ÉLECTION D'HENRI VII
On sait que c'était pres(iue toujours aux grands électeurs ecclésiastiques que revenait surtout l'honneur de disposer de la couronne du Saint-Empire. C'est encore ce qui se passa celte fois. Le roi de France, Philippe le Bel, croyait pouvoir compter sur l'archevêque de Cologne qui lui était, en effet, favorable, et sur le pape Clément V, qui l'était moins, et qui, craignant déjà la puissance de son maître, travaillait sous main contre Charles de Valois. L'archevêque de Mayence, Pierre d'Eichspelt, déjà signalé, dans les événements précédents, comme remuant diplomate et comme habile médecin, arrivé en 1306au premier siège des bords du Rhin, pour avoir guéri le pape Clément V d'une maladie; et, avec lui, Beaudoin de Luxembourg, élevé dans l'Université de Paris et passé du canonicat de l'Église de Trêves à son siège archiépiscopal, par la faveur aussi de Clément V, furent les principaux auteurs de la fortune de Henri Vil de Luxembourg. Celui-ci était, en effet, justement le frère du clerc Beaudoin et, à la cour de France, il avait contribué à l'exaltation dans l'Église de ces deux puissants personnages. L'archevêque de Trêves, Beaudoin, et son frère. Henri de Luxembourg, revenaient en effet de Poitiers, où ils avaient vu le roi Philippe le Bel et soupape. Clément V", quand ils reçurent, chemin faisant, de Tarchevê(iue de Mayence nne missive qui les instruisait et de la mort de l'empereur Albert et de son intention à lui de promouvoir à l'empire le comie Henri. L'expérience politique déjà longue de Pierre d'Eichspelt, l'archevêque de Cologne^ et le renom de savoir et de sagesse que Beaudoin avait déjà ac(|uis à Trêves rendaient leur opinion bien importante dans celte affaire, ils réussirent à faire triompher leur candidat dans la réunion électorale préparatoire à laquelle ils convoquèrent les plus puissants princes, le
22 novembre, au lieu resté célèbre dé Kœnij^stuhl, à Renzc. On visite encore aujourd'hui sur la rive gauche du Rhin, entre Coblentz et Boppard, en face de l'embouchure de la Lâhn sur l'autre rive, la large plate-forme circulaire de pierre, aujourd'hui réparée, qui s'élevait à Renze sur une hauteur, au milieu de noyers séculaires: un pilier massif reliait par des arc-boutants en ogive les huit colonnes disposées en cercle, au milieu desquelles les princes délibéraient, selon l'ancienne coutume, à l'air libre, dans un site splendide donnant sur le Rhin et sur les hauteurs environnantes.
On y accédait par un escalier de douze marches. De ce trône royal (Kœnigstuhl), on se flattait qu'un puissant cor de chasse pouvait se faire entendre dans quatre territoires électoraux à Lahnstein dans l'électoral de Mayence, à Rappel dans celui de Trêves, à Renze dans celui de Cologne et à Braubach dans le Palatinat. Convoqués en cet endroit par l'archevêque Pierre de Mayence, les deux archevêques de Cologne et de Trêves, le margrave de Brandebourg, Wildeman, le comte palatin, le duc de Saxe (on n'avait pas convoqué le roi de Bohême dont la royauté était contestée), après avoir délibéré pendant trois jours , se mirent d'accord sur le nom du comte Henri de Luxembourg qui leur paraissait, comme noblesse ancienne et comme faiblesse réelle, réunir les conditions nécessaires; et ils se rendirent à Francfort-sur-le-Mein. Là, le comte palatin Rodolphe de Wittelsbach prononça en faveur de celui-ci la formule : eligo te in Romanorum regem et imperatorem futururn, et, le 6 janvier 1309, Henri Vil de Luxembourg, accompagné des électeurs et d'un assez grand nombre de comtes et de chevaliers, ceignait à Aix-la-Chapelle la couronne royale d'argent en attendant la couronne impériale d'or.