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CHAPITRE PREMIER

1 . — L'esprii (the mind) est caractérisé par trois attributs ou propriétés, le sentiment, la volonté et V intelligence.

Le sentiment comprend tous nos plaisirs et toutes nos souffrances ainsi que cet état d'esprit qui n'est ni agréable, ni désagréable mais est une cause d'activité.

Sous la dénomination de sensations m^usculaires et de sensations des sens, sont rangées toutes les sensibilités d'ordre primitif, causées d'un côté par le déploiement de l'énergie musculaire, de l'autre par l'influence du monde extérieur sur les organes des sens. C'est là ce qui forme la division si importante qui comprend les sentiments secondaires, dérivés ou combinés qu'on appelle les émotions.

2. — Dans le volume précédent (1) on a appelé l'attention sur la correspondance, la dépendance qui existe entre toute activité mentale et les organes corporels ; et en traitant des sensations, on a montré le côté physique et intellectuel de chaque exemple. On procédera de même pour les sentiments qu'on se propose d'étudier.

Dans les sensations le côté physique comprend un mode d'action sur une surface sensible, et une manifestation extérieure ou diffusion par ondulations de l'effet produit. Dans les émotions le premier de ces phénomènes manque. Notre

(1) Les Sens et V Intelligence^ traduction Gazelles, bibliothèque de philosopliic contemporaine.

attention est donc nécessairement concentrée sur le second qui prend une importance plus grande.

Pour faire l'exposé complet des rapports qui unissent l'esprit et le corps, il faudrait en connaître les nombreuses lois. Probablement nous ne les connaissons pas toutes et même nous ignorons les formes les plus générales de chacune d'entre elles. Après l'affirmation de l'existence d'une union entre le corps et l'esprit, la loi fondamentale la plus importante, celle qu'on mentionne le plus souvent et qui a gagné le plus d'autorité est la loi de la relativité. Comme cette loi apparaîtra constamment dans ce volume, on se réserve de l'exposer, afin de la rendre aussi claire que possible. Après elle vient la loi de diffusion qui contient la loi de relativité et résume les correspondants physiques ou expressions physiques du sentiment. On peut exprimer ainsi la loi de diffusion : Lorsque une impression est accompagnée de sentiment, les courants stimulés se répandent rsi])idement dans le cerveau, amènent les organes moteurs à une activité générale et affectent en même temps les viscères.

3. — L'énumération complète des parties (musculaires et organiques) jouantun rôle dans les manifestations extérieures du sentiment, a été faite dans Les Sens et llntelligence ; de cette énumération dépend la loi du plaisir et de la souffrance. Je note ici les faits relatifs au phénomène plus général de la diffusion qui accompagne tous les sentiments semblables.

Les organes affectés en premier et avec le plus de force, dans la diffusion des courants nerveux, sont les parties susceptibles de mouvement, particuHèrement les traits du visage (avec les oreilles chez les animaux) ; leurs mouvements constituent V expression de la physionomie. Mais l'influence des courants nerveux s'étend volontairement et involontairement à toutes les autres parties du système mobile, pendant qu'une série d'effets importants est produite sur les glandes et les viscères, l'estomac, les poumons, le cœur, les reins, la peau, ainsi que sur les organes sexuels et mammaires.

Les faits qui prouvent le rapport qui existe entre les sentiments et les phénomènes de diffusion ont été rapportés dans la description des sensations. Chacun de nous sait, par expérience, que le heurt soudain d'un sentiment fait naître des mouvements dans tout le corps et produit même d'autres effets. Quand nous ne sommes pas émus, nous

sommes tranquilles ; une émotion passagère est accompagnée de manifestations passagères ; qu'une émotion intense survienne, la manifestation sera grande aussi. Chaque plaisir et chaque souffrance, chaque mode d'émotion produit des effets définis que l'ohservation de nous-mêmes peut nous faire connaître, et nous appliquons notre savoir à conclure des manifestations extérieures quels sont les sentiments des autres hommes. Selon toutes les apparences c'est un fait universel, on n'a pas besoin pour le prouver, de s'enfoncer dans les détails ;• pour accabler ceux qui le contestent, on n'a qu'à leur montrer qu'ils n'invoquent que des exceptions manifestes à la loi.

Il y a des cas où l'impression a heu, l'excitant existe, sans éveiller aucune émotion, aucun sentiment. Dans la mêlée d'une bataille, un homme peut être blessé et, pour un temps, être complètement insensible à la souffrance. Ce fait s'exphque par l'absorption complète de toutes les énergies du système, nerveux et musculaire, empêche toute diffusion de l'impulsion donnée dans les canaux usuels, et c'est seulement lorsque disparaît l'exaltation du combat que la souffrance est sentie, car c'est alors seulement que le chemin est libre pour les courants nerveux. Par contre, lorsque nous souffrons, un moyen de nous soulager, est de détourner notre attention et nos énergies ; autant que cela est possible, on enlève ainsi les supports physiques du mal et on amortit le sentiment de la souffrance.

