II. — Centre d'émotions sexuelles
Ici, un caractère nouveau, biologique aussi, contribue à constituer le centre émotionnel, c'est la continuation de la vie dans la descendance ; on trouve donc des impulsions nouvelles et spéciales servant à ce but : les impulsions sexuelles, déterminées par les
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conditions propres des deux sexes. Ces impulsions sont plus énergiques chez le mâle, plus faibles chez la femelle de tous les animaux et de l'homme, elles exigent leur satisfaction d'où le plaisir sexuel dans cette satisfaction, la douleur dans sa privation.
Mais les phénomènes sexuels, surtout dans l'humanité, ne donnent pas seulement origine au plaisir sexuel à caractère physique, mais aussi à d'autres sentiments non moins énergiques qui ont coutume de précéder ordinairement la satisfaction de caractère physique, c'est-à-dire l'amour sexuel ; celui-ci, du reste, est stimulé par des conditions organiques qui se rapportent, bien qu'inconsciemment et sous une forme obscure, aux organes sexuels. L'amour sexuel et les impulsions pour la satisfaction de plaisirs sexuels apparaissent sous forme instinctive même dans la première enfance, bien qu'elle soit dans l'ignorance de la sexualité et du plaisir qui en accompagne les relations. Cet instinct sexuel est spécialement déterminé dans le sexe mâle par la présence de l'autre sexe, simplement par la vue. Pour confirmer cette affirmation, il me suffira de rapporter ce fait pris parmi beaucoup d'autres d'un enfant de trois ans ou à peu près. Cet enfant n'avait jamais vu sa mère nue, mais seulement la partie supérieure de la poitrine et les bras ; il avait été élevé en nourrice el, lorsqu'il fut sevré, dormait dans la même chambre que la mère, mais dans un lit séparé. Il recevait et donnait volontiers, comme tous les enfants, des caresses et des baisers ; mais lorsqu'il embrassait sa mère il avait des érections et la serrait dans ses jambes avec orgasme. Bien plus, il était désireux de voir sa
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mère nue et épiait les occasions pour la surprendre lorsqu'elle se dévêtait ; finalement, un jour il lui dit franchement : « Mère, tu devrais me faire un plaisir, je voudrais te voir nue une fois seulement. » Si ce n'était par instinct sexuel, tout ceci serait impossible cheis un enfant de trois ans ; et si cet instinct n'avait été éveillé par le sexe différent, il aurait demandé à voir le père comme il l'avait fait pour la mère.
L'émotion sexuelle principale et caractéristique s'associe à de nombreux faits physiologiques et psychiques ; dans la période de sa durée, elle est accompagnée par beaucoup d'autres émotions que nous avons trouvé être fondamentales dans la conservation de l'individu : celles de bienveillance et d'aversion, les exaltativcs et les dépressives. Il est facile de se l'expliquer si l'on pense que, à la base de tout autre fait individuel ou social, de conservation de la descendance ou de la société se trouve, ainsi que nous le verrons, toujours et nécessairement, l'individu ; par conséquent, tout ce qui peut l'exalter ou le déprimer dans toutes ces relations doit produire en lui les émotions fondamentales employées déjà h son utilité. Ainsi que je l'ai montré, dans ce groupe ou centre émotionnel, comme dans d'autres dérivés, les émotions fondamentales peuvent apparaître comme invariables dans leur origine, ou modifiées selon les motifs nouveaux qui peuvent les provoquer. La jalousie dans l'amour sexuel est une forme variée du sentiment d'aversion, mélange de colère et de crainte où, souvent, prévaut la forme violente et active contre le rival ; il y a lutte pour la femme chez l'homme comme chez les animaux. La jalousie apparaît donc
comme un sentiment spécial pour le centre émotionnel de la sexualité. Elle implique un sentiment d'infériorité quelquefois et déprime alors comme dans Tangoisse sans provoquer de réaction, ou bien exalte comme dans la colère et conduit à Tattaque, à la violence et peut avoir diverses phases aux divers moments de son existence.
