‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 107 sur 122 · Eutrop., IX, 16. •— Vop., Caririt · texte numérisé non relu

Eutrop., IX, 16. •— Vop., Caririt

4it DIOCLÉTIEN.

dre de son Olympe. Une douloureuse maladie commença de le vaincre; il se sentit mortel. L'ambilion impatiente de Galérius fit le reste. Le jeune césar pressait, opprimait, menaçait le vieil auguste. Il avait hâte de quitter les froides rives du Danube pour les jardins de Nicomédie. Dioclétien eût voulu au moins dicter le choix des deux nouveaux césars. Il n'eût pas ainsi abdiqué tout entier. Constantin, fils de Constance Chlore, et Maxence, fils de Maximien et gendre de Galérius, étaient ceux qu'il désirait. Il eût ainsi maintenu la pondératloa qu'il avait déjà établie dans le pouvoir. Mais ce n'était point le compte de Galérius. Un gendre pour César ne suffisait point à celui-ci, bien qu'il n'eût pas de fils. Il exigea impérieusement de Dioclétien, pour césars, Sévère, un obscur et grossier soldat, de ses créatures, et son neveu, Maximien Daza,qui lui ressemblait. C'était mettre tout le pouvoir entre ses mains. Après avoir quelque temps résisté, Dioclétien céda : c Tant que j'ai régné, dit-il, vingt ans durant, j'ai fait ma volonté; le sort de la république te regarde maintenant; à toi la responsabilité. » Le même jour, Dioclétien et Maximien, à Nicomédie et à Milan, déclarèrent qu'ils remettaient leurs titres d'auguste à Galérius et à Constance, et nommèrent ce* sars, à la place de ceux-ci, Sévère et Maximin Daza. Dio-^ clétien, singulièrement pâli par la maladie, versa quelques larmes, moins de regret peut-être de quitter le pouvoir que de ne le point laisser en de meilleures mains. Maximien, en accomplissant ce dernier acte d'obéissance à son glorieux collègue, laissa percer sa mauvaise humeur en disant qu'il rendait à Jupiter la pourpre qu'il lui avait prêtée. L'un se retira à Salone, sur les côtes de la Dalmatie, et l'autre en Lucanie, dans le midi de l'Italie ^

l. Eutrop., IX, 16. — Vict., Cœs,^ 89. — Lacf., Mort Pers,, 18, 19.

On a trop considéré la retraite de Dioclétien, à Salone, comme celle d'un philosophe dégoûté des grandeurs humaines. Ces dégoûts ne sont guère de ce monde. Dioclétien était un politique et point du tout un moraliste. C'est l'abdication d'un souverain découragé, débordé par les événements; la retraite d'un dieu déçu. Le monde a changé autour de lui, ses espérances ont été trompées; il laisse à d'autres le soin de conduire le monde. Après cinquante années d'anarchie, il avait su procurer à l'Empire vingt années de repos, en se résignant à un sacrifice difficile : le partage du pouvoir; il avait maintenu entre quatre souverains presque égaux en puissance, un accord peutêtre unique dans l'histoire. N'était-ce pas quelque chose pour sa gloire? Pendant dix ans, ses trois collègues l'avaient considéré comme un père, comme un dieu. S'il échoua à la fin d'une glorieuse carrière, ce fut contre la plus grosse question du temps. Il en fut cruellement puni au fond de sa retraite.

Salone est aussi trop ordinairement dépeint comme un asile modeste et simple en môme temps qu'heureux. Située à quelque distance, au sud de cette ancienne ville, au fond d'une baie formée par l'Adriatique, abritée des vents du nord par les Alpes dinariques, rafraîchie en été par la brise de mer, la demeure de l'ancien maître du monde, bâtie à mi-côte, était considérable, splendide, si l'on en croit ce qu'en disent les historiens et les voyageurs qui en ont vu les ruines. Quatre rues se coupant à angle droit séparaient les différentes parties de ce vaste édifice, flanqué de seize tours. La porte qui y donnait entrée s'appelait la Porte dorée; elle conduisait dans un vestibule à colonnes qui avait à droite un temple à Esculape, gardien de la santé physique de l'empereur; à gauche un temple à Jupiter, gardien de sa santé morale. Autour de l'édifice régnait un long portique d'où