Cette opinion a une grande importance par rapport à l'unité de la conscience. La pluralité d'excitation peut exister; mais ces excitations n'affectent la conscience que tour à tour, c'est-à-dire une seule dans un temps. La raison de ce fait est que des organes corporels sont engagés collectivement dans chaque état de conscience distinct, et qu'ils ne peuvent faire deux choses à la fois. Les yeux ne peuvent pas servir un sentiment, les oreilles un autre, les mains un troisième ; car, bien que le sentiment puisse ne pas être assez important pour nécessiter l'activité de tous les organes, cependant ces organes inoccupés doivent être ou au repos, ou remphssant par pure routine leurs fonctions, la marche, par exemple, qui n'est pas nécessairement consciente.

4. — Un dissident pourrait admettre la concomitance occasionnelle et même fréquente entre le sentiment et l'exprès-

sion ou manifestation physique de ce sentiment, et cependant nier l'universalité delà loi. Un état violent de sentiment peut produire une explosion de gestes, pendant, dira-t-on,que les émotions les plus élevées et les plus profondes peuvent exister sans la moindre manifestation corporelle. On répond à ceci que de tout temps on a pensé que les émotions élevées et profondes ont une expression naturelle mais non violente. Cette expression est ce qui donne à la figure humaine sa plus grande beauté. Cependant nulle émotion arrivée à un certain degré de force n'est dépourvue de manifestation extérieure ; les émotions faibles ne sont pas accompagnées d'une diffusion assez grande pour vaincre l'inertie des traits. Lorsque le sentiment est faible l'expression est faible aussi, ceci fait partie de la loi.

La loi est encore confirmée par l'idée généralement reçue sur les actions réflexes ou automatiques, et sur l'habitude. Les actions réflexes sont pour la plupart entièrement inconscientes ; quelques-unes d'entre elles sont plus ou moins accompagnées de conscience. On conçoit ces actions comme ayant une influence nerveuse assez limitée ; quelques-unes ne dépassent pas les ganglions sympathiques, d'autres partent de la colonne vertébrale, et leur service est limité au but unique qu'elles servent. Nuls mouvements collatéraux, nulles vibrations générales, dépassant la sphère particuhère de l'action, ne l'accompagnent. Une action réflexe est une réponse isolée d'un seul ganglion ou de quelque autre partie restreinte des centres nerveux, et non un courant diffus dans tous les membres.

Les actions faites sous l'empire de l'habitude sont aussi le contraire de la diffusion émotionnelle. D'abord accompagnées de sentiment, elles ont perdu graduellement ce caractère pendant que leur champ d'action se rétrécissait et se bornait au membre précis nécessaire pour accomplir l'action. Les premiers efforts de manipulation sont vivemen conscients ; tous les membres sont agités en même temps, tout le corps se meut, et tant que le sentiment est intense les manifestations de diffusion subsistent.

5. — Occupons nous maintenant des circonstances qui limitent et contrôlent la diffusion des manifestations du sentiment ,

Premièrement. Un certain degré d'excitation est nécessaire, pour produire ces mouvements, changements dans les traits

manifestations vocales, altérations dans l'état des viscères, que peut constater l'observateur. On peut tressaillir de plaisir, sans même sourire ; cependant un courant nerveux peut s'être répandu à tous les muscles de la face et même à tous les autres muscles ; le manque de manifestation extérieure est alors dû à l'insuffisance mécanique du stimulus central. Un certain degré d'excitation émotionnelle peut exister sans manifestation extérieure complète, mais jamais sans qu'il y ait tendance vers une manifestation.

Deuxièmement. On doit tenir compte de l'état des organes actifs. Indépendamment delà force des sentiments, les manifestations peuvent varier en intensité suivant les individus, suivant même les instants lorsqu'il s'agit d'une seule personne. Une vigueur, une jeunesse particulière dans les membres, les traits, la voix, les disposent à l'activité, à chercher toutes les occasions de manifestations; l'âge, la faiblesse, l'épuisement paralysent ces manifestations sans détruire la faculté de sentir. Des individus et des races sont caractérisés par la vivacité de tempérament ; nous pouvons donner en exemples les anciens Grecs et les modernes Italiens.

Troisièmement. Les émotions différentes diffèrent dans leurs manifestations. Les formes distinctes caractérisant le plaisir et la souffrance ont déjà été décrites et énumérées (V. Du Jeu instinctif des sentiments, § 18). Il existe en outre d'autres distinctions. L'étonnement n'est pas la même chose que la complaisance ; la souffrance qui résulte de la peur ou celle qui vient d'une blessure corporelle ne se manifeste pas de la même façon. Dans quelques émotions comme dans l'étonnement, l'individu est fortement stimulé au mouvement ; dans d'autres comme les émotions tendres, ce sont les glandes qui sont le plus affectées.

