LA RÉUNION DOMINICALE
L'Apologiste expose en outre les cérémonies usitées de son temps pour la célébration du Dimanche: voici ce qu'il a dit à ce sujet.
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« Le jour qu'on est convenu d'appeler le « Jour du Soleil, tous ceux qui habitent les « villes ou les campagnes se réunissent dans un même lieu, et là on lit les récits des Apôtres, ou les écrits des Prophètes selon le temps dont on peut disposer.
« Quand le Lecteur a fini, celui qui préside l'Assemblée fait un discours pour exhorter à l'imitation de ces sublimes enseignements.
« Ensuite nous nous levons tous, et nous prions ; et, comme nous Tavons dit, la prière terminée, on apporte du pain, du vin et de l'eau ; et celui qui préside fait les prières et les actions de Grâces avec la plus grande ferveur. Le peuple répond : Amen! et la distribution, et la communion générale des choses consacrées se font à toute l'assistance ; la part des absents leur est portée par les Diacres.
« Ceux qui sontdans l'abondance, et veulent donner font leurs largesses ; et ce qui est re-
cueilli est remis à celui qui préside, et il assiste par là les veuves, les orphelins, les malades, les indigents, les prisonniers et les étrangers : en un mot il prend soin de soulager tous les besoins.
« Si nous nous rassemblons le jour du Soleil, c'est, dit-il encore, parce que ce Jour est celui où Dieu, tirant la matière des ténèbres, commença à créer le monde, et celui où Jésus- Christ notre Sauveur ressucita d'entre les morts : car les Juifs le cruciflérent la veille du jour de Saturne, et le lendemain de ce jour, c'est-à-dire le jour du Soleil, il apparut à ses disciples étant ressuscité. »
Tels sont les passages les plus importants de cette célèbre Apologie, qui contient encore dans d'autres parties du discours l'exposition de la croyance à la maternité virginale de Marie, c'est-à-dire au dogme de l'Incarnation, qui énonce comme une vérité l'ac-
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tion possessive de Satan et des Démons sur l'humanité, qui proclame enfin le dogme de la Résurrection des Morts comms le fondement de la Foi Chrétienne, et l'attente du Jugement dernier, à la suite duquel les corps des Justes seront revêtus d'une immortalité Glorieuse, tandis que ceux des Méchants brûleront dans le Feu Éternel.
DÉCRET DE L'EMPEREUR ANTONIN concernant les Chrétiens
Comme on le voit, la première Apologie de Justin est surtout remarquable en ce sens qu'elle met en relief les principaux dogmes
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de la Foi Catholique tels qu'ils ont été formulés plus tard dans le Concile de Nic-ée.
Cette Apologie toucha-t-elle le cœur de l'Empereur Antonin? Il serait permis de le conjecturer par le rescrit Impérial dont Eusèbe nous a conservé le texte.
Les fidèles de l'Asie et de la Grèce, persécutés comme ceux de Rome, avaient également adressé à l'Empereur des plaintes sur les vexations de tout genre qu'ils avaient à souffrir de leurs compatriotes.
Les païens rejetaient sur les Chrétiens la responsabilité de toutes les calamités publiques qu'ils regardaient comme une vengeance céleste pour les outrages que les Dieux recevaient chaque jour de cette secte impie.
Or vers les années 148 à 150 de l'Ere Chrétienne^ différents fléaux avaient éclaté à la fois : une famine cruelle, une inondation du Tibre, un tremblement de terre qui renversa
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plusieurs villes eu Asie, et dans l'île de Rhodes. Les cris sanguinaires de la populace contre les Chrétiens retentirent donc avec une nouvelle fureur ; et pour arrêter les effets de cette haine aveugle, l'Empereur Antonin se vit obligé d'envoyer aux villes d'Asie en faveur des disciples du Christ le décret suivant :
« L'Empereur Titus QElius Adrianus Antoninus Auguste, Pieux, souverain Pontife, la xvème année de sa puissance tribunitienne, Consul pour la iiig fois, Père de la 'Patrie, aux peuples de l'Asie, Salut : »
« Je ne doute point que les dieux eux-mêmes n'aient soin de découvrir les Chrétiens, quelqu'effort qu'ils fassent pour se cacher. En effet ils ont à la fois et plus d'intérêt et plus
j de puissance que nous pour punir ceux qui
I refusent de les adorer. Mais vous, qui ne ces-
i sez de molester ces gens, d'accuser leur doc-
> trino d'athéisme, et do leur imputer des cri-
mes dont vous ne pouvez ensuite fournir la preuve, prenez garde qu'au lieu de les ramener à de meilleurs sentiments, vous ne les rendiez encore plus obstinés : car ils souhaitent moins de vivre que de mourir pour leur Dieu.
