‹ Les Empereurs romainsChapitre 18 sur 54 · SAINTE CÉCILE · texte numérisé non relu

SAINTE CÉCILE

Suivant les conjectures émises par M. de Rossi dans son beau travail sur les Catacombes de Rome, le martyre de sainte Cécile appartiendrait à le période qui nous occupe, c'est-à-dire à l'époque oùMarc-Aurèle avait associé son fils Commode à l'Empire. '/ vers l'an 178 deJ-C.)

On connaît l'histoire touchante de cette sainte.

Cécile était de noble race ; elle appartenait à une famille Sénatoriale. Dès sa plus tendre enfance, elle avait été élevée dans la foi chré-

ET l'Église chrétienne 103 tienne que sa mère professait pvobablement. Son père était ou un païen ou un chrétien assez tiède ; car il la donna en mariage à un jeune patricien orné des plus nobles vertus et du plus aimable caractère, mais attaché au culte des faux dieux, et qui se nommait Valérien. Mais Cécile s'était depuis longtemps consacrée au service du Christ, et lui avait voué sa virginité. Le jour de son mariage, elle déclara à son époux le vœu qu'elle avait fait, et lui parla avec tant d'onction qu'elle le convertit, et lui persuada d'aller immédiatement lui-même demander le baptême. Valérien convertit à son tour son propre frère Tiburtius. Tous deux furent condamnés à mort pour avoir refusé de sacrifier aux dieux, et décapités ; mais l'officier qui présidait à leur exécution, nommé Maxime, fut si touché de leur constance qu'il se convertit lui-même, et partagea leur supplice. Lès corps des trois

martyrs furentensevelispar Cécile elle-même, et enterrés dans le cimetière de Prétextât.

Le préfet de Rome, n'ayant pu vaincre sa constance inébranlable dans la confession de sa foi, ordonna qu'elle fût enfermée dans le Caldarium, ou la chambre des bains chauds de son propre palais, et fit chauffer les conduits de vapeur à une telle température qu'elle devait mourir suffoquée.

Cécile entra dans la chambre; l'hypocauste avait été chauffé sept fois plus que de coutume. Elle y demeura un jour et une nuit; ce temps écoulé, on la retrouva vivante; la vapeur brûlante l'avait respectée.

Le préfet informé du prodige envoya alors un de ses licteurs avec ordre de lui trancher la tète.

Trois fois la hache s'abattit sur son cou délicat; mais soitque la vue d'une victime si jeune et si noble eût fait trembler le bras du bour-

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reau, soit que son bras eût été empêché par une force surnaturelle, il ne put venir à bout de son œuvre, et comme la loi Romaine ne permettait pas à l'exécuteur de frapper plusde trois coups, il s'en alla, la laissant encore vivante, baignée dans son sang. Pendant deux jours et deux nuits, elle vécut ainsi suspendue entre la vie et la mort.

Le matin du troisième jour, après avoir iait ses dernières recommandations aux fidèles accourus auprès d'elle, elle sembla se recueillir en elle même, n'écoutant plus que les harmonies du ciel, et sourde à tous les bruits de la terre.

Au moment suprême, elle était couchée sur le côté droit, les genoux réunis avec modestie; ses bras s'affaissèrent l'un sur l'autre, et comme si elle eût voulu garder le secret du dernier soupir qu'elle envoyait au divin objet de son unique amour, elle tourna contre

terre sa tête sillonnée par le glaive, et son âme se détacha doucement de son corps virginal qui fut placé le soir même dans un cercueil de bois de cyprès ; on lui avait conservé l'attitude qu'elle avait en mourant.

La mémoire de Cécile est restée en grande vénération dans l'Eglise. Les arts se sont plu à la célébrer, et les musiciens l'ont prise pour leur patronne.

MISSION DANS LA GRANDE-BRETAGNE Mort de l'Empereur Mare-Aurèle

Au milieu de toutes ces persécutions, le pontife Eleuthère gouvernait l'Eglise de Rome: son pontificat fut signalé par un événement

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qui devint une consolation pour cette Eglise.