Quatrièmement. Les manifestations primitives des émotions peuvent être profondément modifiées par l'éducation. Le langage articulé et le chant sont deux débouchés nouveaux et raffinés ouverts au flot émotionnel. Dans l'enthousiasme de la victoire, au lieu du rire sauvage ou des gestes forcenés, le héros d'une société civilisée, a pour manifester ses émotions un langage pompeux ou une musique splendide. Les sentiments s'exhalent non seulement en discours parlés mais en discours murmurés ou pensés.

Le langage naturel des sentiments est coulé dans un

moule, jusqu'à un certain point conventionnel : un Français ou un Anglais, un homme du monde ou un rustre, n'exprimeront pas de même leurs émotions.

Cinquièmement. Il est possible, par la force de la volonté, de supprimer les manifestations les plus apparentes du sentiment, surtout les mouvements qui dépendent de la volonté. Les effets organiques, rougir par exemple, ne dépendent pas de notre volonté. La suppression de manifestation extérieure peut devenir habituelle, et cependant le sentiment exister toujours, quoique modifié pour n'avoir pu suivre son cours habituel.

6. — Stimulusi d'une impulsio7i active. — La loi de la diffusion des manifestations, accompagnée de conscience, se retrouve aussi dans le mouvement. La tendance des parties en repos à se joindre à la partie qui agit immédiatement, est si forte que nous trouvons souvent difficile de locahser l'énergie là où elle est nécessaire. C'est ainsi qu'un enfant cherchant à atteindre un objet avec ses mains fait beaucoup plus de mouvements qu'il n'est nécessaire. Ainsi, dans un discours, tout éclat dans l'élocution est invariablement accompagné d'un certain nombre de mouvements et de gestes involontaires, comme s'il n'était pas possible d'isoler le courant nerveux, ou de le restreindre aux mouvements qui lui sont particuliers. Les gestes maladroits de l'enfant apprenant à écrire peuvent encore servir d'exemple. Dans chaque art, les commençants sont embarrassés par les mouvements sympathiques inutiles des membres inoccupés. La suppression de ces mouvements est l'œuvre de l'éducation et un des traits distinctifs de la maturité de la vie ; mais à aucun âge elle n'est jamais absolue. Tout ce qui semble disgracieux dans les gestes qui accompagnent le discours est supprimé dans les classes élevées de la société ; mais ce qui n'a pas ce caractère est conservé, augmenté même à cause de l'animation qu'il communique au maintien de l'homme. La diffusion du courant cérébral qui fait que dans une action les membres inoccupés coopèrent quand même à cette action, est utile dans l'art de la manifestation théâtrale et oratoire, et même dans les gestes gracieux qui accompagnent la conversation de chaque jour. Dans les rangs inférieurs de la société, surtout dans les races où le sentiment artistique est peu développé, la diffusion instinctive d'une impulsion active, produit

(les effets très désagréables. Bien des personnes ne peuvent répondre à une question sans secouer la tête, cligner des yeux, ou remuer tout le corps.

Le concours des effets organiques ou des altérations dans l'action des viscères, et les états mentaux, n'a pas été observé avec tout le soin désirable. On a pourtant constaté expérimentalement l'influence des causes mentales sur la circulation capillaire.

Les vaisseaux capillaires qui apportent le sang dans toutes les parties du corps, sont soumis à deux forces^ à deux tensions qui se balancent : l'une est l'action propulsive du cœur tendant à élargir les vaisseaux, l'autre est l'influence des centres nerveux agissant sur les fibres musculaires jusqu'à contracter les vaisseaux. La première de ces deux forces, celle du cœur, existe si évidemment qu'on n'a pas besoin de le prouver. L'existence de l'autre force repose sur les preuves expérimentales suivantes : quand le nerf sympathique agissant sur les vaisseaux de la tête et de la face d'un animal est coupé, la congestion des vaisseaux sanguins suit immédiatement, et la chaleur augmente sur toute la surface occupée par le nerf. L'oreille devient plus rouge : un thermomètre introduit dans les narines montre rapidement que la chaleur augmente, signe que le sang afilue en plus grande quantité dans les capillaires. On infère de cette expérience que la force servant de contre-poids étant supprimée, la force qui dilate les vaisseaux capillaires devient prédominante. Il est de plus prouvé que l'influence nerveuse qui agit sur les petites fibres musculaires des vaisseaux capillaires, vient d'un centre : en effet, en coupant le nerf qui relie le cerveau et le ganglion du cou, d'où procède le nerf sympathique déjà cité, on supprime le contre-poids et la congestion s'ensuit immédiatement. En galvanisant le nerf divisé, l'épanchement cesse, les vaisseaux se resserrant par la contraction de leur enveloppe musculaire.

