Je dois insister davantage sur la prétendue unifor
mité des jugements moraux des hommes dans tous les temps et dans tous les pays, qui indiquerait une faculté spéciale analogue à l'un de nos sens.
Pour prouver cette assertion, il faudrait qu'on réunisse pour nous les soumettre, tous les codes moraux qui ont jamais existé. Nous serions alors en face d'une évidence expérimentale. En l'absence d'une telle réunion, je prendrai sur moi d'affirmer que l'uniformité supposée des décisions morales se résout elle-même dans les deux particularités suivantes.
Premièrement. — Le but commun, la sécurité publique qui est aussi la sécurité individuelle, demande certaines précautions qui sont presque partout semblables et dont on ne peut en aucun cas se dispenser. Là où un certain nombre d'hommes vivent ensemble, il doit exister une sorte d'autorité constituée pour contrôler les impulsions individuelles, et pour protéger la personne et la propriété de chacun. Les devoirs qui sortent de ces arrangements nécessaires sont essentiellement les mêmes dans toutes les sociétés, que nous les regardions comme devoirs de chaque homme envers ses semblables ou comme renfermés dans la forme plus générale de l'obéissance à l'autorité constituée, ils ont un certain caractère d'uniformité sur tout le globe. Si le sentiment de la sûreté générale n'était par assez fort pour constituer l'obligation sociale de l'obéissance à quelques règles communes, la société ne pourrait exister et raconter l'histoire d'une exception à l'universalité d'un principe commun de droit. L'homme ne peut pas plus vivre sans l'obéissance sociale et sans un certain respect pour « ce qui est mien et ce qui est tien », que la race ne pourrait subsister sans l'amour sexuel et les soins maternels. Cela ne constitue pas une preuve de l'universalité d'une certaine faculté innée spéciale propre aux distinctions morales ; ce n'est qu'une certaine appréciation rationnelle de ce qui est nécessaire à l'existence même de chaque individu vi\'ant en compagnie d'autres hommes. Sans aucun doute, si la triste histoire de notre race avait été conservée dans tous ses détails, nous aurions beaucoup d'exemples de la perte de tribus qui n'avaient pas réalisé la conception du système social, qui ne s'étaient pas soumises aux contraintes qu'il impose. Nous connaissons assez ce que c'e^st que l'anarchie pour savoir