‹ Les Empereurs romainsChapitre 29 sur 54 · LIII · texte numérisé non relu

LIII

DÉTAILS DE LA PERSÉCUTION Martyre de sainte Agathe

Les revers subis par les armées Romaines ne firent qu'accroître la colère de Dèce qui les attribuait à l'impiété des Chrétiens: aussi les rigueurs de la persécution redoublèrent. A Jérusalem, l'évêque Alexandre, vieillard vénérable, fut saisi pour être traîné au tribunal du gouverneur de la Palestine, puis jeté dans les fers, où il succomba aux mauvais traitements. A Antioche, l'évêque Babylas fut mis en prison, et voulut être enterré chargé des chaînes dans lesquelles il mourut.

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Le célèbre Origéne, que sa réputation désignait comme une des plus nobles victimes, fut mis au fond d'un cachot, ayant au cou un carcan de fer, et des entraves aux pieds jusqu'au quatrième trou, qui lui tenaient les jambes horriblement écartées. On ne le fit point mourir, dans l'espoir que sa chute entraînerait celle d'un grand nombre de Chrétiens. Il demeura ferme, et put de sa prison écrire des lettres d'encouragement à ses frères souffrant, comme lui, pour la foi. A Comane l'évêque fut brûlé vif.

La ville d'Alexandrie vit se renouveler les scènes les plus sanglantes. S'il y a eu de nombreuses défections, la foi y compta aussi de glorieux martyrs..

Julien, viellard accablé d'infirmités et Eunus résistèrent à toutes les menaces ; on les mit sur des chameaux, et on leur fit faire

ainsi le tour de la ville en les fouettant; enfin

on les jeta dans un bûcher, autour duquel la populace dansait en insultant ses victimes. Beaucoup d'autres eurent le même sort.

Denys, évêque d'Alexandrie, échappa comme par miracle aux mains de ses persécuteurs, et se réfugia dans une campagne déserte, d'où il conservait et gouvernait son église par des prêtres et des diacres dévoués qui avaient trouvé le moyen d'entretenir avec lui des relations secrètes.

Grégoire le Thaumathurge, à Néo Césarée dans le Pont, réussit à maintenir tous les fidèles de sa juridiction dans la foi et le courage des serviteurs de Jésus-Christ.

Il conseilla aux Chrétiens de se soustraire par la fuite aux dangers de la persécution, et lui-même se retira dans une vallée sauvage où il trompa la vigilance des soldats envoyés à sa poursuite.

Toutes les églises d'Asie comptèrent une

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multitude de courageux Chrétiens que les tourments ne purent ébranler. Maxime et Pierre de Lampsaqué inscrivirent leurs noms sur la liste des martyrs. Ce dernier, jeune et d'une beauté remarquable reçut l'ordre de sacrifier à la déesse Vénus. Sur son refus, le Proconsul le fit étendre sur une roue, entre des pièces de bois attachées à son corps par des chaînes de fer, tellement disposées que les roues en tournant lui brisaient peu à peu tous les os. Le courage du Chrétien ne se démentit pas un instant dans 'ce cruel supplice, et le Proconsul finit par lui faire trancher la tête.

En Sicile, la vierge Agathe figura parmi les illustres victimes de cette horrible persécution.

Agathe était aussi disfiguée par sa naissance que par les vertus dont son âme était ornée.

Le gouverneur de la province épris de sa beauté,la fit arrêter comme Chrétienne, et la remit aux mains d'une femme de mauvaise vie pour la corrompre. Cet infâme calcul fut déjoué. Le gouverneur irrité de ses refus persistants, la fit conduire en prison.

Le lendemain elle souffrit la torture avec tant de courage que le juge exaspéré y ajouta un affreux supplice en lui faisant arracher les seins. Quatre jours après elle rendait l'âme au milieu des tourments.

Le nom de cette sainte fille a été inscrit au martyrologe du Canon de la Messe-

CYPRIEN, ÉVÊQUE DE CARTHAGE Formes diverses des apostasies

A côté des exemples de courage que donnaient tant de martyrs et de confesseurs sur tous les points du monde, de nombreuses défections vinrent affliger l'Église.

Mais aucune cité ne vit plus de ces douloureuses apostasies que la ville de.Carthage. L'Église de cette ville était alors dirigée par le célèbre Cyprien, issu d'une famille sénatoriale, et qui, après avoir quitté le barreau où il brillait pour embrasser la foi Chrétienne,

avait peu de temps après son baptême été élevé à l'épiscopat.

