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I. Cité j)ar Dakwin. Expression des émotions, VIII

l'improviste la position thoracique de l'expiration, et s'il est prolongé une longue inspiration dans l'intervalle sera nécessaire.

Le rire est en outre accompagné de sons parce que l'air qui s'échappe en passant devant les cordes vocales ne peut pas ne pas produire des sons; il est aussi accompagné de mouvements caractéristiques des muscles jKygomachiques et de l'orbiculaire des lèvres et aussi du muscle malaire de Henle. Dans le cas d'un rire très violent, on voit un tremblement de la mâchoire inférieure comme si elle s'abaissait et se relevait pour fermer et ouvrir la bouche, celle-ci reste d'ailleurs entr'ouverte, et les narines, dilatées; bien plus le tronc tout entier peut se mouvoir, s'inclinant en avant par des secousses analogues aux secousses expira toires thoraciques. Quelquefois même cela ne suffit pas, les larmes deviennent abondantes et il y a une émission d'urine.

Depuis le rire le plus violent jusqu'au plus calme, jusqu'au sourire, il y a toute une série de degrés ; dans les plus faibles, le rire se manifeste par une faible contraction de l'orbiculaire des lèvres. Mais il y a le rire en apparence calme, sans secousses, comme dans le dédain et le mépris, dans lequel la contraction de la lèvre est plus forte, très souvent unilatérale, et découvre les dents du côté des canines.

Toutes ces formes sont pour nous l'expression d'un phénomène qui peut être accompagné par d'autres phénomènes secondaires provoqués par une excitation exagérée. Le lecteur doit être familiarisé avec les interprétations données aux émotions dont les.prin-

ANALYSE DES SENTIMENTS ESTHÉTIQUES SyS

cipales bases physiques se trouvent dans les deux fonctions fondamentales de la vie, la circulation et la respiration. Nous voyons souvent et même toujours la respiration modifiée par des excitations périphériques ou par des excitations centrales, causes des émotions, et nous constatons une dépression ou une exaltation selon la nature du motif déterminant ; nous constatons également que ces excitations se portent au centre émotif qui est en relation avec les centres spéciaux du cœur et de la respiration, avec le pneumogastrique, le glosso-pharyngien et d'autres racines des nerfs crâniens qui président à la vie de nutrition ; nous avons vu aussi que ces nerfs à la sortie de la boîte crânienne ont d'autres relations entre eux et avec le grand sympathique, et nous en avons déduit la communication facile et la transmission des excitations par ces voies devenues habituelles.

Il y a grand intérêt ici à rappeler un fait constaté par Markwald : outre un centre inspira toire, il aurait aussi trouvé un centre expiratoire qui, selon lui, est plus difficile à exciter et dont l'action serait provoquée dans des circonstances exceptionnelles, €omme, par exemple, dans des mouvements physiologiques : la toux, l'éternuement, le rot, le vomissement, et certains cas de dyspnée \ Pourquoi cela n'aurait-il pas lieu pour le rire? Il me semble qu'il en est ainsi et que l'expiration qui à l'état normal est passive, est ici provoquée d'une façon très active par une action venue directement du centre

I. The Movements of Respiration. Trad. anglaise, p. 58. London, 1886.

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cxpirateur, et causée par une excitation centrale, motif déterminant du rire. Ce motif, comme Font admis Spencer, Bain, Sully, peut bien avoir un caractère psychologique, il peut consister en une diversion instantanée ou en la présence d'une nouvelle perception qui serait en relation de contraste avec la première, ou bien en une relation d'incongruité, ou encore, de supériorité ou d'infériorité hors de toute comparaison. Cette diversion subite qui est aussi une excitation à caractère instantané ainsi que cela a été admis plus haut, doit provoquer le centre respiratoire d'une façon inverse, et au lieu d'exciter le centre réflexe d'inspiration, provoquer celui d'expiration. L'expiration ayant d'ordinaire un caractère passif, devient cette fois active, elle n'agit pas d'une façon continue, car de petites inspirations s'intercalent, mais par de petite^ secousses successives plus ou moins longues. Si le rire est violent, la pression pulmonaire est aussi violente, heurtée. La fatigue en est la conséquence car un grand nombre démuselés se trouvent mis en travail. La modification, comme l'on voit, est profonde, le cœur et la pression sanguine s'en ressentent ; il y a un sens d'expansion et de vitalité qui constitue le caractère de la joie et de la gaieté. Le surplus d'excitation dans le rire peut se déverser dans d'autres voies et l'on aura alors ces effets, ces phénomènes qui suivent la joie expansive : des mouvements musculaires qui ont une relation plus ou moins étroite avec le rire.

Mais certains faits caractéristiques accompagnent le phénomène de la respiration dans le rire, ce sont ceux des expressions physionomiques. L'un des plus

importants, c'est l'ouverture de la bouche qui s'ouvre plus ou moins selon la force du rire, ou plutôt selon la pression pulmonaire plus ou moins grande qui agit sur l'expulsion de l'air. Tandis que pour l'expiration calme, nous pouvons renvoyer l'air, la bouche close, au moyen seulement des narines, ceci devient impossible dans le cas de l'expiration forcée. Si le rire est modéré, la bouche n'a pas besoin de s'ouvrir complètement; en entr'ouvrant les lèvres, en élevant la lèvre supérieure et en abaissant légèrement la lèvre inférieure, la respiration peut se faire librement même k travers les petites secousses du rire. Si le rire est plus violent, il est nécessaire que la. bouche soit complètement ouverte, et il arrive alors dans certains cas, que la mâchoire inférieure devient tremblante et suit les secousses expira toires. Pour compléter le phénomène, le nerf qui actionne les muscles de la face intervient ici ; et, dans ce cas, ce sont surtout les zygomachiques et l'orbiculaire des lèvres qui ont l'action la plus accusée dans le rire et qui donnent à la physionomie cet aspect caractéristique de contraction.

