Tac, Ânn., iv
maintenant contre lui ; ils le dénoncèrent : les voiles tombèrent des yeux du confiant despote. Ce fut alors qu'il surpassa en fourbe, en dissimulation^ celui-là même qui rayait trompé, et devint passé maître. Tandis qu'il ronfla secrètement de pleins pouvoirs, avec le commandement des gardes prétoriennes, à Macron, il ax^heva de combler d'honneurs son ministre. Déjà il allait lui conférer la puissance tribunitienne : c'était l'associer à l'empire. La fameuse lettre, si longtemps attendue, qui devait mettre Séjan au comble de ses vœux arriva enfin. Elle fut ouverte en plein sénat. Aveugle à son tour, Séjan ne vit pas que Macron, Lacon, gardaient les portes avec des milices urbaines, et que ses prétoriens n'étaient pas là. Le consul Régulus, mis dans la confidence, commença la lecture de la lettre. Elle était longue; elle commençait par d'insignifiants détails, jetait en passant un mot contre Séjan, s'égarait dans le dédale d'autres objets, puis revenait tout à coup au ministre infidèle et coupable, le prenait corps à corps, l'accusait, le chargeait, le condamnait, ordonnait enfin de le saisir et de l'exécuter, comme coupable de lèse-majesté, sans plus ample information. On se rappelle cette dramatique scène des derniers temps de la république, quand le grand orateur accusa, dévoila hardiment les menées d'un fameux coupable contre l'État. Au fur et à mesure que l'éloquence de Cicéron portait la conviction dans la conscience des sénateurs, ceux-ci s'éloignaient du criminel Catilina et formaient peu à peu le vide autour de lui. La lettre de Tibère fit progressivement autour de Séjan la même solitude. Mais quelle difi'érencef Sous la république, un citoyen avait hardiment accusé un citoyen; sous l'empire, le maître dénonçait son esclave. Là l'honnêteté, ici la bassesse des sénateurs abandonnait