Un roi de l'un des petits états de la Grande- Bretagne, nommé Lucius, lui envoya alors une ambassade solennelle pour demarder des missionnaires qui pussent instruire ses sujets dans la Foi, et leur procurer le bienfait de la lumière Evangélique.

Eleuthère accueillit avec joie les envoyés du prince; il lui adressa des prêtres dont la prédication eut tant de succès que bientôt la croix fut arborée dans les régions les plus septentrionales de la Grande-Bretagne, jusque-là inaccessibles aux aigles Romaines.

Le règne de Marc-Aurèle se termina en l'an 180 de J. C ; il mourut d'une maladie contagieuse à l'âge de 59 ans, au milieu d'une expédition qu'il avait dirigée contre les Marcomans.

Sa vie entière n'avait été qu'une suite de combats.

Les frontières de l'Empire étaient dès lors continuellement inquiétées par les peuples barbares qui semblaient déjà se préparer à se jeter sur lui comme sur une proie qui leur était destinée. Marc-Aurèle les contint et les repoussa: ce fut sa gloire devant la postérité.

Le Sénat lui décerna en souvenir de ses exploits une colonne triomphale qui subsiste encore à Rome, et qui est connue sous le nom de Colonne-Antoine : elle est en marbre blanc, et entourée depuis sa base jusqu'au sommet de bas-reliefs représentant les guerres de Marc-Aurèle. Mais sa statue, qui en couronnait le sommet, a disparu pour faire place à celle en bronze doré de l'Apôtre St. Paul dont l'érection est due au pape Sixte-Quint. Ainsi l'immortelle colonne proclame un double triomphe, celui de Marc-Aurèle sur les Barbares du Nord, et celui de Paul par la croix sur

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les Romains et sur les Barbares du monde entier.

Une statue équestre de Marc-Aurèle, seul bronze antique de ce genre qui nous reste, décore aussi actuellement l'esplanade du Capitole, au milieu de laquelle elle s'élève comme un dernier débris des grandeurs Impériales : mais le temple de Jupiter avec ses statues colossales de dieux et de héros, mais la citadelle aux murs Cyclopéens, tout cela n'existe plus : la mémoire de Marc- Aurèle a survécu seule aux dieux qu'il avait voulu défendre.

RÈGNE DE L'EMPEREUR COMMODE Martyre du sénoieur Apollonius

Quand Marc-Aurèle eut été placé, selon la coutume, au rang des dieux, son lils Lucius Commodus Antonius lui succéda : il n'avait que 19 ans, et déjà s'annonçaient en lui des passions désordonnées qui en eurent bientôt fait un tyran stupide. Ses cruautés, ses débauches et ses extravagances rappelèrent celles de Néron et deDomitien.

Cependant les chrétiens furent beaucoup moins inquiétés pendant qu'il gouverna l'Empire : ils étaient protégés par l'une de ses con-

ET l'Église chréiienne 111 cubines, nommée Marcia, qui exerçait sur lui un grand ascendant. (1)

Dans la 6ème année de ce règne, le Pontife Eleuthèrc termina son existence; il fut remplacé sur le siège épiscopal de S* Pierre par l'Africain Victor

Le calme rendu à l'Eglise après une si longue tempête donna lieu à un grand nombre de conversions.

A Rome, plusieurs personnages de la plus haute distinction embrassèrent la foi Chrétienne avec toute leur famille. Un sénateur, illustre dans les lettres et dans la philosophie, nommé Apollonius, fut de ce nombre. Alors un de ses esclaves le dénonça comme Chrétien au tribunal de Pérennis, préfet du Prétoire.

Les ordonnances qui défendaient d'accuser

(1) Nous devons faire observer ici que le concubinage était autorisé par la loi Romaine.

les Chrétiens, sous peine d'encourir le châtiment réservé aux calomniateurs, venaient d'être remises en vigueur.

Pérennis en conséquence fit mettre l 'esclave en croix, et lui fit casser les jambes. Mais ensuite, par une contradiction étrange, il ordonna à Apollonius de se justifier devant le Sénat et d'y rendre compte de sa conduite. Apollonius^ au lieu de se retracter, composa une apologie solide et éloquente dans laquelle il confessait nettement la religion Chrétienne.

