ÉLECTION D'HENRI DE LUXEMBOURG
Philippe le Bel. D'abord, cet empire qu'on faisait remonter jusqu'à Charlemagne, et, en théorie surtout, jusqu'aux empereurs romains, à Justinien et à Constantin, n'était pas une dignité exclusivement propre à l'Allemagne. C'était une dignité plutôt européenne, chrétienne. Quoiqu'elle se fût fixée d'une façon très durable en Allemagne, des rois étrangers, comme Alphonse de Castille et Richard de Cornouailles, y avaient été promus, môme par les suffrages allemands. Pour ce qui est de Philippe le Bel, il avait élevé à son apogée la puissance de la monarchie française dans la chrétienté. Son petit-neveu, Charles II d'Anjou, avait perdu, au midi de l'Italie, la Sicile passée après la révolte des Vêpres siciliennes, par le traité de Tarascon, à la dynastie du royaume d'Aragon. Mais il était encore puissant dans la péninsule italienne comme chef du parti guelfe. Par ses liens avec les derniers héritiers de l'empire latin de Byzance et les services d'argent qu'il rendait à ceux-ci, il aspirait à se dédommager peut-être de ce côté ; et, en tout cas, ayant épousé une fille d'Etienne V, de la race finissante d'Arpad, il poussait son fils, Charles-Robert, contre les prétentions de princes bohémiens ou bavarois, à la couronne de saint Etienne, que celui-ci devait ceindre définitivement en 1310. Enfin, par lui-même, vainqueur du roi d'Angleterre, Edouard l", obligé de lui prêter hommage, et des Flamands contraints à lui payer des indemnités et à lui livrer des domaines considérables, Philippe le Bel, après la fin tragique de sa lutte avec Boniface VIII, avait amené le successeur de celui-ci, sa créature, l'ancien archevêque de Bordeaux, Clément V, à fixer sa résidence dans la ville d'Avignon, oi!i la papauté tombait sous la dépendance de la monarchie française. Le but que tant d'empereurs allemands, et au milieu de tant de luttes, avaient en
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vain poursuivi, la subordination du Saint-Siège, le successeur de saint Louis l'avail atteint, on sait par quels moyens. Quoi d'étonnant que le souverain français, à défaut de lui-même, voulût alors pousser à l'empire son frère, Charles de Valois, brave chevalier, qui s'était récemment mêlé aux querelles italiennes, et qui avait conduit les milices féodales et communales de France contre les Allemands à la victoire française de Mons-en-Puelle (1302). Il écrivit donc par deux fois, enjuin 1308, aux princes électeurs allemands, et particulièrement au roi de Bohême; il n'épargna pas l'argent auprès d'eux, pour faire réussir son frère, et ne se fit faute de chercher à amener Clément V, sa créature, à favoriser cet ambitieux projet. Mais, si les princes allemands, à cette époque, tenaient surtout à n'avoir pour empereur (]uiin prince faible, au risque de soufllrir de l'anarchie, à plus forte raison ne voulaient-ils point pour empereur d'un prince qui aurait derrière lui une nation puissante capable de menacer leur indépendance! Aussi, dans la liste des candidats, que contient un document ascanien adressé le 8 août anx deux comtes palatins du Rhin qui avaient alors la régence pendant l'intéi-im, ne trouvet-on point le nom de Charles de Valois, mais seulement celui des deux margraves de Brandebourg, des princes des deux branches de la maison bavaroise de Wittelsbach, en Bavière et dans le Palatinat, du comte d'Anhalt, du fils de l'empereur Albert assassiné, Frédéric le Beau, qui voulait garder la couronne dans sa famille, enfin même du remuant comte Eberhardt de \Vurtemberg et du landgrave Frédéric de Tburinge. Le roi de Boiiême, Henri de Carinlhie, dont l'autorité était contestée, n'y était pas non plus ; et encore moins celui qui devait l'emporter sur tous, le petit comte de Luxembourg, Henri.