Suivant qu'il est puissant ou modéré, le rire a, dans ses manifestations, une relation avec l'âge et l'éducation individuelle. Le pouvoir de le modérer dépend en partie de la volonté, en partie de la décadence des conditions émotives à cause de l'âge. Chez l'enfant et le jeune homme, le rire est plus plein, plus spontané, car il y a en eux une abondance de vie plus grande et plus d'excitabilité aux émotions de plaisir; chez l'homme adulte et chez le vieillard, il n'y a pas cette même excitabilité

au plaisir et à la joie : le rire est par conséquent plus modéré, il se manifeste souvent sans secousses expiratoires, mais simplement par une légère contraction de la lèvre supérieure, par un sourire plus ou moins accusé.

Ces deux phénomènes caractéristiques de la respiration et des mouvements musculaires de la face sont déjà associés dans leur origine, car le second doit nécessairement se produire pour donner lieu au premier, il y aurait sans cela une sensation de suffocation ; cette association a persisté dans le cas du rire très léger, malgré qu'il ne soit aucunement nécessaire, dans ce cas, de tenir la bouche ouverte ; on est donc autorisé à la considérer comme localisée dans les centres de la respiration et de l'innervation faciale des muscles spéciaux. Considérons une excitation déterminant le rire, et admettons, comme cela se produit souvent, qu'elle n'ait pas ses pleins effets ; elle produira des effets moins intenses, il y aura quelques petites secousses causées par les troubles advenus dans la respiration, il pourra même n'y en avoir aucune, tandis qu'il y aura, d'autre part, de petites contractions des muscles du visage ; enfin, dans le sourire, le mouvement et l'expression du visage demeurent seuls, et les fonctions respira toires^ ne subissent aucun changement. Le sourire paraît être par conséquent un simple et léger mouvement de la lèvre supérieure, les autres altérations internes ne se manifestant nullement au dehors. .

L'on ne s'étonnera donc plus d'apprendre que le rire est provoqué par le froid et par le chatouillement qui sont des impressions cutanées, puisque l'on sait

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combien grande est l'influence des excitations cutanées sur la respiration* Ici encore le rire apparaît comme un contraste entre l'inspiration et l'expiration, cette dernière prenant un caractère actif : cette sensation spéciale, ennuyeuse et même douloureuse causée par le froid et par le chatouillement, est donc la conséquence des altérations de la respiration, la fonction la plus importante de toutes et qui est la cause des altérations qui se produisent dans " les autres.

Dans quel sens interpréter le rire de la moquerie, de la vengeance, du dédain, du mépris ? Le lecteur se souvient, sans doute, de la relation intime que nous avons établie entre le groupe des émotions de plaisir et celui des émotions de réaction, entre la colère et la joie, émotions où les phénomènes caractéristiques sont, au fond, ideotiques. Nous trouvons ici une nouvelle relation entre les unes et les autres. Dans la violente colère, il y a oppression, et par conséquent l'on sent le besoin d'ouvrir la bouche afin de faciliter la respiration ; il y a innervation violente des muscles, respiratoires et autres ; l'expiration prendra donc ici, comme dans la joie excessive, son influence active, et cette influence se manifestera dans sa relation avec les rameaux du nerf facial qui se rapportent à l'ouverture de la bouche et qui agissent spécialement sur le grand zygomachique ; de même se manifestera Tinfluence du muscle malaire de Ilenle qui est connexe à l'orbiculaire des paupières, et qui, par l'occlusion des yeux, contribue à relever la lèvre supérieure.

Toutes ces relations et ces associations dont je

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traite s'établissent en même temps que les formes typiques d'excitation périphériques et centrales ; cotnme toutes les autres manifestations instinctives elles se sont consolidées par l'hérédité et sont devenues des instincts, quelques-unes de ces manifestations sont des expressions en tant que résidus d'un phénomène autrefois complet dans ses phases, elles sont analogues à ces mêmes phénomènes de la colère pour lesquels nous avons établi qu'ils ne sont autre chose que des simulacres de défense qui se sont accnis dans leur nombre et; dans leurs formes. Tout ceci forme un tout avec ce que j'ai démontré à propos des éléments instinctifs des phénomènes émotionnels.

Après cette interprétation de la nature physiologique du rire, il est facile de comprendre le sentiment spécial qui résulte de ces altérations fonctionnelles provoquées par un contraste, par une petitesse, par une idée inattendue, par la supériorité, par le mépris et par la moquerie : tous ces sentiments sont opposés à ceux dérives d'une dépression fonctionnelle causée par la sympathie, la douleur ou la compassion.

Si nous voulons considérer le rire au point de vue esthétique, nous trouverons plusieurs formes* qui peuvent l'exprimer artistiquement : le comique, le satirique, l'ironique ; tous ces formes ont une seule et même origine et dans l'art comme dans la vie, peuvent être considérés comme trois variétés d'une seule espèce.

Le risible esthétique, cependant, dépend dans son délicat développement de la culture intellectuelle et de la finesse de l'éducation, il sert comme moyen

d'exaltation agréable et pour distraire d'occupations graves et sérieuses. Il fait contraste avec les sentiments de commotion douloureuse et c'est pour cela qu'on l'emploie souvent au théâtre comme moyen de soulager d'une émotion déprimante après une représentation tragique.

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