La fureur des païens se tourna d'abord tout entière contre lui. Le cirque et l'amphithéâtre retentissaient du cri mille fois répété de: Cyprien aux lions!

L'évêque crut, en se retirant, apaiser la violence de la sédition. Il fut proscrit, sa tête mise à prix, et ses biens confisqués. Du fond de sa retraite, il assistait les fidèles de sa juridiction par ses exhortations, ses encouragements et ses prières ; mais beaucoup d'entre eux renonçaient à leur foi dans la crainte des tortures.

Cependant il y avait des degrés dans l'apostasie: les Chrétiens timides se divisaient en trois catégories différentes désignées par ces noms :

Ihurificati, Sacrijicati, Libellât ici.

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hesthurtjicati avaient seulement offert de l'encens aux idoles..

Les Sacn'Jicati avaient sacrifié aux faux dieux, ou mangé des viandes immolées.

Les Libellatici enfin étaient ceux qui s'étaient rachetés à prix d'argent de l'obligation de sacrifier, et avaient ainsi pu recevoir des proconsuls un billet (libellum) portant qu'ils avaient renoncé à Jésus-Christ et sacrifié aux dieux de l'Empire, quoiqu'ils n'en eussent rien fait. Ces billets ou libelles étaient délivrés publiquement, et leurs porteurs n'avaient plus à craindre la persécution.

On désignait sous le nom général de lapsi (tombés) indistinctement tous ceux qui appartenaient à ces trois catégories, pour chacune desquelles on avait établi en les graduant des pénitences canoniques.

La plupart se repentaient bientôt et sollicitaient leur retour à la communion des Fidé-

les: or les conditions de ce retour étaient devenues un sujet de discussion dans l'Église.

En effet des abus s'étaient introduits relativement à la réconciliation. En Afrique particulièrement les martyrs et les confesseurs accueillaient avec compassion les pécheurs apostats, priaient avec eux, les admettaient à leurs agapes, croyant pouvoir amnistier ceux pour qui ils devaient seulement intercéder.

Armés de ces indulgentes absolutions, les tombés affluèrent promptement au seuil de

SYNODE ROMAIN (de lapsis) Le premier Ermite

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l'Église, non plus en suppliants mais plutôt, en séditieux, non pas seulement frappant à la porte, mais la brisant en quelque sorte, réclamant comme un droit ce qui ne pouvait être qu'une grâce.

Les réclamations qui s'élevèrent à cet égard motivèrent la convocation d'un synode à Rome ; ce synode réuni sous le feu de la persécution, pendant la vacance du siège pontifical, fut composé d'évêques voisins de Rome,etd'évêques réfugiés à Rome. Voici les prescriptions qu'il formula:

Ne pas repousser sans doute ceux qui ont fait un jour acte d'idolâtrie, lorsqu'ils se repentent, et n'ont pas vécu de la vie païenne; ne mépriser ni leurs prières, ni les recommandations des martyrs ni les vœux des confesseurs; mais ne pas tenir non plus ces recommandations comme absolument décisives, ne pas admettre celles qui sont

vagues, générales, applicables à quiconque veut en user, et surtout, avant d'accorder l'absolution complète, attendre la paix de TÉglise, et l'élection d'un nouveau pontife; attendre le jour où la persécution étant finie, la chaire de Saint-Pierre de nouveau occupée, les évêques, de retour au milieu de leur troupeau, les évêques et le peuple Chrétien autour d'eux pourraient apprécier à leur loisir la vie, les fautes et le repentir de chacun.

Le synode réservait seulement la faculté delà reconnaissance immédiate pour les pénitent qui se trouvent en péril imminents de mort.

Ces décisions décrétales furent adressées à toutes les Chrétientés du monde pour régulariser les modes de réconciliation.

L'élection de Tévêque de Rome eut lieu peu après au mois d'avril 251. Plusieurs évêques que la persécution avait amenés dans

cette ville, réunis au clergé et aux fidèles, élurent pour le siège pontifical lé prêtre Corneille qu'il fallut contraindre pour lui faire accepter cette dignité.

Mais au mois d'octobre de la même année, l'empereur Dèce ayant été tué avec son fils dans une grande bataille livrée en Mœsie contre les Goths , les Chrétiens commencèrent à avo'r un moment de répit.

