Spart. Sév-, 14, 18. Dion, lxxy, Her
SEPTIME SËYËRE. 839
différente et donnèrent promptement au palais le spectacle de leurs désordres. Le père, qui faisait de Thistoire sa lecture favorite, s'épuisa à leur citer les exemples funestes des frères ennemis, et h leur réciter les discours de Philippe III de Macédoine ou de Micipsa à leurs fils. Il pensa enfin les arracher à ces discordes, en leur donnant les exercices et les occupations d'une guerre ; et il les entraîna au bout de Tempire, en Grande-Brelagne, contre les Calédoniens. Cette dernière expédition fut pour lui pleine de mécomptes.
L'empereur, dans cette campagne, ne retrouva ni son ancienne ardeur, ni ses légions d'autrefois ; il se vit avec douleur obligé de ramener sa frontière en arrière, en élevant une muraille, en deçà de celle du pacifique Adrien. Tounnenté de la goutte, il ne pouvait plus conduire ses soldats qu'en litière. Le jeune Bassicn profita des souffrances paternelles pour tourner le vieux soldat en ridicule, détacher de lui les légionnaires, et conspirer peutêtre contre son père, afin d'hériter seul de lui. Dans une marche, le jeune homme aurait dégainé tout à coup; répée à la main, il se précipitait sur l'empereur, quand un cri de ceux qui n'étaient point prévenus l'arrêta. Le vieil Africain fit faire halte et forma un tribunal; le préfet du prétoire, Papinien, la justice môme, était à côté de lui. « Malheureux, dit l'empereur à Bassien, tu n'as pas la patience d'attendre la fin de ce misérable corps! eh bien ! si tu le crois utile, frappe maintenant, en présence de tous; ou, si tu n'oses essayer une seconde fois de tremper tes mains dans le sang de ton père, ordonne au préfet du prétoire de frapper, pour que ma mort ail l'apparence du moins d'un jugement légitime. » Après cette sortie, sa cruauté se réveillant. Sévère fît égorger quelques soldats; les autres demandaient grâce : « Vous le voyez, s'écria-t-il, c'est la tête, ce ne sont pas les pieds qui commandent. • Il
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eut quelque temps la pensée de sacrifier Bassien au bien de l'empire. Le sentiment paternel l'emporta encore dans cette âme si cruelle; et l'empire n'eut point son Brutus, comme la république.
Epuisé par ces yiolentes scènes, Septime Sévère se sentit bientôt prés de sa fin. Sa mort fut pleine de mélancolie et de gravité. « J'ai été tout, disait-il, et tout n'est rien. > Avait-il deviné la fragilité de sa restauration impériale? En regardant l'urne qui devait renfermer ses cendres : c Voilà donc, répétait-il, où tiendra celui que n'a pu contenir Funivers. » Se souvenait-il, au lit de mort, de tant de sang versé, en effet, pour un si mince résultat? Ce sentiment de la vanité des choses décelait encore son origine sémitique. Il fit venir une dernière fois ses fils : i J*ai trouvé, leur dit-il, la république en bien mauvais étal; je remets entre vos mains un empire solide si vous vous conduisez bien, chancelant si vous agissez mal. » Quelques heures avant sa mort, on vint lui demander le mot d'ordre : « Travaillons t » répondit- il *.