C. VII
pire. Un brigand, dn nom de Bulas, à la tète de huit cents hommes, infesta pendant plusieurs années la roule de Brindes à Rome, et déjoua, au milieu des gorges et des défilés des Apennins, toutes les poursuites. Il connaissait tous les arrivages de navires à Brindes, et tous les transports de Brindes à Rome. Il bravait audacieusement le gouvernement. Un jour il se présenta, à Rome, comme préfet de la ville, au geôlier de Tamphithéâtre, et se fit livrer par lui deux de ses compagnons faits prisonniers, et qu'on destinait aux bêtes. Un autre jour, en rase campagne, il offrit à un centenier romain qui le cherchait, à la tête d'une petite troupe, de lui livrer ce chef de voleurs ; il l'entraîne donc au milieu de ses gorges, puis, sur un signe, le fait entourer par ses soldats, parait alors sur un tribunal, en costume de magistrat romain, condamne le centenier et les siens à avoir la tête et la barbe rasées, et les envoie dire à l'empereur Sévère t de mieux nourrir ses esclaves, s'il ne veut pas qu'ils brigandent sur les grandes routes. » Pris enfin dans un guet-apens qui lui fut tendu par une femme, et amené devant le préfet du prétoire, qui lui demandait pourquoi il s'était fait brigand : € Pourquoi, lui répondit-il, es-tu préfet du prétoire? » C'est la réponse du petit comte de Périgord à Hugues Capet ; mais Butas est plutôt l'ancêtre du brigand de l'Italie moderne.
Fondé franchement sur la force militaire pure, et aux mains d'un des plus intrépides soldats, l'Empire ne fat ni plus sûr ni plus fort. Sévère ne fut pas à l'abri des périls que ses plus faibles prédécesseurs avaient courus. Il n'y a de solide dans les monarchies que les institutions monarchiques.
Septime Sévère avait aussi son préfet du prétoire. C'était Plautien, sénateur et préfet, deux digniîés jusqu'alors séparées; plus riche que la famille impériale,
ce compatriote du nouvel empereur finit par être tout, dans l'empire et au palais, comme dans Tarmée. Il gourmandait, jusque chez elle, Julia Domna, la femme de Sévère, Grecque-syrienne qui tenait réunion de rhéteurs, de poëtes et de beaux esprits grecs et asiatiques. Il déployait plus de faste et d'orgueil que le sobre Septime Sévère; quand il sortait en litière, des licteurs empêchaient les passants de lever les yeux. On élevait déjà plus de statues au ministre qu'au souverain; on ne se cachait point pour dire que Plautien était l'empereur et Sévère son officier. Septime Sévère avait juré que le ciel tomberait plutôt qu'il ne fît mal à son favori. Un jour l'empereur oublia son serment, et fit abattre à Rome quelques statues du nouveau Séjan. Rome et les provinces crurent le favori perdu. Un gouverneur de Sardaigne faisait renverser déjà les statues de Plautien, dressées dans son gouvernement; il paya ce zèle de l'exil. Plautien fut plus puissant que jamais. Il donna sa fille, Plautille, avec une dot qui eût suffi à quarante reines, au fils aîné de Sévère, à Bassien, qui n'en voulait point; il obtint, ce qui avait été refusé à Séjan, d'entrer dans la famille de l'empereur. Heureusement, Julia Domna veillait plus que Sévère. En haine de Plautien, elle excita son fils contre Plautille, d'ailleurs flère et insolente comme son père. Le fib aîné de Sévère n'avait que trop de pente à suivre ses passions. Il maltraita Plautille ; il menaça son beau-père. « Quand il serait le maître, il se débarrasserait bientôt, disait-il, du joug que son père et lui subissaient. > La discorde renaissait au palais comme sous les premiers césars. Sévère, qui avait terminé trois guerres civiles, ne pouvait plus gouverner sa maison. Déjà Plautien, comme tous les autres préfets du prétoire, prenait ses sûretés. Un soir, un tribun des prétoriens. Saturnin, et deux autres, se présentent au palais impé-
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rial, demandent à parler à Sévère, et se jettent à ses pieds: t Plautien, » disent-ils, t les a envoyés contre lai pour le tuer; » et ils lui montrent Tordre écrit de la main du préfet du prétoire. Septime Sévère n'en veut rien croire; il pense que c'est une ruse de son fils Bassien, présent à cette scène. « Qu'on fasse chercher Plautien sur l'heure, reprend celui-ci, on verra bien la vérité. » Plautien arrive ; confronté avec les dénonciateurs, il repousse leurs accusations comme des calomnies. Sévère balançait, quand Bassien, soulevant la tunique du préfet du prétoire, s'écria : « Pourquoi venir à celle heure, cuirassé, comme dans la maison d'un ennemi? » et tirant son poignard, il se jeta sur son beaupère; les gardes, qui étaient là, ne lui laissèrent pas le temps de commettre un nieurlre et se chargèrent euxmêmes de la mort de Plautien. Le lendemain, au sénat. Sévère déclama contre Tarabilion qui ne sait jamais se contenter, et fit condamner la mémoire de celui qu'il avait tant affectionné. Pour plus de sûreté, il divisa ensuite la préfecture du prétoire, et en donna les fonctions civiles au célèbre Papinien *.
Les dernières années de Septime Sévère furent empoisonnées, comme celles d'Auguste et de beaucoup d'autres empereurs, par la difficulté qui pesait toujours sur celte monarchie mal constituée : par la transmission du pouvoir. Septime Sévère avait souvent reproché à Marc- Aurèle d'avoir laissé son fils Commode arriver à l'empire. Pour lui, il avait deux fils, Bassien et Géta; il les avait associés successivement tous les deux à l'empire, et il espérait, en leur faisant partager le trône, maintenir entre eux la concorde et garder d'autant mieux l'empire à sa famille. Malheureusement, ils étaient d'humeur fort