le vieillard pouvait contempler la baie, qui, fermée par une île, ressemblait à un petit lac, et au delà, par un beau temps, au-dessus du miroir de T Adriatique, les côtes bleuâtres de Tltalie qui se dégageaient des brumes de l'horizon. Ni le rempart des Alpes dinariques, ni celui de la mer ne purent garantir le vieux souverain du contrecoup des événements qui agitèrent l'Orient et TOccident après son abdication. Galérius mort, il ne put protéger sa fille Valeria et sa femme Prisca. Licinius les fit mettre à mort. Lui-même, il reçut enfin de Licinius et de Constantin des lettres menaçantes qui Taccusaient de vouloir reprendre le pouvoir; et sa mort fut peut-être hâtée tout au moins par le chagrin. Avec ce Jupiter terrestre de TEmpire mourut le dernier césar réellement païen, et celui sous lequel le paganisme fut convaincu d'impuissance. Quand le voyageur visite aujourd'hui les rives où finit Dioclétien, il ne trouve que des ruines à la place où fut Salone. A quelque distance, sur remplacement du palais de Dioclétien, une ville nouvelle, Spalatro, a remplacé Tancienne. Au milieu de cette ville de moyenne importance, une porte s'élève devant le marché, c'est la Porte dorée du vieux palais; une église est consacrée à saint Jean-Baptiste : c'est le temple d'Esculape; une autre est dédiée à la Vierge Marie : c'est le temple de Jupiter. Ainsi, des ruines du paganisme, le successeur de Dioclétien commença à bâtir l'église chrétienne.

Paganisme et Christianisme.

Après Tabdication de Dioclétien, Galérius, plus jeune et plus hardi, moins effrayé d'un conflit entre le christianisme et le paganisme, païen d'ailleurs plus convaincu et moins éclairé, espérait sauver l'œuvre politique de Dioclétien par la violence, la tétrarchie par la persécution. Pour y réussir, il avait poussé au pouvoir deux de ses créatures, païens décidés et personnages dévoués à sa personne : Sévère, qu'il avait fait de rien césar, et Maximin Daza, son neveu, qui lui devait également tout. L'empereur auguste de la Gaule, Constance Chlore, protecteur des chrétiens, pouvait, il est vrai, gêner ces projets. Mais Galérius, plus jeune, espérait bien lui survivre; et, pour remplacer Constance, il avait en réserve un autre lui-môme, un sien compagnon d'armes, Licinius, avec lequel il espérait compléter une tétrarchie toute païenne, selon son cœur et selon le vœu du philosophe Hiéroclès.

Tels étaient les projets de Galérius ; la persécution qu'il continuait ou faisait continuer par ses deux césars

dans la partie du monde qu'ils gouyernaient, montrait assez ce qu'on pouvait attendre de lui, quand un jeune homme vint tout déjouer et tenter de rétablir au contraire l'unité de l'Empire, en frappant le polythéisme, et de renverser la tétrarchie de Dioclétien, en établissant le culte d'un seul Dieu.

L'auguste des Gaules, Constance Chlore, sentait sa fin approcher; il ne cessait de presser son collègue, Galérius, de lui renvoyer son fils Constantin, qui servait dans ses armées. Par une crainte instinctive de ce jeune homme, aimé de toute l'armée pour sa bravoure, Galerius hésitait, retardait, tant qu'il pouvait, le départ du fils de Constance. A bout de prétextes, enfin, il lui remit le passe-port delà poste publique, en lui recommandant d'attendre jusqu'au lendemain ses derniers ordres. Constantin partit immédiatement et fit'couper aux jarrets les chevaux disposés aux relais publics, avec lesquels Galerius désappointé aurait pu le faire poursuivre. Arrivé avec une célérité incroyable en Gaule, il y fut reçu avec enthousiasme par tout le monde. Fils d'Héléna, unie à Constance Chlore par un mariage inférieur, Constantin était alors dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté. Il était d'une haute stature; sa physionomie distinguée par des traits réguliers et fins, était encadrée dans une chevelure longue et bouclée ; ses yeux ouverts et ardents semblaient annoncer de hautes pensées et de fortes passions et promettaient une destinée mêlée de grands événements politiques et de sombres tragédies de famille. Les païens le comparaient volontiers à Apollon-Mithra, divinité demi-grecque, demi-asiatique, lumière du jour ou feu dévorant de la terre, pour laquelle il avait une dévotion particulière ; les chrétiens disaient qu'il ressemblait à l'ange du Seigneur : doux ou terrible? ils ne le savaient point encore. Constance, sur son lit de moj t, se