Apres quelques autres considérations qui semblent accuser les païens plutôt que les sectateurs du Christ, l'Empereur ordonne que si l'on continue à intenter des actions à quelque Chrétien uniquement à cause de sa religion, l'accusé soit renvoyé absous, et que l'accusateur soit puni suivant la rigueur des lois.
Cette ordonnance d'Antoninfutpromulguée solennellement à Ephése, chef-lieu des assemblées générales de l'Asie. On prit soin d'en envoyer des copies aux gouverneurs des autres villes, et la paix fut accordée pour quelque temps à l'Eglise.
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L'Empereur Antonin dit le Pieux mourut après 22 années de règne en Tan 160 de l'Ère Chrétienne.
Sous son règne, le siège épiscopal de Rome avait été occupé par les Pontifes Hygin, qui mourut en Tan 142, Pie I, qui mourut en l'an 150, et Anicet qui conserva l'administration de ce siège jusqu'à l'année 161.
C'est à cette époque qu'il convient de rapporter la fondation de l'Eglise de Lyon dans les Gaules.
Saint Pothin en fut le premier évêque; â l'Eglise de Lyon se rattachentimmédiatement celles de Vienne, de Valence et de Besançon.
Ainsi la foi chrétienne ne cessait de se répandre malgré tous les obstacles qui lui avaient été opposés, et le nombre de ses sectateurs s'accroissait de jour en jour.
LES EMPEREURS ROMALNS
RÈGNE DE L^EMPEREUR MARC- AURÈLE 4ème Persécution Générale
L'Empereur Antonin avait laissé pour lui succéder deux fils adoptifs, Marc-Aurèle, son neveu et son gendre, et Lucius Vérus. Ils partagèrent ensemble le commandement et le titre d'Auguste, et régnèrent d'abord conjointem3nt.
Lucius Vérus était un homme livré à toutes les débauches, et ne s'occupa jamais sérieusement du gouvernement.
Quant à Marc-Aurèle, il prétendait tirer son
ET l'Église chrétienne
origine du roi Numa, et se piquait de lui ressembler par son attachement et son zèle pour l'ancienne religion des Romains. 11 professait la philosophie Stoïcienne, etn'aimait pas les disciples du Crucifié par une sorte de rivalité de secte. Aussi sa clémence naturelle ne l'empêcha pas de se montrer entièrement dur et même cruel à l'égard des Chrétiens.
Dans les premières années de son régne ( vers l'an 166 de J.~C.) il adressa aux gouverneurs de L'Empire le décret de la IV® persécution générale :
Ce décret était ainsi conçu :
« L'Empereur Marc-Aurèle à tous ses administrateurs et officiers : »
« Nous avons appris que ceux qui de nos jours s'appellent Chrétiens violent impunément les lois de l'Empire et les ordonnances de nos prédécesseurs. »
« Arrêtez-les ; et s'ils ne sacrifient à nos
dieux, punissez-les par divers genres de supplices. Ayez soin toutefois que la punition cesse avec le crime. »
La fureur populaire longtemps comprimée par la bienveillance d'Antonin éclata avec une nouvelle violence aussitôt que l'édit fut promulgué dans les différentes provinces. Les premières victimes frappées à Rome furent une noble dame veuve nommée Félicité et ses sept fils, tous accusés de pratiquer le Christianisme avec un grand zèle. Le premier expira sous des fouets armés de balles de plomb. Onassommalesecond et le troisième à coups de bâtons; le quatrième fut précipité d'une hauteur dans le Tibre: les trois derniers Alexandre, Vital et Martial furent décapités.