Il lut son discours devant le sénat assemblé.

Mais bientôt il eut à sceller de son sang sa courageuse profession de foi ; car d'après un édit de Trajan, qui conservait encore force de loi, un Chrétien, une fois traduit en justice, ne pouvait être absous, s'il n'apostasiait. Un décretdes Sénateurs ses collègues condamna donc Apollonius à avoir la tête tranchée.

ET l'Église chrétienne 113 Cette sentence fut exécutée en l'an 189 de J.-C.

On ne connaît pas d'autres martyrs qui aient souffert la mort sous Commode: ce fut là une exception toute particulière.

MORT DE COMMODE Troubles dans l'Empire

Commode, ce fou couronné, périt le 31 décembre 192 à la suite d'une conspiration qui le fit étrangler par un jeune et vigoureux athlète.

Son cadavre fut secrètement enlevé du palais.

Le Sénat ordonna qu'il fut jeté dans le Tibre, et flétrit sa mémoire.

Ses meurtriers se hâtèrent de faire un Empereur: ils nommèrent Pertinax, alors préfet de la ville.

Le Sénat approuva leur choix, et le 1^^ janvier 193 les Prétoriens prêtèrent serment au nouveau Prince.

Le règne de Pertinax ne dura que 88 jours ; il fut égorgé dans son palais le 28 mars 193 par les Prétoriens qui prétendaient ainsi se constituer les vengeurs de Commode. Ils mirent alors honteusement l'empire à l'encan ; il fut adjugé au vieux consulaire DidiusJulianus au prix de 6,250 drachmes par chaque soldat.

A cette nouvelle, les légions des provinces se soulevèrent.

Celles de Bretagne proclamèrent leur chef Albinus; celles de Syrie, Pescennius Niger,

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et celles d'Illyrie, T Africain Septime Sévère; celui-ci se trouvant le plus rapproché de Rome, en prit aussitôt la route; et le Sénat, encouragé par son approche, déclara Didius ennemi public, le fit tuer malgré ses prières et ses larmes, punit les meurtriers de Pertinax, et reconnut Septime Sévère pour Empereur.

Celui-ci ne perdit pas de temps; il alla d'abord attaquer son compétiteur Niger, le vainquit dans trois batailles successives, et le fit tuer prés d'Antioche au moment où il voulait fuir vers les Parthes. (An 194 de J.-C.)

Trois ans après, en 197, il vainquit également son autre compétiteur Albinus, qui, honteux de sa défaite, se donna la mort. Sévère envoya la tète d'Albinus au Sénat; et de retour à Rome, il y exerça les plus atroces cruautés.

Au milieu de toutes les exécutions qu'il

ordonna, il mêla une fête menaçante, l'Apothéose de Commode qui fut mis au rang des dieux.

Pendant que tous ces bouleversements agitaient l'Empire, l'Eglise Chrétienne oubliée avait joui d'un calme relatif. Une école florissante s'était formée à Alexandrie ; elle était dirigée dès Tan 179 par l'illustre docteur Pantène, qui eut pour successeur l'Alexandrin Clément, dont plusieurs ouvrages nous sont restés.

PONTIFICAT DE VICTOR Question de la Célébration de la Pâque

Vers la même époque, le Pontife Victor continuait à gouverner l'Eglise de Rome; son pontificat fut marqué par un acte important

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qui eut un grand retentissennent dans toutes les autres Églises.

Des dissidences en effet s'étaient élevées relativement au jour où la fête de la Pâque devait être célébrée. Les Juifs devenus Chrétiens, mais restés sous l'empire de leurs anciennes préoccupations religieuses, voulaient qu'on solennisât cette fête au jour fixé par Moïse, c'est-à-dire au 14ème jour de la lune de mars, qui leur était cher à cause de la délivrance d'Israël, et de sa sortie miraculeuse de l'Egypte: mais ce jour ne rappelait aux Gentils convertis ni traditions ni souvenirs. Des idées plus convenables à des Chrétiens les portaient à ne célébrer la résurrection du Sauveur Jésus que le dimanche qui suivrait le 14ème jour de la dite lune.