On ne sait pas encore bien si les centres nerveux peuvent agir immédiatement sur le cours de la sécrétion, de l'absorption, etc., ou s'ils agissent par un pouvoir intermédiaire. Plusieurs physiologistes ont affirmé que les centres nerveux agissaient directement ; Ludwig a récemment essayé de prouver cette opinion par des expériences ; mais comme elle forçait d'attribuer aux nerfs dans l'économie animale une fonc-

tion nouvelle et distincte, d'autres physiologistes suspendent leur jugement sur ce sujet, pour le moment. Il est presque certain que l'action cérébrale provoquée par l'exercice de la volonté porte seulement sur les muscles ; par analogie il est probable que l'onde émotionnelle est aussi limitée aux muscles. Néanmoins l'existence d'une espèce d'influence agissant plus directement sur le cours des organes, est encore matière à preuve expérimentale.

7. — Dans Les Sens et l'Intelligence (p. 73 dans l'édition anglaise, 56 dans l'édition française), j'ai donné le plan d'une topographie complète des sentiments. J'y ajouterai quelques remarques pour préparer à l'étude que nous allons maintenant entreprendre.

La distinction la plus palpable qui existe entre nos sentiments est celle qu'on peut tirer du contraste du plaisir et de la souffrance. Puis vient la différence de degré dans les deux sentiments ; de ce côté la voie est ouverte. Paley a avancé, en se plaçant à un point de vue qu'il considérait comme le point de vue pratique du bonheur humain, que les plaisirs diffèrent seulement en durée et en intensité.

Voici ce qu'il dit : « Dans cette recherche (de la nature « du bonheurl, j'omettrai les déclamations usuelles sur la « dignité et la puissance de notre nature, sur la supériorité « de l'âme sur le corps, sur la supériorité du raisonnable « sur la partie animale de notre constitution, sur le mérite, (( la beauté, la délicatesse de quelques satisfactions, sur la « bassesse, la sensualité de quelques autres, parce que je « suis persuadé que les plaisirs ne diffèrent que par la durée « et l'intensité ; c'est d'après le calcul de cette durée et de « cette intensité, calcul confirmé par nos observations sur c( la tranquillité et le contentement d'hommes différents de « goûts, de tempérament, de rang, de buts, que l'on peut « résoudre toutes les questions qui traitent du bonheur hu- « main. » [Philosophie morale, liv. I, ch. vi.)

Pour moi je mets en doute la perfection d'une théorie du bonheur restreinte à la considération de ces deux attributs. La distinction dans les plaisirs (et dans les souffrances) entre

HARACTÈRES DU SENTIMENT 11

la vivacité et le volume (intensité et quantité) est une distinction féconde. Mais alors l'attribut de la durée, n'amenant pas de fatigue, et l'attribut de la persistance idéale dont il a déjà été fait mention, sont fondés sur des degrés de supériorité dans les plaisirs, la supériorité étant le fait capital impliqué dans le raffinement.

Les caractères du sentiment sont premièrement, ceux du sentiment en tant que plaisir et souffrance, caractères que nous appelons émotionnels (1); deuxièmement, les caractères volitionnels, ou de l'influence du sentiment sur la volonté ; troisièmement, les caractères intellectuels, ou de l'influence du sentiment sur la pensée; quatrièmement, nous pouvons ajouter quelques caractères mêlés, les rapports de la volition prévoyante avec le désir et la croyance.

8. — Tout sentiment. a son côté physique. Dans les sensations des sens nous pouvons montrer une origine ou une action physique aussi bien qu'une onde diffuse d'effets. Dans les émotions il est moins facile de déterminer l'origine physique, parce qu'à cette origine on suppose une coalition d'effets avec des idées ; et c'est sur la diffusion, sur les manifestations extérieures des émotions que notre science est la plus claire. Le contraste le plus remarquable, pour la partie physique de la question, est celui qui existe entre l'agréable et le pénible, et entre leurs gradations diverses ; mais nos moyens de distinction ne s'arrêtent pas là. L'amour, la vanité, l'ambition sont agréables et cependant ne s'expriment pas de la même manière : la crainte, le remords, le chagrin sont pénibles, mais avec chacun un caractère extérieur particulier.

Au point de vue mental nous reconnaissons la qualité^ c'est-à-dire le plaisir, la souffrance, l'indifférence ; le degré avec ses deux formes, l'intensité et la quantité; Isi spécialité, ou manière de distinguer entre des états matériellement équivalents en qualité et en degré. Ces distinctions ont été

(1) Voyez sur le sens de cet adjectif : Les Sens et V Intelligence, appendice, définition et division de l'esprit.

pleinement expliquées dans — sentiments et sensations miiseulaires.