Après eux leur mère, déjà sept fois martyre, termina sa vie par le même supplice. L'Église de Rome était alors gouvernée par l'évêque Soter, successeur d'Anicet L
KT L'EGLisE CHRÉTIENNE
LETTRE DE L'ÉGLISE DE SMYRNE Martyre de l'Évêque Poly carpe
La persécution sévissait en Asie avec une égale violence. Une lettre célèbre, écrite par l'Église de Smyrne à celle de Philadelphie et à toutes les Eglises du monde, nous a conservé les détails des combats que les Chrétiens eurent alors à soutenir entre les ennemis de leur Foi.
Un jeune homme nommé Germanicus signala sa constance par-dessus tous les autres, Exposé dans l'amphithéâtre, il s'élança lui même au devant des bêtes qui
déchirèrent bientôt ses membres sanglants. Surpris et irrité de ce courage héroïque, le peuple s'écria tout d'une voix : à mort les athées ! c'est le nom que l'on doraiait aux chrétiens parce qu'ils refusaient de sacrifier aux dieux.
Que l'on cherche Polycarpe!
C'était le chef de la chrétienté de Smyrne: disciple de l'apôtre Saint Jean, préposé par lui au gouvernement de cette église, cet homme vraiment apostolique n'avait cessé d'y répandre les enseignements évaiigéliques, depuis plus de soixante ans. Sur les instances des fidèles qui l'en avaient supplié, il avait quitté momentanément la ville de Smyrne pour se laisser conduire dans une maison de campagne aux portes de cette cité. Un serviteur trahit sa retraite, et conduisit les soldats à l'appartement où il reposait. Arrêté d'après les ordres du proconsul, il fut rame-
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né dans sa ville épiscopale, entouré d'une multitude qui criait: c'est le docteur de l'Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos Dieux! qu'on lâche un lion sur Polycarpe !
Mais les combats de l'amphithéâtre étant achevés ce jour là, le peuple |dans sa fureur courut en foule prendre du bois dans les maisons et les bains publics pour en former un bûcher. Dès qu'il fût prêt, Polycarpe ôta sa ceinture, et se dépouilla de ses vêtements. Comme les bourreaux se disposaient à le clouer au bûcher : laissez leur dit-il; celui qui me donne la force de souffrir m'en donnera aussi pour demeurer ferme au milieu des flammes. Il fut donc placé libre dans le bûcher, semblable, dit la lettre de l'Eglise de Smyrne, à un bélier choisi dans le troupeau comme un holocauste agréable et accepté de Dieu.
Les actes de son martyre rapportent que les flammes, par un prodigemiraculeux, n'ayant pas consumé son corps, les païens commandérentàl'un de ceux qui dans les amphitéâtres donnaient le dernier coup aux bêtes sauvages, de lui plonger l'épée dans le corps. Le confecteur, exécutant cet ordre barbare, acheva le saint martyr.
La lettre des fidèles de Smyrne termine ainsi ce récit :
« Pour nous, nous eûmes le bonheur de recueillir ses ossements, plus précieux à nos yeux que des pierres précieuses. Ils furent déposés avec honneur dans un lieu convenable. Dieu nous fera la grâce de nous y réunir chaque année pour célébrer la fête glorieuse de sa naissance par le martyre, pour nous souvenir de ceux qui ont combattu, et retremper le courage des générations à venir par les nobles exemples de leurs aïeux.
Tel est le récit de la mort de l'évêque Po* lycarpe. que, suivant les calculs les plus probables, on rapporte au 23 février de l'an 166 après J .-C .
Toutes les églises de l'Asie Mineure et du monde entier voulurent lire la relation de ses derniers moments, et l'autorité du vénérable évêque de Smyrne, qui avait converti tant d'infidèles pendant sa vie , eut même après sa mort le privilège d'affermir les chrétiens dans la confession généreuse de leur foi .