En général, les émotions qui se rattachent à ce centre spécial sont très énergiques et non moins intenses que celles qui se rapportent à la conservation ; quelquefois, elles leur sont supérieures par la violence, de sorte qu'elles prennent la forme de tempêtes psychiques. Ce qui suit chez un homme à caractère émotionnel le fait de savoir qu'il est abandonné par la femme qu'il aime n'est pas toujours facile à décrire : il se produit une dépression physique et psychique instantanée comme dans une colonne barométrique à l'approche d'une tempête météorique ; il y a ralentissement très sensible et durable des mouvements cardiaques, abaissement de la pression du sang, flaccidité musculaire, pâleur, pesanteur du corps, incapacité de marcher normalement, car les jambes se plient et le corps s'incurve ; la bouche reste fermée, les yeux n'ont pas de regards, sont atones, l'iris est décolore ; la respiration est lente et haletante, la bouche sèche. De temps en temps, il y a tentative de réaction, des larmes rares baignent les joues molles et pâles sans que le sujet fasse efibrt pour les essuyer. Le désir de prendre de la nourriture manque aussitôt, un trouble intestinal survient et peut durer plusieurs jours ; l'insomnie et la difficulté de l'attention accroissent le mal. C'est une émotion d'angoisse
dans ses formes les plus aiguës, déjà décrites plus haut * Dans cet accablement moral produit par une excita — tion qu'une idée a provoquée, beaucoup d'autre^ idées se succèdent qui deviennent des motifs d'aug — mentation de la tempête psycho-organique : les plai — sirs éprouvés, par exemple, et une série de rémi — niscences qui perturbent et révolutionnent toute 1». vie organique ressenties, en cet état, comme un^ émotion pénible et dépressive.
11 y a une autre émotion caractéristique qui a beaucoup de caractères communs avec la timidité et qui se produit d'habitude à la vue de la personne aimée : le cœur accélère ses battements, les jambes ne supportent plus la personne, mais elles se plient commo molles et incapables de supporter le poids du tronc ; il se produit ime certaine confusion mentale et ea même temps apparaît la rougeur ou la pâleur sur le visage ou toutes deux alternativement comme dans la timidité. J'ai vu une fois une dame qui, entrant dans un salon où elle était attendue par une personne qu'elle ne voyait plus depuis des années, devint très pâle et entra péniblement en traînant les jambes comme une paralytique et en se soutenant aux meubles. Elle ne put parler tout d'abord et lorsqu'elle commença à dire quelques mots, les lèvres et la langue tremblaient, ce qui donnait un plus grand tremblement à la voix déjà hésitante.
Cette émotion se rapproche plus de la peur que de la timidité et (ce n'était pas le cas ici) de la surprise si violente qu'elle confine à la peur. Il y a incoordination des mouvements et pâleur, forme paralytique ; il doit y avoir eu comme dans certains
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Ê phénomènes subits de dépression, arrêt du cœur F suivi d'accélération. Cette émotion devait être très ' violente, bien qu'agréable, chez la femme dont je parle parce qu'elle était affaiblie par une anémie. Mais sa sensibilité devait être délicate car je me rappelle l'avoir vue en d'autres occasions semblables ^iors qu'elle était assise ; la respiration lui manquait, |e cœur devait donc s'arrêter tandis qu'elle portait ^^^rnédiatement les mains à ses yeux et s'en couvrait ■^' visage pendant quelques minutes. La personne qui * *rnpressionnait si fortement entrait à l'improviste ^^ris la chambre sans être, au premier moment, '^^^onnue ; l'impression de cette reconnaissance fut ^*^^^lente et, comme pour en diminuer la violence, les ^^^îns se portèrent automatiquement aux yeux pour ^^^^ pêcher la continuation de l'impression visuelle.
Je pourrais décrire d'autres phénomènes émotion-
^^-^Is qui, ayant aussi un caractère individuel, subis-
^^ïit des variations suivant les motifs mêmes, au
^^oins dans l'expression extérieure lorsqu'ils sont
^Vxbis pour des raisons sexuelles.
Un sentiment qui se rattache au centre émotif ^^xuel est la pudeur. On a beaucoup discuté sur le Caractère et l'origine de ce sentiment. « Je crois, ai-jo écrit déjà*, que la pudeur n'est pas un sentiment Originaire dans l'humanité mais qu'il est, au contraire acquis, et qu'il s'est développé lentement en devenant héréditaire, comme d'autres sentiments. Aux races qui sont quotidiennement nues, à l'état naturel, la pudeur doit être inconnue ; elle a dû naître et