De cette courte, mais terrible persécution, date le mouvement qui porta plus tard les fidèles au désert, et devait enfanter les merveilles des institutions monastiques.

En 251, un jeune homme de la basse Thébaïde, nommé Paul, fuyant les bourreaux, avait trouvé une grotte ombragée d'un palmier, près de laquelle coulait une source d'eau vive.

Paul s'enferma dans cette grotte, y vécut, sous rœil de Dieu jusqu'à Tàge de quatre-

vingt-dix ans, et remporta cette gloire de la solitude quia fait de lui le premier ermite Chrétien.

C'est là que^ vingt ans plus tard, Antoine devait venir le rejoindre, conduit par une vision divine vers la retraite cachée du pieux solitaire dont Dieu avait sanctifié la vertu dans la pénitence.

L'EMPEREUR GALLUS (251 253) Mort d'Origène

Après la mort de Dèce, l'armée Romaine avait proclamé Empereur l'un de ses chefs, nommé Vibius Gallus, qui conclut avec les Goths une paix honteuse, leur laissa repas-

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ser le Danube avec tout leur butin et promit encore un tribut annuel.

L'orgueil Romain fut blessé de cette lâcheté qui encourageait les attaques des barbares. Cependant le Sénat accepta le nouvel Empereur, mais en lui imposant pour collègue un des fils de Déce, Hostilien. Gallus nomma en même temps César son propre fils Volusius.

Une peste qui sévit avec fureur dans tout l'Empire, ou peut-être un crime de Gallus emporta Hostilien en 252.

Les Perses envahirent la Syrie, et les Goths pénétrèrent en Asie-Mineure jusqu'à Ephèse, en Illyrie jusqu'aux rives de l'Adriatique. Gallus s'en émut peu, et demeura à Rome ; hostile lui-même aux Chrétiens, il fit exiler à Civita-Vecchia le pontife Romain Corneille, qui, après avoir généreusement

confessé la foi en Jésus-Christ, y mourut le 14 septembre l'an 252.

Corneille eut pour successeur au pontificat Lucius 1er j'un des prêtres qui avaient été bannis avec lui.

Le règne de Gallus fut de courte durée. Le Maure Emilien, qui avait repoussé les barbares, ayant pris la pourpre que l'armée lui offrit, Gallus marcha contre lui pour le combattre; mais il fut tué avec son fils Volusien à Intéramna en Ombrie par ses soldats mutinés, au mois de Mai 253.

Emilien ne lui survécut que quatre mois, et eut le niême sort. Valérien, qui arrivait pour venger Gallus avec les légions du Rhin fut salué Empereur, et reçu avec acclamation dans Rome où le Sénat nomma César son fils Gallien.

Cette même année 253 avait vu s'éteindre une existence usée dans des travaux gigantes-

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ques. Origène mourut à Tyr, léguant à la postérité autant de disputes après sa mort que durant sa vie. 11 avait composé jusqu'à 6,000 ouvrages. II avait eu la gloire de compter' parmi ses disciples des martyrs, des docteurs, des évèques illustres parmi lesquels on compte Grégoire le Thaumaturge, et son frère Athénodore, Alexandre, évêque de Jérusalem, Héraclas et Denys, évêques d'Alexandrie etc..

Mais sa mémoire a été compromise par ses opijjions paradoxales, et par la secte d'hérétiques, qui pullulèrent vers cette époque en s'attribuant le nom d'Origèniens.

L'EMPEREUR VALÉRIEN (253-260) Peste dans l'Empire

Le règne de l'Empereur Valérien coïncide avec l'élévation au pontificat d'Étienne I" qui fut le successeur de Lucius I^r dans le siège de St. Pierre. Les deux premières années de ce règne furent marquées par une des pestes les plus horribles dont l'histoire ait conservé le souvenir. De l'Éthiopie où elle prit naissance, elle se répandit dans toutes les provinces de l'Empire, laissant des victimes par milliers sur son passage : à Rome, on

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en compta 5,000 en un seul jour, à Carthage, l'évêque Cyprien raconte que les rues étaient pleines de mourants et de cadavr3s laissés sans sépulture. Les maisons vidées par le fléau étaient la proie d'infâme? voleurs qui profitaient de cette calamité pour s'enrichir de la dépouille des morts.

