ne peuvent répondre à cette passion, elle est imaginaire ou fictive, comme l'amour qu'on ressent pour une personne placée bien au-dessus de notre portée. Nous éprouvons une certaine satisfaction à personnifier les objets impersonnels qui nous procurent du plaisir, puisque en nous accommodant aux formes, nous pouvons dans une certaine mesure expérimenter la réalité de l'intérêt affectionné.

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