RÈGNE D'ALEXANDRE SÉVÈRE
Dés son avènement à l'Empire, Alexandre, par les soins de sa mère, avait été entouré des conseillers les plus habiles. Les jurisconsultes Paul et Ulpien, l'historien Dion Cassius furent ses ministres.
Seize sénateurs formèrent son conseil, et l'Empire, sous ce gouvernement honnête, passa plusieurs années paisibles.
Il bannit de Rome les superstitions étrangères, purifia le palais, où il vécut avec simplicité et pudeur, réforma les monnaies al-
térées sous les derniers régnes, diminua les impôts, et s'efforça d'arrêter les excès du luxe.
On a prétendu qu'instruit par les leçons de Mammée il avait eu un moment la pensée de reconnaître Jésus-Christ comme un des dieux de l'empire, et de lui élever un temple. Des considérations politiques, les remontrances de ses conseillers, peut-être la crainte de ranimer des haines mal éteintes le détournèrent de l'accomplissement de ces projets; mais il fit lui-même ce qu'il crut ne pas devoir imposer à ses sujets, et dans son oratoire où il consacrait ordinairement les premières heures du jour à la prière, il plaça l'image de Jésus-Christ. Dans ce même sanctuaire domestique, il avait réuni les portraits d'Orphée, d'Abiaham et d'Apollonius de Thyane, le philosophe Thaumaturge du premier siècle.
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Malheureusement ni les vertus de ce prince, ni les lumières d'Ulpien ne pouvaient suffire à la rude tâche de maintenir dans la discipline des soldats qui tant de fois déjà avaient massacré leurs chefs. Une fois, pour une querelle avec le peuple, ils ensanglantèrent la ville pendant trois jours. Le préfet Ulpien fut égorgé sous les yeux du jeune Empereur^ et Dion Cassius lui-même n'échappa qu'à grand' peine à leurs coups.
En 233, les Germains ayant fait une irruption en Gaule et en Illyrie^ Alexandre Sévère courut sur le Rhin, accompagné de sa mère, et d'une partie des légions d'Asie. On jeta à Mayence un pont sur le fleuve ; mais l'armée ne le franchit pas ; l'empereur préféra acheter la paix.
Cette conduite indigna les soldats, dont le mécontentement futmis à profit par le Thrace
Maximin, autrefois pâtre, alors un des principaux chefs de l'armée.
Les troupes levées dans la Pannonie et les contrées voisines lui étaient affectionnées; ellesle saluèrent Auguste au milieu du camp, tandis que quelques soldats allaient chercher la tète d'Alexandre et celle de sa mère.
Le malheureux empereur n'était âgé que de 26 ans.
(19 mars 235.)
PONTIFICATS D'URBAIN, DE PONTIEN ETD'ANTEROS.
Le régne d'Alexandre Sévère avait été favorable aux Chrétiens, puisque c'est à ce régne que l'on fait remonter l'apparition des
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premiers oratoires ou chapelles qui ont pu s'élever dans les villes de l'Empire.
Comment se fait-il donc que les deux pontifes Urbain, et Pontien, son successeur, qui appartiennent à ce règne, nous soient signalés comme ayant été martyrisés ? En ce qui concerne Urbain, peut être y a-t-il eu confusion de noms. En effet le martyr Urbain d'après les actes aurait été enterré dans le cimetière de Prétextât. Or M. de Rossi a découvert récemment dans la crypte pontificale du cimetière de Calliste un couvercle de sarcophage avec cette inscription: « Urbanus Episcopus. »
Or comme ce sarcophage est placé à son ordre dans la série des pontifes ensevelis dans cette crypte, série qui commence à Zéphyrin pour finir à Melchiade, il est évident que cette inscription ne peut s'appliquer qu'à l'évêque de Rome Urbain : d'où il suit que le
confesseur Urbain enterré dans le cimetière de Prétextât pourrait appartenir à une autre époque, et serait un autre personnage.
A l'égard de Pontien, successeur d'Urbain, on est fondé à croire qu'il fut déporté en Sardaigne pendant l'absence d'Alexandre Sévère par un ordre du préfet de Rome, qu'ayant été renfermé pendant quelques années dans cette île, il crut devoir abdiquer la dignité pontificale, et fut remplacé sur le siège de St-Pierre vers l'an 236 par Anteros dont le pontificat ne dura que quelques mois seulement. Alexandre Sévère était mort, et les persécutions tendaient à renaître.