Ce fut alo.s qu'il écrivit son traité : « De la Mortalité, » où il mêlait à toute la tendresse de ses effusions les hautes pensées de la Foi. Tous les évêques chrétiens rivalisèrent de dévouement charitable dans ces douloureuses circonstances ; tous se jetaient intrépidement au milieu des dangers de la peste, pour secourir ceux-là mêmes qui s'étaient fait tant de fois leurs bourreaux.

La charité chrétienne grandissait avec les malheurs de l'Empire. Les Scythes, les Goths, les Perses, précurseurs de la formidable armée des barbares qui resserrait son

cercle autour des provinces Romaines, désolaient tour-à-tour les frontières, ruinaient les villes, et emmenaient en captivité ce que la peste avait épargné.

Huit évêques de Numidie avaient eu la douleur de voir leurs fidèles traînés ainsi en esclavage. Ils écrivirent ce désastre à Cyprien qui lut leurs lettres à son peuple en versant un torrent de larmes. Il réunit des aumônes des fidèles cent mille sesterces qu'il leur adressa : « Si, leur dit-il, pour éprouver vo- » tre charité Dieu vous envoyait encore une » semblable épreuve, ne craignez point de » nous l'écrire. Soyez assurés que, le cas » échéant, nous vous donnerions volontiers » tout ce qui serait en notre pouvoir. »

Pour entretenir les charitables dispositions de son peuple, l'éloquent évêque écrivit alors son livre : « Des bonnes œuvres et de l'aumône, » admirable exhortation à la charité.

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La réputation de vertu et de science de Cyprien le faisait consulter de toutes parts comme l'oracle de l'Église.

Il succédait à l'éclatant héritage d'Origène, et sa volumineuse correspondance atteste son zèle pour le maintien de la foi et de la discipline ecclésiastiques.

Ville PERSÉCUTION GÉNÉRALE Martyre de Cyprien

Tel était l'état des choses, lorsqu'en Tannée 257, l'Empereur Valérien qui, depuis le commencement de son règne, n'avait pas encore inquiété les Chrétiens, céda aux sollicitations de son favori Macrien, puissamment secondé par le chef des magiciens del'Égypte, et crut

devoir signer l'édit de la 8^ persécution générale. Le Paganisme^ après tant de sanglantes et inutiles épreuves, espérait encore étouffer dans les supplices la religion de Jésus-Christ.

Le pontife Romain Étienne I^^^ fut Tune des premières victimes désignées à Rome ; conduit au temple de Mars pour y entendre sa condamnation, il eut la tête tranchée le 2 août 257. Son corps fut enterré dans le cimetière de Callixte.

Malgré la violence de la persécution, le clergé et les fidèles de Rome purent se réunir pour lui donner un successeur dans la personne de Sixte II. Le nouveau Pontife était depuis longtemps archidiacre de l'Église Romaine, dignité considérable à laquelle appartenait l'administration des biens ecclésiastiques, et qui fut d'abord attribuée à l'archidiacre Laurent.

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L'évêque Cyprien, à la première nouvelle de la persécution, avait écrit en style brûlant une exhortation au martyre, qu'il adressa à tous les fidèles de son Église ; il fut pris le premier, et conduit devant le proconsul d'Afrique, nommé Paternus, qui se contenta de l'envoyer en exil à Curube, port de mer à une vingtaine de lieues de Carthage. Mais Galère Maxime, successeur de Paternus, était animé de sentiments plus hostiles. Il donna l'ordre de ramener le saint évêque à son Prétoire. Une multitude immense se rassembla pour assister à l'interrogatoire de l'illustre Docteur. Comme il refusa de sacrifier aux Dieux, le Proconsul lut ce décret :

Thascius Cyprien sera puni par le glaive. — Deo gracias, répondit le généreux évêque.

Une scène tumultueuse suivit le jugement,

et comme on craignait une sédition, Cyprien

fut conduit hors de la ville. Il se banda lui-

même les yeux ; un prêtre et un diacre qui l'accompagnaient au lieu du supplice lui lièrent les mains ; il fit remettre 25 pièces d'or à l'exécuteur, et présenta sa tête au bourreau qui l'abattit d'un coup (14 Septembre 258) Les chrétiens recueillirent le sang du martyr dans des étoffes de lin et de soie. Huit de ses disciples imitèrent leur évêque dans son courage et dans sa mort.

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