demandait s*il ne laisserait point à cet héritier digne de lui, la puissance qu'il avait si bien exercée, quand les soldats d'Occident, en dépit des projets de Galérius, proclamèreut le nouveau venu empereur et auguste. Constance put mourir content^ après avoir recommandé à rheureux fils d'Hélène les fils et les filles de sa seconde femme. Ce choix était une dérogation à Tordre établi, en vertu duquel l'élection allait de haut en bas, et non plus de bas en haut Galérius voulut d'abord jeter au feu le messager qui lui apporta cette nouvelle; il se ravisa cependant et se contenta de mettre Constantin à son rang dans la constitution, en lui donnant seulement le titre de césar, et en assignant celui d'auguste à sa créature, Sévère, qui résidait d'ailleurs en Italie. Constantin se déclara satisfait. Il avait la patience qui sait attendre et la résolution qui, au moment opportun, sait saisir*.

L'avènement de Constantin était un échec pour la politique de Galérius. De nouveaux événements en Italie menacèrent de faire crouler tout à fait son savant échafaudage. Le succès du fils de Constantin avait éveillé l'ambition du fils de Maximien, retiré assez mécontent dans le midi de l'Italie. Maxence, à son tour, travailla les troupes de Rome, en leur promettant de leur rendre les privilèges prétoriens; il se fit proclamer césar par elles, et appela à son secours l'expérience de son père, Maximien Hercule. Le vieil empereur marcha contre Sévère, qui était à Milan, lui débaucha ses troupes, autrefois les siennes, l'assiégea dans Ravenne, l'y prit et lui envoya l'ordre de se tuer. Mais, à l'approche de Galérius lui-môme, il crut devoir rechercher l'alliance de Constantin, et lui offrit pour gage sa propre fille, alors dans tout Tèclat de sa

1. Eutrop., I. — Vict., Epit» 40 et 41. — Zonare, xii. — Pan. Vet., VI, 4, 8.

beauté, avec le titre d'auguste. Constantin oublia Minervina, dont il avait déjà un fils, Priscus, prit la fille de Maximien, et accepta le titre d'auguste ; mais il ne secourut qu'en secret son beau-père. Avec cet appui moral, Maximien-Hercule et Maxence faillirent débaucher l'armée de Galérius, qui s'enfuit en Gaule. Fidèle à sa politique réservée, Constantin laissa échapper celui-ci et lui donna les moyens de retourner en Orient, où, pour se consoler, donna du moins à son favori, Licinius, le titre d'auguste, avec le gouvernement de la Thrace et de l'IUyrie. Tous les événements semblaient travailler pour Constantin. Le vieux Maximien Hercule, chassé à son tour de Rome et de l'Italie par son fils, à qui il voulait reprendre le titre d'auguste, arriva également en Gaule, auprès de son gendre. Constantin accorda à son beau-père le titre d'auguste et tous les honneurs impériaux, mais sans vouloir le rétablir. Furieux, le vieil empereur tenta encore de débaucher les troupes de Constantin alors sur le RKin, et fut pardonné. Mais, une seconde fois, fou d'ambition, ce vieillard conjura sa fille Fausta de le laisser pénétrer dans ses appartements pour mettre Constantin à mort, lui promettant une plus haute fortune et un meilleur mari. Éperdue, celle-ci dévoila tout à Constantin. Le césar des Gaules ordonna à sa femme de tout disposer comme son père l'avait demandé, et fit coucher un esclave dans son lit. A la faveur de la nuit. Maximien se glissa jusque-là et poignarda Tesclave. Alors, Constantin parut à la lueur des flambeaux et fit conduire le vieux collègue de Dioclétien, avec un lacet, dans un cachot, où il se pendit.

