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semblables. La monarchie, instituée comme un pouvoir public, ne se partage point. Entreprise privée, elle peut se transmettre comme un héritage de famille, se partager entre les enfants comme une succession civile. Septime Sévère divisa le pouvoir impérial, comme une forlune gagnée, entre ses deux enfants, Bassien Antonin, Taîné, surnommé plus tard Caracalla, et Géta, le plus jeune. Les historiens romains se sont ingéniés à trouver dans le caractère dififérent que montrèrent ces jeunes princes, dès leur plus bas âge, Torigine de leur haine fratricide. Il faut la chercher surtout dans le partage que Septime Sévère fit de TEmpire entre eux. On Ta très-bien dit depuis : t Sur le trône, qui a compagnon a maître. » Déjà plusieurs empereurs, par suite du défaut d'institutions politiques, qui était le vice essentiel de TEmpire, s'étaient crus obligés, pour leur plus grande sécurité, de se défaire de tout parent dans lequel ils pouvaient soupçonner un rival. Associer deux frères sur le trône, c'était condamner l'un au meurtre, l'autre à la mort. Septime Sévère, qui avait imprimé au monde entier une indicible terreur, n'avait pu comprimer l'essor de cette haine de frère. Après lui, Julia Domna, sa veuve, femme éclairée, tendre, ambitieuse, et le préfet du prétoire, Papinien, aussi vertueux que savant, y perdirent tous les deux leurs vertus et leurs sciences.
Caracalla.
Les obsèques de Septime Sévère à peine terminées et la paix faite avec les Calédoniens, Bassien Antonin et Géta donnèrent, en traversant la Gaule pour retourner à Rome, le spectacle de leurs défiances et de leurs haines. Ils marchaient et campaient à part, ayant chacun leur
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logement, leurs gardes, leur armée, toujours prêts à s'attaquer ou à se défendre. A Rome, ils se divisèrent le palais impérial, bouchant et barricadant toutes les communications qui eussent pu donner passage de l'un chez l'autre. Le gouvernement allait cependant comme il pouvait. Ils voulurent enfin se partager l'empire. Caracalla en fit la proposition, dans un conseil auquel assistaient sa mère, Julia Domna, et les jurisconsultes les plus célèbres du temps, Papinien, Paul, Ulpien. A l'un l'Europe, à l'autre l'Asie; le sénat et les légions seraient également partagés comme accessoires au principal.
Partager la glorieuse conquête de la république comme un héritage de famille! Les jurisconsultes qui consacraient alors leurs veilles à constituer Tunité politique et législative de l'Empire, tenaient leurs regards fixés à terre. Plus courageuse, Julia Domna couvrit, dit-on, l'unité de l'Empire du cri éloquent du sentiment maternel : « Vous pouvez, dit-elle, vous partager la terre, les eaux, vous parlagerez-vous le cœur de votre mère? » Ce fut l'arrêt de mort de Géta. L'aîné des fils de Sévère, ne pouvant partager, voulut le tout. II manda son frère pour se réconcilier avec lui devant leur mère. Des gardes étaient apostés. A la première altercation qui s'éleva entre eux, Bassien Antonin fit un signe, et donna l'exemple luimême, en se précipitant l'épée à la main sur son frère. Julia Domna entoura en vain le malheureux de ses bras; elle fut blessée à la main, et n'eut bientôt plus sur son sein que le cadavre d'un de ses enfants *.
Bassien Antonin, encore tout sanglant, se jeta hors de son palais, s'écriant qu'il avait échappé à un grand danger. Il gagna ainsi, au milieu du peuple efifrayé, le camp des prétoriens, pénétra dans le temple où Ton déposait
1. Hérod. 3. Dion Cassius, lxxvi. Spart. Carac, 1, 2. Geta, 1 à 4.
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les enseignes des légions, et s'y roula à terre avec des cris déchirants. Les soldats accoururent; il répéta qu'il avait failli être tué, mais qu'il était le maître enfin de faire aux soldats qu'il aimait tout le bien possible. Les soldats comprirent ; ils eurent honte et horreur d'abord, puis se résignèrent à accepter pour la rançon du sang deux mille cinq cents drachmes par tête. Les économies de Septime Sévère, accumulées dans des temples, servirent à payer la mort d'un de ses enfants. Au sénat, le meurtrier rappela que Romulus, pour fonder Rome, avait dû tuer Remus; parmi les premiers fondateurs de l'empire, Tibère n'avait-il pas tué aussi Agrippa Posthumus, et Néron, Briiannicus? L'assassin, au mépris de l'histoire, accusa enfin Marc-Aurèle d'avoir tué Vérus. Il aurait voulu que le grand jurisconsulte Papinien fît la théorie complète du fratricide, jusque-là seulement pratiqué, c II est plus aisé de commettre un crime que de le louer; c'est tuer une seconde fois un innocent que de l'accuser, » répondit l'homme de loi, moins complaisant que le philosophe Sénéque. Lui et son fils, alors consuls, payèrent de leur vie ces courageuses paroles. Ce fut le commencement de nombreuses exécutions. Une sœur de Marc- Aurèle, vieille et jnoffensive, un Pompeïanus, petitneveu de celui-ci, et un Pertinax, fils de cet empereur d'un jour, périrent. Le fils de Septime Sévère s'attacha, dit un de ses historiens, à détruire tout rejeton impérial qui pût faire souche; enfin, il poursuivit tous les amis, officiers, serviteurs, qui, de près ou de loin, avaient pu aimer ou soutenir Géta, et il en fit périr, s'il faut en croire un écrivain contemporain, jusqu'à vingt mille.