Le pontife Victor, voulant mettre un terme

à ces dissidences, écrivit aux principaux évè-

ques de la Chrétienté afin de réunir dans un

même sentiment tous les pasteurs de TEglise. Sur soninvitation formelle, dessynodes eurent lieu dans les Gaules, dans le Pont, dans l'Osrhoëne, dans l'Achaïe et même dans la Mésopotamie, ainsi qu'en Palestine.

Une assemblée d'évêques se réunit aussi à Rome sous la présidence de Victor. 11 y fut solennellement décidé que la Pàque serait toujours célébrée le dimanche, jour consacré, depuis le temps des Apôtres, à la mémoire de la glorieuse résurrection du Christ; on interdirait de suivre à l'avenir l'usage des Juifs pour la célébration de cette solennité. Cette décision fut approuvée par la plupart des autres synodes.

Mais celui tenu dans l'Asie proconsulaire par Polycarpe, évêque d'Ephèse, ne l'ayant pas accepté, Victor usant du droit qu'il croyait inhérent à la chaire Apostolique de St. Pierre, centre de l'Unité de l'Eglise, déclara

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dans ses lettres les Asiatiques quarto décimans (c'était le nom qu'on leur donnait en raison de leurs prétentions) excommuniés, c'est-à-dire séparés en fait de l'Unité de l'Église Chrétienne.

La rigueur de cette sentence fat adoucie grâce à l'intercession d'Irénée évèque de Lyon: mais la décision du Pontificat Romain finit par prévaloir, et la coutume Asiatique fut presque entièrement abandonnée.

RÈGNE DE SEPTIME SÉVÈRE Hostilité contre les chrétiens

Dans le commencement de son règne, Septime-Sévère avait ménagé les Chrétiens qu'il n'avait pas rencontrés dans les rangs de ses

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ennemis; mais cette bienveillance ne fut pas de longue durée; elle fit bientôt place à une inimitié mal déguisée qui devait amener plus tard une persécution cruelle.

La séparation tendait chaque jour à devenir plus profonde entre le monde Chrétien et le monde païen à mesure que les conversions augmentaient le nombre des fidèles, et que l'ardeur de la foi inspirait aux âmes une plus haute perfection.

Les Chrétiens s'abstenaient de paraître aux fêtes publiques, et, quand, pour célébrer les triomphes de l'Empereur, les païens décoraient leurs maisons de branches de laurier, et de flambeaux allumés en plein jour, les demeures des fidèles restaient dépouillées de ces ornements qui avaient à leurs yeux une signification idolàtrique: or cette abstention était de plus en plus remarquée.

L'esprit de charité et de fraternité avait

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aussi inspiré aux Chrétiens une profonde horreur pour les jeux de l'Amphithéâtre. C'était là que leurs frères étaient jetés aux bêtes, et qu'un si grand nombre d'entre eux avaient souffert le martyre; c'était là qu'Ignace avait été broyé sous la dent des lions.

Les chrétiens ne pouvaient assister à ces spectacles, alors même que des criminels étaient condamnés à amuser^par les souffrances de leur agonie, les longs loisirs du peuple Romain: ils dédaignaient également les courses du Cirque et les représentations dramatiques qui étaient déjà condamnées par l'Église.

La multitude des idolâtres, aveuglée par ses passions, s'irritait contre une conduite si différente de la sienne, qui, tout en condamnant ses excès, lui semblait pleine d'orgueil et d'ostentation.

La cour ne tarda pas à s'associer à ces hai-

nés secrètes de la populace que devait encore envenimer l'Impératrice. Julia Domna, si célèbre dans l'histoire par ses débauches et par son amour pour la philosophie, ne pouvait être longtemps favorable à une religion qui réprouvait à la fois ses mœurs et ses doctrines. Elle était sans cesse entourée d'un cercle de rhéteurs et de sophistes qui la comblaient d'adulations, et ne s'appliquaient qu'à aigrir ses mauvaises dispositions contre la religion Chrétienne.

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