Tels étaient les effets que Galérius avait fait produire k la tétrarchie de Dioclétien, en essayant de la soutenir avec l'esprit persécuteur du paganisme. Cette conception confuse, inspirée d'une sorte de syncrétisme néoplatonicien, avait engendré le chaos, et produit une véritable anar^

chie. L'Empire avait alors cinq empereurs égaux en degré et en puissance, prêts à se déchirer, et menacés chacun chez eux. Galerius voyait, en effet, son neveu Maximin Daza, mécontent de la fortune de Licinius, révolté en Asie; et Maxence, resté maître de l'Italie, voyait un Alexandre usurper le titre d'empereur en Afrique. Galerius, vieux et affaibli, confessa lui-môme son impuissance. Accablé, sur ses derniers jours, par les souffrances d'une affreuse maladie, par les terreurs de la mort prochaine, sinon par le repentir, il rendit, en 211, un édit qui fit cesser la persécution. Prenant tout le monde à témoin, dans ce célèbre édit, qu'il c n'avait cherché, par la persécution, qu'à défendre les institutions anciennes de la patrie menacée par les novateurs, il s'accusa d'avoir mérité peut-être la colère des dieux, en condamnant, par la fermeture des églises et les tourments, un grand nombre de ses sujets à n*avoir point de culte; puisque les chrétiens persistaient à s'éloigner des croyances anciennes, il leur donna la liberté d'adorer leur Dieu à leur manière, et exprima même l'espoir qu'ils prieraient pour le rétablissement de sa santé en même temps que pour le salut de l'Empire et pour leur propre salut *. »

La mort de Galerius mit la situation à nu et fit éclater l'incompatibilité des quatre empereurs qui restaient et l'impossibilité de la tétrarchie. Sortis d une origine bien différente, au lieu d'être, comme leurs prédécesseurs, le produit d'une création unique, les quatre empereurs se croyaient tous égaux en droits et prenaient le titre d'auguste; point de degrés, point de hiérarchie entre eux. Maxence en Italie, et Maximin Daza

t. Vict., Epit., 40. — Lact., Mort, Pers,^ 31-35. -— Eus., Hist eccL, ▼m, 16, 17. J'ai dû être heureux, pour traiter cette dernière partie de mon sujet^ d'avoir souvent sous les yeux le récent livre de M. de Broglie : V Empire romain et l'Église au quatrième siècle.

en Asie, prétendaient ne point reconnaître ia supériorité que Constantin et Licinius, leurs aînés en âge ou en date, prétendaient exercer sur eux. L'anarchie morale était encore plus grande entre les tétrarques, et ce fut là surtout ce qui les mit aux prises.

Constantin, dès son avènement, avait pratiqué en Gaule, et même plus hardiment, la tolérance inaugurée par son père Constance Chlore. On l'avait vu, à la fois, rouvrir les églises et sacrifier, avant de se mettre à la tête des armées, à Apollon-Mithra, objet particulier de son culte. Bien que Constantin ne pratiquât que la même sorte d'éclectisme que son père, en fait de religion, les chrétiens pouvaient cependant attendre de lui la tolérance et espérer môme quelque chose de plus. Esprit grossièrement sceptique, ennemi des lettrés et des philosophes, cependant bon soldat et protecteur du petit peuple au demeurant, politique avant tout, indifférent en religion, Licinius exerçait également la tolérance, mais plutôt comme un dernier legs de Galèrius que par esprit de justice. Au contraire, Maxence, empereur de Rome, élevé par la réaction de l'esprit romain et païen de l'Italie; Maximin Daza, vrai neveu de Galèrius persécuteur, et longtemps administrateur de la Syrie et de l'Egypte, ces mères de toutes superstitions, puisaient leurs inspirations et leurs forces dans les vieilles coutumes occidentales ou orientales, et dans la religion païenne. Ces dispositions morales groupaient naturellement deux à deux les quatre empereurs, et opposaient particulièrement Constantin à Maxence et Licinius à Maximin Daza.

