The Origin of Sublim, Mind
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« aussi avec le beau. Il se sépare pourtant de ces « trois sentiments et reste isolé. » Pour ce qui est de son origine, Grant Allen croit la retrouver chez les animaux inférieurs, il en décrit différents degrés de développement en commençant par les tribus primitives. Le germe premier du sublime, dit-il, est sans aucun doute dans l'admiration du sauvage pour un valeureux guerrier de la tribu ; le second degré de l'évolution du sublime se trouve dans la vénération d'un roi sauvage ; le troisième degré est un sentiment mêlé de crainte et d'espérance avec lequel les sauvages considèrent le dieu primitif, l'esprit déifié de leur chef. La conception de l'auteur est donc . celle-ci : 4^ sublime dérive d'un sentiment anthropomorphique dont l'on peut retrouver divers développements et diverses applications dans la religion, dans la nature et dans l'art.
Bien que, à cause de la relation établie entre les divers aspects du sublime, l'élude de Grant Allen soit très séduisante, à mon avis, elle n'est pas convaincante. Il ne me semble pas que l'admiration pour un valeureux guerrier qui se distingue dans la tribu, inspire le sublime ; dans Homère, Achille ou Hector, ne sont jamais qualifiés de B£'.v6; qui signifie épouvantable et admirable; l'épithète Ssivoç s'applique à l'effet de la clameur, à la masse des combattants, au cimier du grand casque des héros, appartenant à ceux qui surpassaient les autres et qui portaient partout la destruction et l'épouvante. Et, parlant de la guerre de Troie, nous sommes déjà dans une époque très avancée, et dans laquelle, par conséquent, le sentiment du sublime doit être très
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développé ; si Ton veut suivre la théorie de Grant Allen, il en esta sa seconde ou à sa troisième période puisque c'est l'époque des rois et des dieux.
Le sens du sublime, chez les hommes primitifs et tel qu'on l'observe aujourd'hui chez les civilisés et chez les peuples historiques, doit avoir son origine dans la peur qu'ils ont eue de la nature sauvage, colossale, des monts inaccessibles, des fleuves immenses, des phénomènes météoriques, tempêtes avec des coups de foudre, de la pluie, du vent, qui prennent une forme destructive et terrible, des débordements de fleuves qui anéantissent les habitations. Si la peur domine l'admiration, il n'existe aucun sentiment de sublime, si l'un et l'autre sentiment sont évidents et associés dans la conscience, le sublime apparaît. Dans l'ignorance absolue et primitive des phénomènes naturels, dans le sentiment craintif d'une divinité terrible résidant au milieu de la nature sauvage et des phénomènes grandioses, l'épouvante surpassait l'admiration ; les Romains qui voyaient encore dans le bois et sur la montagne des divinités plus ou moins terribles ne pouvaient avoir de la nature un sentiment semblable à celui que nous éprouvons, nous qui connaissons mieux aujourd'hui les phénomènes naturels et qui préférons voir la nature sereine là où ils découvraient une divinité propice. Il en est de même pour les enfants et pour tous ceux qui, comme intelligence ou comme ignorance, s'en rapprochent ; ils ont peur devant les phénomènes grandioses de la nature, ils ont peur aussi dans l'obscurité et ils n'ont aucun sens du sublime : ils sont dans le même cas que les sauvages primitifs.