9. — Le côté physique du plaisir a été étudié sous le nom de jeu instinctif de Fémotion, (Les Sens et l'Intelligence. — Instincts). Malgré quelques exceptions plus apparentes que réelles, on peut formuler ce grand principe : le plaisir est lié à l'énergie vitale, la souffrance au contraire. Les deux états, plaisir et peine sont opposés comme le sont le plus et le moins, le chaud et le froid, le crédit et le débit ; les accompagnements physiques de ces deux états doivent nécessairement montrer les mêmes caractères contraires.

Tous les modes d'accroissement de la vitalité ne contribuent pas également à donner du plaisir, et tous les modes de diminution n'impHquent pas nécessairement souffrance. On doit établir une distinction entre les parties plus ou moins sensibles. Une augmentation de la puissance musculaire est suivie d'une faible augmentation de plaisir; une diminution de la puissance musculaire ne produit pas immédiatement de la souffrance. Quelques-unes des fonctions organiques, la digestion par exemple, ont une grande influence sur l'état agréable ou désagréable de l'esprit.

Il y a sans doute une certaine partie du cerveau plus intimement bée que les autres à l'état général heureux du système ; augmenter la vitalité de cette partie, serait probablement le moyen le plus direct de causer du plaisir.

On appelle la loi qui a rapport à la vitalité, loi de stimulation. Les stimulants n'accroissent pas la puissance des centres nerveux, ils les mettent seulement en activité, et l'activité, dans de certaines limites est agréable, tandis que, ne pas exercer le cerveau dans ces limites, c'est supprimer un plaisir. L'exercice à l'excès produit un affaibUssement de la vitalité, une peine par conséquent, d'après la loi première.

Ces lois ont été expliquées et prouvées par une induction tirée des sentiments et sensations musculaires ; elles ont été étendues par analogie aux émotions, pendant que leur application était confirmée par l'examen qu'on faisait des manifestations des états opposés, le plaisir et la souffrance.

10. — Le côté physique de la souffrance peut être déterminé suivant les plus grandes probabilités pour la majorité des cas. La diminution de vitalité compte pour beaucoup

dans l'appréciation. Eu égard aux soulfrances des sens, nous trouvons qu'un certain degré dans l'intensité et la durée d'un stimulant conduit à la souffrance. Ceci s'applique au toucher, à l'ouïe, à la vue ; cela s'applique partiellement au goût et à l'odorat, mais non d'une manière complète dans l'état présent de notre savoir ; nous ne pouvons pas dire qu'un goût amer est accompagné d'une excitation excessive des nerfs, car nous trouvons que le plus petit degré d'amertume renferme la qualité essentiellement pénible.

11 est une autre circonstance accompagnée de souffrance qui vient d'une espèce de conflit entre les sentiments ; nous supposons que ce conflit produit une diminution de stimulation, ou bien une intensité pénible d'excitation. Mais nous ne savons pas si ces deux suppositions expliquent le cas.

11. — Le sentiment en tant que plaisir. — Le sentiment du plaisir est une expérience suprême et indéfinissable de l'esprit. Chaque individu a conscience du fait en lui-même; on peut en réduire les modes, les variétés, les effets collatéraux en proposition, tout aussi bien que les lois de l'esprit. Les opposés du plaisir sont la souffrance et l'indifférence.

12. — Le sentiment en tant que peine. — Le sentiment de la souffrance est tout aussi indéfinissable que celui du plaisir; il est également connu de chacun par une expérience qui ne peut pas être communiquée. Le plaisir et la souffrance sont des contraires, dans toute la force du mot; comme le froid et le chaud, ils se neutrahsent ou se détruisent l'un l'autre. Tous deux ont pour contraste l'indifférence.

13. — Le sentim^ent en tant que indifférence ou stimulant neutre. — Nous pouvons sentir et cependant n'être ni heureux, ni malheureux (1). Un sentiment peut être très intense sans être ni agréable ni désagréable ; un tel sentiment s'appelle neutre ou indifférent. Un sentiment bien familier, la surprise, peut servir d'exemple. Il y a des surprises qui nous ravissent, et d'autres qui nous peinent, mais beaucoup ne font ni l'un ni l'autre. Nous sommes réveillés, excités, nous devenons conscients ; pour le physique, une onde diffuse se manifeste par les traits, le geste, la voix, l'expression orale. L'esprit est arrêté sur un objet, source du sentiment ; si un

(l) Les sentiments indifférents sont pleinement admis par Rcid, mais Hamilton, quelque étrange que ce soit, conteste leur existence.

soudain coup de tonnerre, ou un éclair, excite le sentiment, l'esprit est un moment occupé de la sensation, et oublie les autres objets de sa pensée.