Comme il arrive souvent aux fils et aux successeurs de souverains remarquables, Bassien Caracalla exagéra tous les défauts de son père, sans avoir ses qualités. Il en fut
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même parfois comme la parodie. Seplime Sévère s'était contenté de négliger et de dépouiller le sénat; Caracaila rhumilia. Il faisait attendre les sénateurs des journées entières dans le vestibule, tandis qu'il festoyait avec ses amis. S'apercevait-il de leur présence, il ne prenait pas même la peine de les saluer. S'il les emmenait avec lui dans ses voyages à travers l'empire, c'était pour se faire préparer par eux des palais improvisés que, la plupart du temps, il n'habitait pas, et dresser des cirques où il ne célébrait point de courses. Le peuple ne connut de lui que l'augmentation des impôts; il éleva en effet du vingtième au dixième l'impôt mis sur les successions. Il ne fat pas indifférent aux provinces; mais, suivant le mot de Spartien, il y commit beaucoup de choses contre les hommes et contre les droits des villes. Dion Cassius ajoute que, durant son régne, les provinces furent tellement ruinées et détruites, et le peuple de Rome si affamé, que les citoyens, rassemblés un jour au grand cirque, se prirent à crier à haute voix : « Nous tuons et faisons mourir les vivants, pour avoir l'occupation d'ensevelir les morts. )) Sévère aimait à avoir son trésor plein. Caracaila ayant vidé, dès les premiers jours, l'épargne paternelle, disait que personne autre que lui ne devait avoir d'or et d'argent. Pour exécuter sa menace, il donna le premier l'exemple de frapper et de répandre pour les citoyens de la fausse monnaie. Sa mère lui faisait quelques observations au sujet de ces finances mal acquises, et plus mal dépensées : « Tant que j'aurai du fer, dit-il en frappant sur son épée, je n'aurai faute d'or ou d'argent.» Pour remplacer les accusations publiques et les délateurs, qui disparaissaient avec les souvenirs de la république et d'un gouvernement où se conservaient encore quelques reste de publicité, Sévère avait inauguré le régime de la police secrète. Caracaila, l'exagérant encore, couvrit l'Empire
ue caracalLa.
d'une armée d'espions, de spéculateurs dont la puissance s'éleva au-dessus de celle des magistrats *.
L'administration, Caracalia la laissa aux mains de sa mère et des jurisconsultes sôvériens. C'est donc à eux qu'il faut faire remonter l'honneur de cette fameuse constitution Ântonine, qui fit citoyens romains tous les habitants libres de toutes les provinces. On a remarqué avec raison que les nombreuses concessions du droit de cité, faites par les prédécesseurs de Caracalia, et les progrès de la législation civile qui confondait peu à peu le droit quiritaire avec le droit des gens, avaient déjà singulièrement avancé cette révolution. La différence était déjà fort amoindrie entre l'Italie et les provinces. La constitution Antonine ne fit guère que proclamer un fait accompli. Les anciennes distinctions entre les citoyens, les Latins^ les Italiens, les fédérés^ les sujets achevèrent de disparaître; il n'y eut plus d'autre distinction que celle des hommes libres ou ingénus^ des affranchis et des esclaves; et le titre d'étranger ne s'appliqua plus guère qu'aux non-libres ou aux Barbares. Ajoutons que, le lendemain du jour où la liberté politique achevait de disparaître, le titre de citoyen n'était plus guère conféré qu'à des sujets ; et que l'empereur avait encore eu soin de gâter ce bienfait en augmentant l'impôt sur les successions, auquel furent soumis naturellement les nouveaux comme les anciens citoyens*. Ce n'est point un nouveau droit, c'est un nouveau vêtement dont Bassien Antonin dota ses sujets. En Gaule^ il s'était épris de la caracalle gauloise, sorte de manteau long, à manches et à capuchon. Il l'adopta pour lui-même, l'adapta, en le raccour-