Arianisme et Orthodoxie
En faisant l'histoire des réformes politiques et morales de Dioclétien et de Constantin, on s'est bien gardé de hasarder sur elles un jugement prématuré. Si l'histoire est une science dont les enseignements aient quelque utilité, c'est à la condition qu'elle reste une science d'observation. A priori, l'on peut dire, en voyant telle ou telle action de l'homme, elle est bonne ou mauvaise, parce que la morale ne trompe point; il est plus difficile de dire d'une institution nouvelle : elle est utile ou elle ne Test pas. Pour juger les changements apportés par Dioclétien et Constantin dans l'Empire^ il faut lire l'histoire de leurs successeurs.
Constantin II.
C'est souvent le sort des souverains les plus puissants, pendant leur vie, que leur volonté soit méconnue, désobéie, après leur mort. Le consistoire sacré qui avait partagé le fardeau du pouvoir avec Constantin était, à sa mort, en Asie, sous la main de l'un de ses fils^ Constance. Celui-ci
était assez mécontent du testament qai avait fait sa part assez petite^ particulièrement au profit de deux cousins, Annibalien et Dalmace. Un seul personnage, parmi ceux du dernier règne, le préfet Ablave, soit fidélité à la mémoire de Constantin, soit désir de perpétuer son pouvoir, défendit l'exécution intégrale du testament. Mais il était détesté. Sur la prétendue découverte d'un codicille, quelques officiers de la garde palatine se jetèrent tout à coup sur Ablave, sur les neveux de Constantin, sur leur père, leurs oncles, sur d'autres encore et les massacrèrent, pour faire place nette aux seuls fils de Constantin. Gallus et Julien, âgés de neuf et de sept ans, furent seuls épargnés, à cause de leur jeunesse. Républicain, militaire, administratif, païen, chrétien, l'Empire ne changeait pas. Les mêmes moyens qui avaient servi aux successeurs d'Auguste servaiei^t aux successeurs de Constantin.
Les trois fils de Constantin se partagèrent d'abord à l'amiable l'héritage paternel : Constance eut l'Orient, Constant eut ritalie et l'Afrique, Constantin la Gaule et l'Espagne. Tous trois prirent le titre d'auguste; ils s'entendirent également pour porter en commun un édit plus sévère encore que celui de leur père contre les païens. En mémoire de cette fraternelle entente, ils donnèrent, avant de se séparer, au village oii ils s'étaient rencontrés, le nom de Philadelphie, fraternité; on sut bientôt que penser de ce beau mot. En additionnant chacun leur âge, les trois frères ne faisaient pas soixante ans; la raison ne pouvait avoir sur eux beaucoup d'empire. L'aîné, Constantin II, était celui des trois qui avait hérité des meilleures qualités de son père; il ne manquait ni d'intelligence ni de bravoure; mais il avait aussi le plus d'ambition. Prétendant avoir reçu de son père sur ses deux frères une suprématie que la violation du testament avait annulée, il travailla à la conquérir par les
moyens les plus divers. Il chercha querelle à son frère Constant à cause des limites de la Gaule et de l'Italie; contre son frère Constance, prolecteur des ariens^ il se ût avec éclat le protecteur d'Âthanase, encore exilé à Trêves, et l'envoya en Orient avec une lettre de recommandation chaude et presque menaçante pour son frère. Le succès ne répondit point à cette habile tactique.
En apprenant que son frère Constant était occupé sur la frontière du Danube contre les Barbares, Constantin II crut le moment favorable. Il rassembla à la hâte quelques légionnaires et auxiliaires; et malgré une peste qui sévissait dans TEmpirê^ il descendit en Italie, ravageant tout devant lui < comme un homme ivre, » dit Thistorien du temps, et arriva d'un bond jusqu'à Aquilée ; mais il s'y arrêta épuisé. Son frère Constant, mieux conseillé, revint sur ses pas, le prit à revers en traversant les Alpes noriques, et l'attira dans une embuscade. Le fougueux jeune homme y donna tète baissée, se fit tuer, et périt en aventurier dans les eaux de la petite rivière de l'Alsa (340) K
Constant.
Cette heureuse circonstance pouvait amener la séparation définitive des Empires d'Orient et d'Occident, préparée par la différence des langues, des mœurs et des idées, pressentie, depuis Dioclétien, par des essais de partage déjà fréquents, et imposée maintenant par la création d'une capitale nouvelle. Les deux derniers fils de Constantin eussent peut-être opéré à l'amiable cette scission^ qui ne se fit qu'un demi-siècle plus tard ; mais, aux motifs d'ambition politique qui pouvaient les animer l'un contre l'autre^ se joignirent alors des dissentiments reli-