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LE SUBLIME

Le sublime, à son origine, c'est la peur, c'est une transformation de la peur et' par conséquent une émotion dépressive instantanée. Devant un massif immense d'Alpes inaccessibles ou devant un vide énorme qui s'ouvre et s'étend à nos pieds, devant la mer sans fin, limitée à peine par un horizon incertain, le cœur et la respiration s'arrêtent, puis reprennent leur mouvement d'une façon accélérée, l'œil reste fixe, et le corps immobile, on est oppressé, anéanti ; et tandis que s'afiirme un désir de fuite, une fascinalion irrésistible nous arrête sur place, immobiles : c'est une émotion de peur. Le sauvage, lui, fuit devant la nature luajestucuscmont sauvage et oppri-

mante, parce qu'il la craint ou qu'il craint en elle une divinité que la peur lui a fait concevoir ; pour nous, nous ne fuyons pas, parce que nous ne craignons plus un être puissant et mauvais qui pourrait nuire, et la peur se transforme en une admiration à forme peureuse : le sublime, comme sentiment est, par conséquent, une admiration à forme de peur, et dans son origine c'est simplement de la peur.

Ce curieux phénomène ne se produit pas seulement devant la nature immobile, mais se produit souvent aussi à la vue de la force et du mouvement qui surpassent de beaucoup notre propre force et nos propres mouvements : lorsque, par exemple, une masse immense s'élance dans l'espace. On peut choisir comme exemple un train vu dans sa plus grande vitesse ; en le considérant, malgré que nous en soyons éloignés, nous en avons peur, il semble qu'il doive nous écraser, nous anéantir. Il en est de même à la vue des énormes vagues d'une mer en tempête, ou d'un torrent qui se précipite, entraînant ou abattant violemment tout ce qu'il rencontre ; ou bien en contemplant un orage avec ses coups de foudre, le vent violent et la grêle qui hachent les arbres et abattent les maisons : l'on admire avec épouvante, et l'on sent le sublime.

Une des études les plus originales qui aient été faites sur le sublime est celle de Grant Allen * : a Le « sublime, dit-il, n'est pas absolument agréable et, « cependant, il n'est certainement pas pénible. Il 9 « beaucoup d'éléments communs avec la crainte, « beaucoup d'autres avec la vénération, et beaucoup

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