Désigné à l'attention des persécuteurs par le zèle avec lequel il recherchait les actes des martyrs dans les rapports officiels du préfet Urbain, Anteros fut lui-même martyrisé et enlevé de ce monde avant son prédécesseur Pontien. Celui-ci vécut encore quelques
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années dans son exil de Sardaigne, où il périt plus tard sous le fouet et le bâton. Sa dépouille mortelle fut rapportée solennellement de Sardaigne à Rome, par le pontife Fabien qui avait été élevé au siège épiscopal de Rome. Aussi sa pierre tombale figure-t-elle à la suite de celle d'Anteros dans la crypte pontificale du cimetière de Callixte.
De là résulte que les écrivains ecclésiastiques n'ont pas été parfaitement d'accord dans Tordre de succession de ces deux pontifes.
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de Maximin à Dèce (235-249)
Maximin le Thrace (235-238), le meurtrier et le successeur d'Alexandre Sévère, était conduit tout naturellement à poursuivre de sa haine les protégés ^de son prédécesseur. C'était un géant prédisposé à toutes les violences par sa nature physique et sa rudesse indomptables. Il commença par condamner à mort plusieurs Chrétiens qui avaient fait partie de la maison d'Alexandre. La persécution porta surtout sur les évêques parce que le
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nouvel Empereur voyait en eux les chefs d'une faction ennemie rattachée par la reconnaissance à la personne de sa victime. Du reste, elle n'eut pas une violence extraordinaire; elle fut locale, et laissa par conséquent aux Chrétiens la possibilité de ;la fuite. Des circonstances particulières la rendirent plus cruelle dans le Pont et la Cappadoce.
D'épouvantables tremblements de terre qui firent même disparaître des villes entières y ranimèrent la fureur d'un peuple fanatique toujours disposé à imputer les fléaux à la religion nouvelle.
C'est à cette époque que le célèbre Origéne écrivit à l'occasion de l'emprisonnement de son ami Ambroise et du diacre Protoclétus son Exhortation au martyre.
Ce traité était sans doute destiné à être lu dans toutes les prisons où l'on avait jeté les Chrétiens.
Origèiie y relève la grandeur du martyre avec une éloquence qui rappelle Tertullien auquel il est même supérieur par la vigueur et le coloris de la pensée.
Cependant une révolte venait d'éclater contre Maxirain, Tandis qu'il était passé en Pannonie pour attaquer les Sarmates, le proconsul d'Afrique, Gordien l^r riche sénateur, âgé de 80 ans, et son fils Gordien II, descendant des Gracques et de Trajan, avaient été, malgré leurs prières, proclamés Empereurs dans cette province. Le Sénat les reconnut, déclara Maximin ennemi public, et se hâta d'organiser la résistance en Itahe. Mais le jeune Gordien, attaqué par le gouverneur de la Mauritanie, périt dans le combat, et son vieux père se tua de désespoir.
Le Sénat s'était trop avancé pour reculer ; il choisit dans son sein deux autres Empereurs, un ancien soldat Maxime Pupien, et
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le Jurisconsulte Claude Bal bin. Maximin vint aussitôt assiéger la villed'Aquilée qui appartenait à ce parti,
La courageuse résistance de cette place, les ennuis du siège, et la disette dont souffrirent bientôt les soldats amenèrent une sédition dans laquelle Maximin fut égorgé avec son fils (avril 238)
L'Empire était délivré; mais les Prétoriens voyaient avec c ;lère les deux nouveaux élus du Sénat, Pupien et Balbin, et les gardes Germaines dont ils s'entouraient.
A la fête des jeux Capitolins (Juillet 238) une révolte éclata, et les deux Empereurs furent égorgés dans leur palais.
Les prétoriens déclarèrent alors Gordien III seul chef de l'Empire; c'était le fils de Gordien II ; il n'avait que treizeans.Mésithée, son préc3pteur, gouverna sous son nom ;
malheureusement il ne tarda pas à mourir,
et le grade de Préfet du Prétoire ayant été alors conféré à l'Arabe Ph'lippe, celui-ci fit tuer le jeune Empereur, et prit sa place (Février 244).
Le règne de Philippe ne dura que cinq ans ; il fut tolérant pour les Chrétiens.
C'est sous le régne de ce prince, vers l'an 245, que l'on s'accorde à placer la mort du célèbre Tertullien.
