XXXI V
LE FAVORI PLAUTIEN
Premières mesures de persécution
Tel était l'état des choses, lorsque vers l'an 198 de J.-C. l'Empereur Sévère partit à la tête
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d'une armée pour une expédition contre les Parthes:en son absence, il avait laissé la charge de gouverner l'Empire à son favori Plautien, homme sorti des derniers rangs de la société et parvenu à la plus haute puissance.
Celui-ci profita de son pouvoir intérimaire pour assouvir ses cupidités en faisant revivre les anciennes lois contrôles Chrétiens. Aussi astucieux que cruel, il couvrit ses violences des apparences du zèle et du dévouement, et prétendit forcer les Chrétiens à adorer le Génie de l'Empereur. Par là il était sûr de provoquer une résistance dont il devait profiter pour ranimer plus facilement au sein d'un peuple adulateur de tous les pouvoirs des calomnies et des haines qui n'étaient qu'assoupies. Tous les supphces furent encore une fois employés poui* vaincre la patience des Chrétiens; ils furent attachés à des croix ou à des chevalets,
déchirés avec des ongles de fer, consumés sur des bûchers. S'ils cherchaient des retraites pour se dérober à la fureur de leurs ennemis, ils y étaient traqués comme des bêtes fauves. Aux fêtes des Bacchanales, la foule ameutée se rua sur les tombeaux des martyrs, et les viola avec une rage frénétique.
S'il faut en croire l'historien Spartian, Septime Sévère, au retour de son expédition contre les Parthes en Tan 199, aurait été effrayé de tant de cruautés, et aurait déclaré qu'il était étranger à ces mesures sanguinaires qui désolaient l'Empire; mais cette assertion, qu'une politique astucieuse peut expliquer, ne se concilie ni avec le caractère cruel de l'Empereur, ni avec la suite des événements.
L'évêque de Rome Victor avait été l'une des nobles victimes de cette persécution. On
ignore le genre de son supplice; mais il est
certain qu'il mourut pour la Foi, qu'il fut ho-
norécommemartyr dans la primitive Eglise, et que son corps fut déposé dans le même sépulcre où avaient été déposés les restes de saint Pierre.
La crypte Vaticane existaiten effetaux lieux où s'élève aujourd'hui l'immense basilique dédiée au chef des Apôtres: une famille convertie au Christianisme en avait donné le terrain pour être consacré à sa sépulture.
L'évêque Zéphyrin fut promu à la place de Victor sur le siège èpiscopal de Rome.
LES MARTYRS SCILLITAINS
C'est à cette première période de la persécution organisée par Plautien qu'appartiennent les martyrs Scillitains, ainsi appelés
parce qu'ils étaient originaires du bourg de Scilla en Afrique.
Le proconsul Vigellius Saturninus les avait tranférés de cette bourgade à Carthage où ils devaient comparaître devant son tribunal : cet comparution eut lieu le 14 des calendes d'Août, sous le second consulat de Claudius: ils étaient au nombre de douze. Tous ayant refusé de jurer par le Génie de l'Empereur furent condamnés à avoir la tête tranchée.
C'était là un crime de lèse-majesté qui entraînait de soi la peine capitale.
Ainsi la lutte s'engageait plus que jamais entre la conscience Chrétienne, etl'Apothéose Impériale devenue la dernière expression du panthéisme qui faisait le fond des religions païennes. C'est dans le Génie de l'Empereur ou dans l'état déifié qu'était venue se résumer l'idolâtrie du vieux monde. Voilà pourquoi les
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magistrats Romains employaient cette phrase consacrée, jurer par le Génie de l'Empereur, comme la vraie forme de l'apostasie pour les disciples de l'Evangile.
Et, chose merveilleuse, pendant que les proconsuls répétaient sans sourciller une pareille énormité, de pauvres femmes, de simples artisans venaient proclamer devant leur tribunal cette grande doctrine de la distinction des deux pouvoirs que le Paganisme avait constamment méconnue, et qui allait former la base d'une société nouvelle.
Cette vérité élémentaire que les plus hautes intelligences n'avaient pas même soupçonnée, des hommes du peuple élevés à l'école de Jésus-Christ allaient la faire triompher par une affirmation mille fois répétée et scellée de leur sang. En restreignant les droits de l'autorité ci\ile aux choses du temps, ils préparaient l'affranchissement des consciences
et travaillaient à édifier le monde Chrétien sur les ruines de l'État antique, de ce despotisme légal qui réglait les croyances comme une question de fisc ou de police. Par là les fidèles faisaient voir à tous comment ils interprétaient cette maxime de l'Evangile : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
Voici les noms de quelques uns de ce§ martyrs peu connus: Spérat, Narzal, Cittin, Donata, Vestine, Seconde.