Constantin et Maxence en vinrent les premiers aux mains. Dans les premiers moments de sa révolte, Maxence avait cru de bonne politique de ménager les chrétiens. Depuis que Licinius et Constantin pratiquaient la tolérance, il n'avait plus d'espoir que dans le vieux parti

patriote et païen. En véritable empereur des anciens temps, il ne se faisait pas faute de déployer la tyrannie et les débauches d'un Néron, et de donner toule licence aux soldats; mais il avait toujours à la bouche les noms sacrés du sénat et du peuple romain. Il reconstituait les prétoriens détruits par Dioclétien. Pour exalter l'orgueil et le fanatisme de Rome qu'il habitait, il se prétendait seul empereur. Fier bientôt d'avoir renversé l'usurpateur d'Afrique, Alexandre, il annonça le dessein de ramener les autres empereurs au simple rôle de lieutenants ; il commença par abattre les statues de Constartin. C'était déclarer la guerre. Pour en augurer l'issue, il consulta les livres sibyllins, qui lui répondirent d'une façon assez ambiguë « que l'ennemi de Rome périrait dans la lutte. >Mais il avait, avec les troupes tirées d'Italie et d'Afrique, cent soixante mille hommes. Il se crut sûr du succès, et résolut d'aller chercher son adversaire en Gaule.

Constantin, en rassemblant ses légions de Bretagne et de Gaule, les auxiliaires germains, et des volontaires, pouvait compter sur cent trente mille hommes. Malgré le conseil de quelques-uns de ses généraux, il ne voulut pas attendre Maxence, mais marcher contre lui. Une victoire remportée en Italie, sous les murs de Rome, convenait mieux à son ambition. Il s'assura seulement de la neutralité de I.icinius, qu'il n'eut point de peine à obtenir; et il partit. Sur le point de jouer sa destinée contre un rival qui invoquait les souvenirs patriotiques de la vieille Rome, et qui fouillait jusqu'aux entrailles des victimes humaines pour trouver la faveur des dieux, Constantin ne pouvait se défendre cependant d'une sorte d'inquiétude religieuse. Il craignait, par un reste de superstition, les sacrifices de la vieille religion auxquels Maxence avait recours, et qui avaient accompagné la fortune de l'Empire. Les confidences qu'il fit plus tard à Eusèbe,

dans la lettre que rapporte cçlui-ci*, témoignent de ces troubles intérieurs, quoiqu'elles leur donnent une précision et un caractère qu'ils n'avaient peut-être pas encore. Plus avide d'une croyanca positive que ne l'avait été son père Constance, et penchant davantage vers le monothéisme, Constantin avait toujours aimé à mettre ses armes, son avenir sous la protection particulière d'une divinité; et il n'avait plus de confiance dans les divinités païennes invoquées par son compétiteur. Il sentait bien qu'il y avait dans le courant des opinions et des pensées a lors, une puissance nouvelle qui pouvait le pousser au porL Mais il aurait voulu en avoir comme un signe, un gage*. Il était tenté, et il avait peur de livrer sa fortune à ce vent inconnu de l'opinion qui s'était levé sur le monde. Sans doute, il ne manquait pas autour de lui de personnages graves ou chers qui rengageaient à confier sa fortune au Dieu des chrétiens. Osius, évoque de Cordoue, était parmi ses familiers; peut-être avait-il déjà prédisposé la mère de Constantin et sa femme au christianisme. Constantin connaissait ce nouveau Dieu, il en avait protégé le culle. Il avait entendu parler de la puissance de ce signe de la croix, qui, au dire des païens mêmes, pouvait neutraliser l'efficacité des sacrifices, et qui, au dire des chrétiens, avait de salutaires vertus. Mais il était retenu par d'autres conseillers qui lui représentaient que cette religion nouvelle avait été toujours considérée comme ennemie de l'Empire. Au milieu des doutes qui assiégeaient son esprit et des désirs ambitieux qui tourmentaient son cœur, il arrêtait souvent ses regards sur le soleil, objet de la vénération de sa première jeunesse. Mais Apollon se levait et se couchait entre chaque marche de son armée, sans apaiser

Page 1