Eusèbc« Hist, eccl., yni, c. 4. Vit, Const.^ 2, c
ques chrétiens voulurent défendre une église en Orient; ils s'y retranchèrent, et furent brûlés dans le sanctuaire de leur culte. Beaucoup refusèrent de livrer leurs Bibles, leurs Apologies. 11 fallut faire des perquisitions; et le nombre de ceux qui surent soustraire aux recherches de la police impériale leurs précieux trésors fut si grand, qu'on flétrit les autres du nom de traditeurs. Le trouble passa de l'administra lion et de l'armée dans tout l'État, excepté en Gaule , où Constance Chlore se contenta de faire sceller, avec ordre et ménagement, les églises, et rassura les chrétiens sur leurs personnes et leurs propriétés. Quand il vit toutes les passions ainsi ranimées, Galérius demanda un édit contre les personnes. Dioclétien hésitait encore; mais, une nuit, le feu prit au palais impérial. Quelque serviteur chrétien, chassé du palais, avait-il cherché à se venger, ou à avertir Dioclétien? Galérius avait-il voulu par là décider l'empereur? On informa. Une seconde fois, l'incendie se déclara, sins qu'on pût éclaircir ce mystère. Un troisième édit ordonna de saisir et de jeter en prison les chefs de l'Église, pour frapper les têtes du troupeau. Sur ces entrefaites, une tentative d'usurpalion eut lieu à Antioche; une révolte sur la frontière d'Arménie; les chrétiens s'y trouvèrent compromis. C'était de l'huile sur le feu. Enfin parut contre tous les chrétiens, le dernier édit, écrit, dit Constantin, avec une plume trempée dans le sang, et sous lequel pouvaient tomber tous ceux qui ne voudraient point sacrifier aux dieux ou jurer par la fortune des empereurs!
C'était vouloir persécuter en Orient, la moitié, en Occident, le tiers des sujets de l'Empire. Galérius et Maximien enflammèrent le zèle de leurs fonctionnaires, ranimèrent, par tous les moyens , le fanatisme païen. Des scènes de cruautés navrantes eurent lieu en Orient, en Afrique, et
4Î0 DlÔdLÉTÎEN.
en Italie parliculièrement. Les prisons étaient pleines de prêtres. Les persécuteurs, affectant une miséricorde toute politique, condamnèrent peu à mort; ils s'efforcèrent plutôt d'arracher, par des tortures longues et ménagées, d'éclatantes apostasies, plus douloureuses en effet pour le christianisme que des martyres. Pour les fidèles ordinaires, on se contenta le plus souvent de les conduire violemment aux autels, de leur faire mettre la main aux sacrifices, de leur introduire de force sous les dents des viandes sacrées. Nous n'avons pas à raconter ces douleurs chrétiennes. Constatons seulement que ces persécuteurs reculèrent devant l'immensité de la tâche, et eurent la conscience d'avoir manqué Içur but. Galérius avait compté sur le fanatisme des masses : il manqua. A Rome, dans la vieille ville païenne, il est vrai, le peuple, au forum, salua l'édit du cri dix fois répété de : t Périssent les chrétiens! » et, çà et là, le peuple des villes plaça près des fontaines et des marchés de petites idoles pour forcer ceux qui étaient connus comme chrétiens à leur rendre hommage*. Cependant, à Rome môme , le spectacle des chrétiens livrés aux lions de l'amphithéâtre perdit de sa saveur; la populace païenne fit souvent une plaisanterie de l'apostasie des chrétiens. Dans mainte ville, on vit les païens ouvrir chez eux un asile aux chrétiens persécutés ; on en entendit s'écrier que leurs princes « étaient bien superstitieux et bien cruels. » La commisération humaine, l'indifférence religieuse désarmèrent en partie la persécution. Enfin, dans toute la partie de l'Empire où régnait le césar Constance Chlore, il n'y eut point de violences contre les personnes.
Triste et déçu, Dioclétien sentit qu'il avait commis une faute. Il tenta de cacher son repentir, à Rome, avec Maxl-
1. Eusèbe, Hist, eccL vni, 3. De Mart., Palest, c. 1 et 9. — Lact., Mort, Pers.y c. 16.
DlOCLÈTIËN. 444
mien, sous l'éclat d'un triomphe, pour tontes les victoires qu'ils avaient remportées en Occident et en Orient, et pour la paix dont ils avaient fait jouir pendant vingt ans l'Empire. Ce dédommagement leur manqua. Il y avait plus de dix ans que les deux augustes n'avaient paru dans Rome. Ils l'avaient traitée comme une étrangère; elle les accueillit presque comme des étrangers. Vainement conduisirent-ils, derrière leurs chars, des captifs de toutes les nations de l'Orient et de l'Occident, et jusqu'à l'effigie des femmes et des enfants du roi de Perso ; vainement étalèrent-ils la représentation des fleuves, montagnes, contrées parcourues par leurs armées victorieuses. Le sénat fut froid, le peuple fut moqueur; les sacrifices faits à Jupiter Capilolin restèrent sans enthousiasme, les jeux sans entrain. On trouva les augustes vieillis, étranges, sous leurs costumes orientaux, leurs gloires maigres et leurs dépenses parcimonieuses. Frappé, atterré par un semblable accueil, Dioctétien comprit que tout était fini pour lui; il entraîna son obéissant collègue Maximien une nuit dans le temple de Jupiter, pour lui faire jurer de quitter avec lui le pouvoir et de le remettre à de plus jeunes mains. Tous deux enfin se hâtèrent de se dérober à la froideur et aux sarcasmes des Romains, et quittèrent Rome avant môme d'avoir achevé toutes les cérémonies annoncées parle programme de leur séjour*.
L'abdication des deux empereurs suivit de près. 11 est probable qu'il avait toujours été dans les projets de Dioclétien d'abdiquer avec son collègue, afin d'assurer de leur vivant, par la création de deux nouveaux césars, la durée de la tétrarchie. Les dernières déceptions qu'il avait éprouvées le confirmèrent sans doute dans son dessein. Il hésitait, cependant; le dieu avait peine à descen-