Presque toute sensation et émotion agréable ou désagréable, passe par un moment d'indifférence. Un son mélodieux est plus agréable au moment de son émission; après, le plaisir subsiste, mais l'excitation produite ne subsiste pas nécessairement au même degré. Ainsi les émotions agréables, l'amour, la jouissance du pouvoir, ont des phases d'excitement pur; le piquant du plaisir s'évanouit pendant que l'agitation mentale demeure. L'amour de la mère pour son enfant est pendant longtemps à l'état de stimulant pur absorbant son attention, sans arriver au plaisir, il en est de même dans le cercle des émotions pénibles les plus intenses, la crainte, le remords, la colère ; le sentiment pénible peut subsister, et cependant l'excitation qui l'accompagne demeurer.

Comme tous les états neutres, ces sentiments ne nous invitent pas directement à l'action ; ils ne sont pas des motifs pour la volonté. Ils agissent cependant indirectement, car ils ont une influence intellectuelle puisqu'ils forcent l'esprit à être attentif. Ils forment ainsi un phénomène déjà étudié sous ce titre : L'Idée fixée qui vient traverser le cours ordinaire de la volonté. J'y reviendrai dans l'étude des motifs.

14. — Quoique nous concevions les opérations de la volonté comme quelque chose de distinct ou d'ajouté aux opérations du sentiment, dans chaque volition méritant ce nom, le stimulus ou antécédent est un sentiment quelconque. Les vrais antécédents sont le plaisir et la souffrance. Les émotions neutres dont on vient de parler, ne stimulent pas directement l'activité, leur efficacité est indirecte. Un plaisir présent ou en espérance, une fête, un amusement, une acquisition, me font aller de l'avant, déployer mon activité ; un mal imminent me surexcite et je déploie mon activité pour l'empêcher d'arriver. Un sentiment neutre travaille encore en forçant l'esprit à l'attention.

Ainsi notre conduite est réglée en partie et principalement par nos plaisirs et nos souffrances passant par Tintermé-

diaire des opérations de la volonté, et en partie par nos émotions passant par une position nouvelle, celle des idées persistantes. De là, en remarquant la ligne d'action dictée par une émotion, nous avons de nouveaux moyens pour caractériser cette émotion. Si c'est un plaisir intense qu'on ressent, on le constate par les efforts faits pour assurer la durée du plaisir, si c'est une souffrance ; on l'atteste par l'énergie qu'on met à s'en délivrer. Le caractère volitionnel d'un sentiment indique donc quelle est sa nature agréable ou pénible exposée seulement à l'influence perturbatrice d'une idée déterminée. Tous nos plaisirs nous engagent plus ou moins à poursuivre un but, toutes nos peines à faire des efforts pour nous en préserver. Des actions d'un homme nous inférons quelles sont les choses qui lui causent du plaisir ou de la peine. Nous lisons dans l'activité de tous les jours de l'humanité, les angoisses de la faim, du froid, de la mort, les plaisirs de l'exercice et du repos, de la chaleur, de la musique, du théâtre, de l'affection, de l'honorabilité, du pouvoir. La ligne de conduite librement choisie par n'importe quelle créature vivante, est le critérium décisif, mais non pas infaillible, de ses plaisirs et de ses souffrances.

15. — En décrivant les sensations, j'ai noté leur persistance en tant qu'idées, lorsque leur objet actuel est absent. Ceci est une propriété inégalement répartie pourtant, de tous les états mentaux. Elle est plus visible dans les sens les plus intellectuels, la vue par exemple, et à peine observable dans les sensations organiques. Quand nous étudions les sentiments proprement dits, représentés par nos plaisirs et nos peines, nous trouvons que nous pouvons les faire revivre ou nous en souvenir, mais non pas au même degré que nos sensations intellectuelles qui constituent notre science du monde qui nous erïtoure.

Il y a des raisons pour supposer qu'un état agréable demande une aide physique considérable du cerveau et des autres organes, aide qui ne peut s'obtenir que par une stimulation puissante de ces organes. Si c'est un plaisir présent, le stimulant doit être actuel ; si c'est un plaisir idéal entretenu par la mémoire et l'association, l'agent résurrecteur doit avoir une forme effective correspondante à l'effort nécessaire. Si l'on ne considère que la simple aide physique, il est beaucoup plus facile de maintenir dans l'esprit une pein-

ture idéale ou une suite de souvenirs de mots, que de garder en suspend un flux de plaisir, si petit qu'il soit.

La résurrection en idée d'une émotion, est un fait qui se rattache à la grande loi de Retentivité, modifiée parles particularités spéciales aux sentiments proprement dits. Un sentiment, plaisir, souffrance, excitation mentale, ne peut exister dans des conditions physiques actuelles plus énergiques encore que lorsqu'il ne s'agit que de purs états intellectuels. Néanmoins un sentiment de l'espèce que nous venons de décrire, peut revivre avec plus ou moins de force, grâce à son association avec des sensations plus facilement éveillables : c'est ainsi que la propriété de la retentivité agrandit notre vie émotionnelle.

