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I. — Centre de conservation iNDivmuEL

J'ai déjà montré comment par association de dotileurs et de plaisirs, de mouvements, d'expériences,

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s'est constitué ce centre que j'ai appelé psycho-organique parce qu'on y trouve un mélange de phénomènes appartenant à la vie organique proprement dite et de phénomènes psychiques de différent ordre, sentiments d'origine viscérale, de besoins fonctionnels, de sensations, perceptions, de reproduction de ces dernières, d'idées simples et complexes et aussi de mouvements réflexes et volontaires. Ce centre comprend les émotions primaires et fondamentales, tant celles de dépression que celles d'exaltation, et toutes les réactions organiques et psychiques qui se rapportent à la défense vraie ou simulée lorsque Texccs d'excitation ne dépasse pas certaines limites au delà desquelles il est pernicieux, fatal même, parce qu'il peut abattre l'organisme sans provoquer de réaction. Du malaise et de la surprise légère à l'horreur et à l'épouvante, il se trouve une série graduée d'émotions dépressives ; tandis que la plus légère est de faible intensité, et modifie superficiellement les fonctions organiques, la plus violente peut aussi tuer par arrêt défininif et instantané de la fonction qui apparaît la première à l'origine de la vie : le mouvement du cœur. Si ceci ne se produit pas, une réaction correspondante succède avec accélération cardiaque et certains autres phénomènes déjà décrits, et la défense peut surgir sous des modes différents, selon les conditions du moment. Mais, dans la grande série de ces émotions dépressives ou d'inertie, on trouve les instantanées qui peuvent aussi produire des effets instantanés, tandis que l'équilibre se rétablit rapidement ou tardivement selon l'intensité du phénomène; on trouve aussi les durables qui peuvent être plus perni-

cieuses parce qu'elles ont une action plus prolongée sur toute Féconomie organique et psychologique. Les origines de cette dernière variété émotionnelle sont de caractère mêlé, périphériques et centrales, c'esl-à-dire qu'elles proviennent de conditions purement organiques, douleurs persistantes, maladies localisées ou générales, causes morales, désillusions, perte des personnes chères, des biens, etc., motifs, eux-mêmes, persistants.

Les émotions d'impuissance, dépressives aussi, ont une relation plus étroite avec la vie sociale, elles sont moins violentes et, par conséquent, moins pernicieuses, on peut dire qu'elles sont une sorte d'adaptation des individus faibles, incapables de résistance et de réaction physique ou morale devant les autres hommes ou une adaptation d'états accidentellement faibles chez des individus qui sont cependant forts dans d'autres conditions individuelles et sociales. La résignation, c'est céder devant une force supérieure ou, du moins, relativement telle pour un temps; l'obéissance, c'est céder à l'autorité, à une force morale, à la supériorité ; la servilité est un plus grand degré d'abaissement personnel, c'est céder physiquement et moralement ; le dévouement est une forme plus élevée de la soumission et de la servilité parce qu'il est provoqué par une puissance supérieure etpar reslime. On sert aussi l'homme cruel, indigne, sans sentiment d'estime et par pure impuissance, on sert avec dévouement celui que Ton admire et que l'on croit digne d'estime.

Tandis que la timidité est un sentiment d'impuissance dû au peu d'estime ou au peu de valeur que

Ton s'attribue à soi-même, par rapport à d'autr^^ personnes, et qu'elle peut être jointe à la modestie; la honte est, au contraire, l'impuissance de cacher ce que l'on croit devoir cacher parce qu'on le croit inférieur ou vil. Les gradations sont nombreuses et les motifs en sont variés. Ces émotions sont délicates et élevées et ne peuvent donc être primitives; elles supposent un travail intellectuel sur ses propres actions, sur des relations personnelles avec d'autres hommes, un jugement sur les uns et sur les autres, et sans doute le dommage qui pourrait résulter de la découverte de ces actions, d'où le désir de les cacher et l'effort dans ce sens, et aussi la forme mimique de l'action de cacher.

Sans doute, à l'origine, l'efifort de cacher son propre état d'infériorité a influé sur le sympathique par le moyen du pneumogastrique, déjà excité et avec lequel il est lié, l'excitation excessive l'a paralysé ; il s'en est suivi la dilatation des vaisseaux superficiels de la face, du visage et de la tête avec la rougeur correspondante unie à la sensation de chaleur. Ainsi l'émotion de honte, outre la dépression caractéristique de l'état organique par impuissance est accompagnée de rougeur comme par une véritable concomitlancc du sentiment.

Le genre des émotions exaltatives est représenté par la joie, et la colère comme simulacre de défense active. La joie est l'expression la plus élevée des émotions de plaisir; or, comme le plaisir dérixc d'excitations périphériques pures, le plaisir émotionnel possède deux modes d'apparition : comme cessation de douleur et rommo plaisir arlif directement provoqué

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^iiis relation de douleur. Dans les émotions de plaisir qui suivent la cessation de la douleur, il y a une augmentation effective d'énergie fonctionnelle, bien que cette augmentation ne puisse être supérieure aux conditions normales et qu'elle puisse, au contraire, leur être inférieure; mais par rapport à l'état douloureux dépressif, c'est une augmentation réelle. Dans le plaisir directement provoqué par un état antérieur non dépressif, l'augmentation dépasse l'état ordinaire du bien-être. L'un et l'autre représentent une restauration des énergies vitales, visible dans la vigueur musculaire plus grande, dans l'innervation plus prompte, dans la digestion plus facile, dans la clarté des fonctions mentales, dans les déterminations volontaires accentuées.

L'influence du plaisir sur toutes les autres fonctions psychiques, spécialement de caractère émotionnel, est évidente. L'amour, l'amitié se manifestent avec la plus grande facilité et la plus grande expansion ; on devient plus prompt aux faveurs, à la générosité ; on ressent un plus grand plaisir dans la présence d'autrui et la satisfaction se manifeste dans l'accueil ouvert et empressé. Ce qui paraissait diflicile à accorder, s'accorde avec peu ou aucune difliculté dans l'état de plaisir et de bien-être. La forme psychologique de ces manifestations concorde a^cc les conditions de caractère organique énumérées plus haut : c'est la fonctionnalité, sans obstacles dans tous ses modes, qui se développe sous la condition d'émotions agréables.

Dans la colère, il y a, comme je Tai déjà montré, augmentation d'énergie par réaction comme prépa-

ration de résistance au heurt énergique qui tend à déprimer. Une série graduée des émotions du même type simulant l'assaut défensif, la colère, la rage, la fureur, le dédain, exprime un sentiment général d'aversion à divers degrés d'intensité. Ce sentiment implique la conservation individuelle dans les relations sociales avec d'autres hommes de la société ; j'ai déjà montré que les sentiments individuels à caractère exclusivement personnel pour le besoin ou égoïstes, se développent aussi dans le milieu social, de sorte que, par suite de modifications survenues, de variations produites dans ces relations, tantôt c'est la colère qui est provoquée, tantôt la fureur ou l'attaque réelle, tantôt le dédain ou le mépris. Dans les mêmes conditions sociales se forment les caractères émolionnels par répétition des faits qui, tantôt secondent, tantôt troublent l'équilibre des fonctions vitales et modifient, comme une forme d'adaptation, ces mêmes fonctions par rapport aux conditions qui les déterminent. Ainsi naissent d'autres formes secondaires d'émotions tant instantanées que durables. L'hérédité achève les effets de ces modifications et constitue de nombreuses formes instinctives comme l'orgueil, la cruauté.

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