I. Afin. psycJwt., 3« année
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doute qu'il est difficile de séparer d'une manière absolue les excitations musicales à caractère sensoriel de celles à caractère émotionnel, auxqueUes, justement, ces auteurs attribuent ce trouble respiratoire.
En effet, dans leur seconde élude sur les effets des excitations émotionnelles, les artiteurs trouvent caractéristique ce fait que les mélodies, c'est-à-dire la musique expressive, produisent une irrégularité respiratoire ; l'amplitude respiratoire a été aussi modifiée de la façon la plus profonde, et l'accélération respiratoire est également plus grande que dans la musique purement sensorielle... En somme concluons : a Tous ces faits nous semblent concorder et mettre en relief ce fait fondamental que l'émotion provoque des -effets bien plus considérables que la simple émation. »
Quant à la qualité de l'émotion, les mêmes auteurs admettent qu'elle doit nécessairement avoir une grande action sur la valeur des effets physiologiques que cette musique produit. Mais il est très difficile de les vérifier car la qualité en est très variable et très compliquée. Cependant, ils ont des exemples dans lesquels l'action de la qualité émotionnelle est manifeste.
Les ]3hénomènes de la respiration et ceux du cœur, ])rovcKjués par la musique, étant mis en relation, on a une conclusion importante comme celle qui suit :
« Chez notre sujet, respiration et cœur ont fonctionné à l'unisson; que, sous l'influence des excitations sensorielles, sans écho émotionnel, il y a une accélération légère des deux fonctions ; que l'audition d'une mélodie de caractère triste ou gai a augmenté
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celte accélération, et qu'enfin les motifs tirés d'ouvrages dramatiques sus par cœur et provoquant des émotions très intenses ont porté cette accélération au maximum. »
Les dernières expériences sur la circulation capillaire ont donné un rapetissement du pouls, variable et allant du minimum au maximum d'un septième de la pulsation k la moitié. Ce sont les excitations sensorielles qui ont presque constamment provoqué ce rapetissement; les accords discordants l'ont provoqué en proportions plus grandes; tandis que les mélodies tristes comme les accords en mineur ont rarement provoqué ce rapetissement et qu'il n'a jamais fait défaut dans les mélodies gaies et excitantes.
Selon nous, malgré la variabilité des phénomènes physiologiques provoqués par les impressions musicales, la théorie émotionnelle, telle que nous l'avons ex[)osée à propos des sentiments esthétiques se trouve confirmée dans ses lignes générales par les belles expériences de Binet et Courtier*.
J'ai |)arlé ailleurs de la difficulté d'expérimenter dans la physiologie des émotions et les expériences que j'ai sommairement citées en sont une preuve. L'a[)parilion spontanée d'une émotion est un fait très ditTérenl d'une émotion artificiellement provoquée; il y a la même différence qu'entre un événement tragique réel et un événement dramatique au théâtre.
I . Je regrette d'avoir reçu en retard le travail du D"" Guibaud, Couiribuiion à l'ctude expérimentale de l'influence de la musique sur la respiration et la circulation. Bordeaux, 1898. J'en aurais rendu compte, mais je ne le connaissais que par V Année psychologique, Paris, 1898.
Malgré que dans ce dernier, cas naisse une émotion analogue à celle provoquée par le fait réel, dans notre conscience ou dans la subconscience demeure pourtant ridée que le drame est une fiction et non une réalité. Cette condition suffit à altérer l'état émotionnel artificiellement provoqué, ou pour en empêcher l'apparition sous toutes ses formes et dans toutes ses phases. Je ne doute pas, du reste, que les moyens d'expérimentation seront perfectionnés de même que les méthodes, et alors nous pourrons arriver sans doute au but scientifique dans les expériences.
Je crois aussi que l'observation intérieure ou introspection peut constituer une aide utile dans l'étude des émotions lorsque l'examen et l'analyse sont faits sur des sujets très sensibles et très intelligents. J'ai pu souvent m'observer moi-même en diverses occasions où j'ai senti venir des émotions provoquées par des idées, des souvenirs, des récits ou des contrastes moraux ; et j'ai pu facilement constater qu'une idée ou un récit précédait l'émotion que j'ai senti surgir brusquement ou lentement sous l'influence des idées, comme un trouble à caractère physiologique, spécialement dans les faits qui provoquent de la douleur, du dépit, de la rage, comme le seraient des nouvelles se rapportant à des abus de pouvoir, à d'injustes condamnations judiciaires, dans la défaite d'un peuple pour lequel on a de la sympathie ; c'est-à-dire pour des idées et des faits de caractère moral, provoquant des sentiments moraux. J'ai senti se produire en moi le même effet à la nouvelle de découvertes scientifiques, de prix donnés à des personnes dignes de les avoir, etc. Ces faits montrent clairement que les phé- Sergi. 26
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nomènes intellectuels qui, par eux-mêmes, ne sont pas des émotions, peuvent provoquer des émotions, de même que des excitations sensorielles et des lésions organiques excitent des plaisirs et des douleurs physiques ou organiques : les unes et les autres agissent sur un centre commun, la moelle allongée d'où partent les stimulus qui troublent les phénomènes vitaux et dont la sensation unie aux éléments intellectifs qui les ont provoques, sont les émotions, tandis que les douleurs et les plaisirs organiques ou sentiments à pur caractère organique sont accompagnés de sensations localisées.