16. — Les conditions de la retentivité, pour les états intellectuels, sont: la répétition, la concentration mentale, l'aptitude individuelle. Ces conditions sont les mêmes pour les sentiments, quoique quelques circonstances rendent plus comphquée l'association des sentiments.

Suivant que les sentiments à faire revivre sont des plaisirs, des souffrances, ou bien un excitement mental, il y a de grandes différences matérielles. Pour entretenir un flux de plaisir il faut consommer la plus haute dose possible d'énergie vitale ; la mémoire du plaisir, pour être effective nécessite une vitalité énergique. La résolution du problème pratique de l'accroissement émotionnel est dans la culture des associations agréables et dans la réduction au minimum des associations pénibles.

Premièrement. En ce qui regarde la nécessité de la répétition, les associations du sentiment sont les plus lentes de toutes quoique elles soient très variées dans certains cas. Cela est vrai pour un cas important et typique, celui delà construction des plaisirs les plus élevés ; les affections tendres, les associations locales, les associations esthétiques, les goûts agréables sont le produit des années.

Deuxièmement. Les circonstances qui conduisent à la concentration de l'esprit sont nombreuses et efficaces. L'intensité est une des plus importantes : les sentiments intenses impriment naturellement dans l'esprit toutes les circonstances secondaires et environnantes qui en ramènent plus tard le souvenir.

Une autre circonstance accompagne généralement les

accroissements émotionnels, c'est la liberté comparative des forces mentales. Être peu distrait par un but étranger, avoir des périodes pour jouir librement des émotions agréables liées avec des objets spéciaux, c'est une des conditions essentielles pour former des associations agréables.

Troisièmement. Certains individus ont des aptitudes pour l'émotion en général, ou pour des émotions particulières, de là le rappel plus effectif d'états antérieurs de sentiment.

Toutes ces conditions sont communes aux états intellectuels et aux sentiments : voici quelques-unes des circonstances spéciales aux sentiments.

I. — On ne doit pas oublier qu'une émotion proprement dite ne peut pas, à vrai dire, revivre du tout. Une excitation vague, sentie comme telle, sans être liée à aucun accompagnement des sens, à aucun état réellement intellectuel, est absolument irrécouvrable. Une émotion, sous cette forme isolée, n'existe pas; mais elle peut exister avec tous les degrés de liaison avec les sensations susceptibles d'être réveillées. Plus un sentiment est entouré et pénétré des sensations les plus élevées comme celles de la vue et de l'ouïe, plus il tend à devenir une propriété qu'on retrouvera à l'avenir.

Les occasions de faire revivre une manifestation émotionnelle sont soumises à certaines conditions.il est à peine besoin de rappeler que l'état physique de l'individu doit être en rapport avec ce qu'il aura à supporter, sans cela une émotion contraire serait un obstacle fatal, auquel les idées renaissantes ne pourraient rien opposer. Nous ne pouvons rappeler d'une manière effective une émotion agréable pendant que nous sommes dans un état pénible, à moins que le souvenir agréable ait des effets tels qu'ils maîtrisent et changent la disposition actuelle. Encore une fois, le retour d'une émotion est lent et non instantané ; et pour l'acquérir nous devons nous livrer pendant un temps aux influences du souvenir. Enfin les associations intellectuelles qui rendent possible le retour d'une émotion, doivent avoir un certain degré d'énergie, beaucoup plus considérable que celui que nécessite la faculté de comprendre (1).

(1) Tout ce qui a rapport à l'émotion idéale est si important qu'un chapitre entier y est plus loin consacré.

Bain. — Émotions et Volonté. 2

Dans certains faits mentaux on retrouve à la fois les propriétés volitionnelles et intellectuelles du sentiment.

Le premier de ces faits constitue la prévoyance ou acte de lavolition tendant à des fins idéales. Quand nous ressentons un plaisir ou une peine, la volonté est excitée par un motif immédiat ou présent: quand ces sentiments sont seulement en perspective, ils doivent être présents en idée. Nous avons alors besoin de nous rappeler des plaisirs et des souffrances passés, en vue d'une action future. Entant que motif d'action la puissance de n'importe quel sentiment, est ainsi très complexe : elle dépend d'abord de l'intensité agréable ou désagréable du sentiment, puis de la vivacité de notre souvenir en l'absence de la réalité. Les plus forts plaisirs ou peines, si nous nous en souvenons peu, sont incapables de stimuler nos efforts pour les faire revivre. Comprendre la théorie de la volonté, cela suppose la connaissance complète des circonstances que gouverne la retentivité émotionnelle.

Dans le conflit des motifs contraires, il n'est pas rare d'avoir un sentiment actuel opposé à un autre sentiment idéal. C'est ainsi que souvent un plaisir actuel est diminué par la prévision de conséquences lointaines. Pour que la crainte du futur l'emporte sur le présent, il est nécessaire que l'image intellectuelle du mal absent ait une force suffisante pour détourner l'excitation volitionnelle qui sans cela se porterait sur la réalité présente. C'est ainsi que ce qu'on appelle la prévoyance, la retenue prudente, la force morale, réside dans la permanence intellectuelle de l'élément volitionnel de nos sentiments.