En l'an 248 il fit célébrer avec une grande pompe le millième anniversaire de la fondation de Rome.
Bientôt après, des révoltes éclatèrent de toutes parts.
Les Barbares' de leur côté ayant franchi le Danube, le Sénateur Décius, envoyé pour les chasser de la Pannonie, fut proclamé Empereur par les troupes. Une bataille fut livrée à Philippe près de Vérone au mois de septembre 2^%; Philippe y fut tué; on égorgea son fils à Rome.
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L'EMPEREUR DÊCE.
(249-251) y Ile Persécution générale
Les Chrétiens n'avaient pas été inquiétés depuis plusieurs années, lorsque l'avénement de Dèce à l'Empire vint ranimer les persécutions. Ce prince inaugura son règne par un édit co itre les fidèles adressé à tous les gouverneurs des provinces. Cet édit était la déclaration de guerre la plus solennelle, la plus haineuse, la plus froidement systématique que le pouvoir Romain eût encore portée contre le chr istianisme. L'Empereur y di-
sait que, résolu de traiter tous ses sujets avec clémence, il en était empêché par la secte des Chrétiens, qui, parleur impiété, attiraient la colère des Dieux et toutes les calamités sur l'Empire. Il ordonnait donc que tout Chrétien, sans distinction de qualité ou de rang, de sexe ou d'âge, fût obligé de sacrifier dans les temples, et que ceux qui s'y refuseraient fussent renfermés dans les prisons de l'État, et soumis d'abord aux moindres supplices pour vaincre peu à peu leur constance, et enfin, s'ils demeuraient opiniâtres, précipités au fond de la mer, jetés vifs au milieu des flammes, exposés aux bêtes, suspendus à des arbres pour devenir la pâture des oiseaux de proie, ou déchirés de mille manières par les plus cruels tourments.
Le nouvel édit, lu publiquement dans le camp des Prétoniens, fut affiché au Capitole,
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et successivement dans toutes les villes et bourgades de l'Empire.
A Rome, le pontife suprême, l'Évêque Fabien fut frappé l'un des premiers ; il eut la tête tranchée le 20 Janvier 250. Il ne fut pas possible pour le moment de donner un successeur à ce pontife ; l'Eglise de Rome demeura veu ve ; sous le feu de lapersécution , une élection était impossible. Le clergé inférieur était lui-même décimé ; des prêtres, des diacres étaient dans les fers.
Jamais en effet tempête plus formidable ne s'était déchaînée contre l'Église de Jésus- Christ.
Princes, gouverneurs, peuple et sénat, tout ce qu'il y avait de grand parmi les Romains concourait à la fois pour effacer de la terre le nom de Chrétien.
Déce était convaincu que d'après son essence, le Christianisme était incompatible
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avec la constitution et l'esprit de l'Empire.
Les magistrats suspendaient toutes les causes particulières ou publiques pour vaquer à la grande , à l'importante affaire, l'arrestation et le supplice des fidèles.
Les chaises ardentes, les ongles d'acier, les bûchers, le glaive, les bêtes, tous les instruments inventés par la cruauté des hommes étaient mis en action contre les Chrétiens.
Les voisins, les parents, les amis se trahissaient et se dénonçaient aux migistrats. Les provinces étaient dans la consternation, les familles étaient décimées, les villes devenaient désertes et les déserts se peuplaient.
Bientôt les prisons ne suffirent plus à la multitude de ceux qu'on arrêtait pour la Foi, et il fallut changer en prisons la plupart des édifices publics.
Grégoire de Nysse, qui a tracé ce tableau
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de la situation des Ciirétiens, n'a rien exagéré. Tous les auteurs païens conviennent que Dèce s'était imposé la double tâche d'arrêter à jamais <ians l'étendue de l'Empire Romain la propagation de la Religion Chrétienne, et l'invasion des barbares qui commençaient à devenir menaçants.
Mais il ne réussit ni à l'une ni à l'autre. La foi sortit triomphante de cette rude épreuve, et les Goths, rélégués jadis aux bords de la Vistule, marchant alors sous la conduite de leur roi Cuiva, envahirent la Dacie, puis la Mœsie, emportèrent Philippopolis d'assaut, égorgèrent cent mille habitants, et emmenèrent une foule de prisonniers illustres sous les yeux de TEmpereur impuissant.
Ainsi se révélaient les terribles ancêtres d'Alaric.