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Le sentiment du sublime est donc instantané et dépressif comme la peur et la surprise ; et ceci ne peut se produire qu'immédiatement, à l'apparition du phénomène et au spectacle grandiose de l'immobile nature. Le sublime qui peut naître de l'admiration de la valeur chez un chef ou un guerrier est plus évolué et exige déjà une expérience, quelque brève soit-elle ; au commencement même, c'est une simple admiration, puis la peur de la puissance ; par l'union de l'une et de l'autre, l'on aura le sublime, à condition, cependant, qu'intervienne l'homme admirant et tremblant. Les rois assyriens, babyloniens, persans, égyptiens, qui demeuraient invisibles au peuple, enfermés dans des palais colossaux et magnifiques, gardés par des gens armés, acquéraient un aspect divin et en avaient même les honneurs. S'ils se montraient au public, ils étaient entourés de tout ce qui peut exister de fastes et d'ornements riches et compliqués, gardés de tous côtés contre chaque incommodité, du soleil, du vent et môme des insectes qui auraient pu, par hasard, les approcher, ils étaient protégés par des éventails, des ombrelles ou autres objets. Ces êtres mystérieux qui avaient puissance de vie ou de mort sur le peuple devaient à leur apparition susciter un sentiment de sublimité : admiration mêlée de crainte. El nous savons que l'on cultivait ce sentiment dans l'antiquité, et qu'on le cultive encore, plus ou moins fortement chez les demi-civilisés et les primitifs. A l'apparition du roi ou du chef suprême, tous les hommes étaient obligés de se prosterner et de toucher la terre de leur front afin de ne pas contempler en face l'homme puissant ; celui qui ne s'y soumettait pas était battu
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OU puni de mort. Il en est encore ainsi en Orient et en Afrique, il en était ainsi à Rome ; lorsque le Pape passait dans les rues, il fallait s^agenouiller devant la voiture qui le transportait ; c'est ainsi qu'aujourd'hui il se fait porter sur la « Sedia Gestatoria » environné, à la manière orientale, de porteurs d'éventails, couvert de pierres précieuses et d'or, véritable exprèssion de la puissance.
Avec l'évolution de la conscience individuelle vers la liberté, le sublime de la puissance humaine cède, et l'admiration subsiste seule; celui qui a une âme servile continue seul à vénérer l'homme puissant. En fait, chez les peuples libres aujourd'hui, le spectacle d'un cortège royal ou impérial, le bruit du canon qui annonce l'arrivée du roi ou de l'empereur, ne provoquent pas autre chose que la curiosité que l'on éprouve pour un spectacle théâtral, il n'y a là rien de sublime car aucun sentiment de crainte n'y apparaît.
Reste le sublime de la nature et de l'art.
Lorsque l'artiste sait bien découvrir les éléments qui composent le sentiment du sublime, tous les arts peinture, sculpture, architecture, poésie et musique, sont aptes à le provoquer. Leopardi conçoit merveilleusement la pensée du sublime dans son « Infini ».
Toujours chère me fut cette solitaire colline,
Et cette haie, qui de tant de côtés,
De l'horizon lointain exclut le regard.
Mais, m'asseyant et contemplant d'interminables
Espaces, au delà d'elle, et de surhumains
Silences, et une si profonde paix.
Je m'abime en ma pensée, car il s*en faut de peu
Que le cœur ne s* épouvante.
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Je termine l'analyse des sentiments esthétiques par une esquisse de classification qui montrera qu'ils n'ont, en substance, rien de différent avec les émotions en général, et qu'ils se réduisent par conséquent aux espèces et aux variétés trouvées déjà, avec les mêmes caractères fondamentaux de dépression et d'exaltation. Il est facile aussi de voir que les excitations esthétiques viennent presque toujours des organes spécifiques des sens, dont les fonctions sont les premières à modifier les phénomènes organiques, mouvements cardiaques et respiratoires. L'intensité et la quantité des émotions esthétiques proviennent de la composition de beaucoup d'éléments, associations de perceptions, présentes ou passées, émotions renouvelées, conditions de moment chez le sujet. Des variations de circonstances, de lieu, de temps et d'autres déjà notées pour chaque classe d'émotion ont aussi leur influence.
La durée et l'instantanéité des émotions est très relative, et pour produire ses effets peut quelquefois dépendre de la durée des excitations ou bien de leur continuité, (telles sont les émotions de la musique et du mouvement) tandis que d'autres, d'origine visuelle, sont instantanées. Cette caractéristique d'instantanéité et de durée se trouve surtout dans les deux sentiments différents du sublime et du beau, considérées au point de vue abstrait.
Le comique qui produit le rire, le risible en général ou le ridicule ont été considérés selon les explications fournies dans leur analyse comme une émotion instantanée divergente.