On peut expliquer de même la renaissance des plaisirs. Si on ne s'en souvient que faiblement, ils ne peuvent pas, dans l'absence, stimuler assez vivement les efforts volontaires qui les feraient revivre. Le contraire arrive si on se les rappelle vivement. Et l'on peut dire dans ce cas qu'il suffit que nous en conservions nettement le souvenir : un homme qui sait un livre par cœur n'a pas besoin de posséder le volume, mais la mémoire lorsqu'il s'agit de plaisirs est rarement, si elle l'est amais, aussi bonne que la réalité. Ordinairement on a le

souvenir d'un plaisir avec la conscience que ce souvenir est bien au-dessous de la réalité ; cela sert alors d'éperon, et provoque le désir d'arriver à la pleine possession du plaisir.

Nous voyons donc que le sentiment a la propriété d'attirer et de fixer l'observation de préférence sur certains objets ; il résulte de cette propriété que l'esprit prend possession de ces objets ou leur donne une place importante au milieu de ses autres acquisitions. L'abondance des associations formées dans l'esprit facilite leur retour dans la suite des pensées, les fixe dans le souvenir pour qu'elles puissent plus tard être employées dans les créations de l'esprit lui-même. Le poète et le savant, s'ils sont tels par nature, habitent respectivement une région peuplée d'objets et de conceptions particulières ; il ne leur reste dans l'esprit qu'une place restreinte pour les autres choses. Et c'est ainsi que grâce à la direction particulière prise par leur esprit, grâce aux lois naturelles de l'intelligence, leurs émotions prédominantes s'enroulent comme sur un peloton.

18. — On doit tenir compte de l'influence qu'exercent les sentiments sur la fixation des impressions de toutes sortes, lorsqu'on étudie l'intelligence. Le résultat est dû en partie à la volonté, en partie à l'intelligence. Un sentiment agréable fixe l'attention sur un objet qui est dès lors imprimé dans la mémoire : ceci c'est de la volition pure. Nous évitons de la même manière les objets pénibles.

Nous venons de voir qu'il y a des modes de stimulants qui ne sont ni agréables ni désagréables et qui cependant ont une action intellectuelle. Une surprise indifférente causera un choc qui imprimera l'objet dans l'esprit. Un incident pénible s'emparera de même de notre attention et s'imprimera dans notre mémoire.

19. — En exposant la loi de"contiguité on supposait, dans le premier exemple, une faculté d'adhérence neutre ou désin^ téressée pour chaque classe d'impressions, quelque chose de particuher dans le caractère de l'esprit individuel, qui lui permet de retenir ce qui le frappe, les couleurs, les formes, les sons, etc., sans être pour cela influencé par des charmes spéciaux ou par des motifs dictés parles sentiments. Si nous n'admettons pas cette supposition, nous sommes dans l'impossibilité d'expliquer les différences intellectuelles que l'on trouve dans les êtres humains. Le stimulus des sentiments

est une nouvelle puissance, elle se partage avec la faculté naturelle d'adhérence, le gouvernement de nos acquisitions ; et cependant elle n'est pas la seule condition qui nous rend supérieurs ou distingués dans toutes les carrières. Les objets qui nous plaisent, qui nous fascinent peuvent ne pas être ceux qui s'impriment le mieux dans notre esprit et constituent alors notre plus grand pouvoir intellectuel. On peut se sentir attiré par les conceptions scientifiques, sans avoir la ténacité d'esprit nécessaire par arriver à une haute culture scientifique : et avoir des facilités réelles pour une autre étude qui ne nous charme pas de la même manière. Nous pouvons exercer notre intelligence sur un sujet et tirer notre plaisir d'un autre. Un grand homme d'état comme RicheHeu trouvait un charme supérieur dans la composition de mauvaises tragédies ; un artiste d'un incontestable génie fait son bonheur d'inventions mécaniques sans valeur. Même si l'on accorde qu'un certain plaisir doit toujours naître de l'exercice de nos plus fortes facultés, il peut encore arriver que nous prenions notre plus grand plaisir là où nous n'arriverons à peine qu'à la médiocrité. Il n'y a pas de loi de l'esprit qui unisse le talent et le goût pour une même chose, ou fasse qu'ils s'excluent toujours l'un l'autre : tous les genres de relations peuvent exister entre eux, depuis l'union la plus étroite jusqu'à la séparation la plus profonde. Quand le talent et le goût sont d'accord, quand l'objet qui fascine l'attention est aussi celui qui attire l'intelligence, cette combinaison est celle qui peut le mieux produire un grand génie.

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