Dion, LXXTii. Spart. Carac, 9. Lampr. Diadum
2. Dion, Lxxviii. Spart, CaraCy 10. — Digest., 1, 6, 17, — Naudet, De* chang. opér,, etc., I, 2-8.
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cissani^ à Tusage de la vie militaire, et en distribua un si grand nombre a Rome, qu'il en répandit Tusage dans le peuple. Le nom de Caracalla en est resté à cet empereur, comme à Caïus, successeur de Tibère, celui de Câligula, de la chaussure appelée calige^ prise également des Gaulois, déjà en possession du privilège d'inventer et de propager les nouvelles modes.
Septime Sévère, empereur, était resté général, pour commander toujours ferme à ses soldats. Caracalla se fit soldat pour leur plaire. Il ne se contentait pas d'aller à pied, chargé comme eux, dans les marches; il partageait leur pitance. Fallait-il creuser un fossé, élever une chaussée, il était le premier, la pioche ou la truelle à la main. Souvent il mettait le costume et adoptait la blonde chevelure du Germain, dans lequel il voyait le type du soldat. Les soldats ravis l'appelèrent « compagnon ; » il le souffrit; mais la discipline n'en alla pas mieux. S'il partagea leurs fatigues, il leur laissa imiter ses vices; et s'il donna parfois l'exemple des rudes travaux, il propagea plus souvent celui du relâchement de la discipline. Il n'y eut bientôt plus de respect dans l'armée pour le prince ; les soldats mêlèrent Caracalla à leurs petites querelles comme à leurs jeux et à leurs travaux; et il n'eut bientôt plus d'autorité, pour imposer sa volonté. Deux soldats se disputaient une outre de vin, devant l'empereur ; il leur ordonna d'en faire un égal partage; les deux soldats, aux yeux de l'empereur, coupèrent l'outre en deux et en répandirent le vin à terre. Caracalla ne sut pas retrouver plus tard l'occasion de réiablir son autorité méconnue, comme Clovis au sujet du fameux vase de Soissons; un Barbare lui eût donné des leçons de commandement.
Le fils de Septime Sévère aurait bien voulu aussi donner à son règne le prestige de la gloire. Il tenta d'abord
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quelques expédition au delà du Danube, contre lesGoths ou Gôtes, ces redoutables Barbares de la Germanie, qui inquiétaient sans cesse cette frontière de l'Empire. 11 les battit plusieurs fois; plus souvent battu, il acheta plutôt qu'il nimposa la paix à ces barbares. L'Orient parut devoir lui offrir des lauriers plus faciles à cueillir. A peine en effet eût-il mis le pied sur cette terre classique de la gloire, qu'il se crut un héros, ou du moins voulut le persuader. Sur les ruines de Troie, près du tombeau d'Achille, il prétendit imiter ce héros homérique. Il ne lui manquait qu'un Patrocle; un sien secrétaire, Festus» qu'il aimait^ mourut à point, empoisonné, dit-on. Il sacrifîa sur son tombeau, comme Achille sur celui de Patrocle. Les savants remarquèrent méchamment qu'il ne trouva point sur sa tôte chauve à faire, comme Achille, l'offrande de ses cheveux. Sur les champs de bataille du Granique et d'Issus, autre fantaisie de gloire. Caracalla crut et voulut être Alexandre. Il écrivit au sénat que l'âme de ce glorieux conquérant, ayant passé trop peu de temps sur la terre, était entrée dans son corps pour achever ses exploits. Il compta Alexandre parmi ses préJécesseurs, l'appelant YAuguste et Vempereur de l'Orient ; les généraux, qui l'approchaient, durent prendre désormais les glorieux noms des compagnons d'Alexandre. Ses soldats furent armés à la macédonienne, avec le casque en cuir, la panoplie, la pique et le bouclier de cuivre ; ils formèrent une phalange. Un soldat du nom d'Antigonê, fils d'un certain Philippe, n'avait d'autre talent que de bien monter à cheval. Grâce à son nom, à celui de son père, il fut fait tout d'un coup tribun. Une tradition erronée faisait le célèbre précepteur d'Alexandre, Aristote, complice de la mort du conquérant macédonien. Caracalla persécuta tous les adeptes de sa philosophie. C'était là le parti que le fils de Septime Sévère
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savait tirer des connaissances historiques que son père s'était efforcé de lui donner.
Caracalia avait grand désir de visiler Alexandrie, cette merveilleuse fondation du fils de Philippe. Les Alexandrins étaient alors dans la joie d'user des droils que leur avait conférés, comme au reste de TEmpire, la consti-tution Antonine. Un Egyptien, un Caeranus, venait de prendre place le premier au sénat romain. Les Alexandrins firent à Caracalia une réception magnifique; les fleurs furent jetées sous ses pas, les maisons se parèrent de festons et de guirlandes, Tencens fuma sur les autels. Caracalia, au milieu d'une population enthousiaste, se rendit au tombeau d'Alexandre, y déposa solennellement son baudrier, son épée, ses joyaux, en signe de respect. Le nouvel Alexandre s'était exposé cependant au milieu de la population la plus moqueuse de tout l'Empire. Elle eut bientôt trouvé le défaut du héros. L'Alexandre macédonien avait autrefois vaincu les Gôles, l'Alexandre romain avait tué son frère Gela; les Alexandrins allèrent de par la ville, répétant que le nouvel Alexandre valait bien l'ancien, puisqu'on pouvait également appeler l'un et l'autre Alexander Geticus. Le goût de Caracalia pour les Alexandrins se changea en haine; il se vengea cruellement, en bête fauve, de cette plaisanterie. Les principaux personnages d'Alexandrie furent invités à un banquet; le môme jour, toute la jeunesse de la ville devait se rassembler sur la grande place. Caracalia voulait, disait-il, l'y passer en revue, et choisir les plus beaux et les plus robustes pour en faire un bataillon sacré, préposé à la garde de sa personne. Les invités s'étaient à peine rendus dans la salle du festin, que Caracalia les y fit massacrer; la jeunesse alexandrine, fière de l'honneur auquel on la destinait, s'alignait sur la grande placj, quand les prétoriens et les soldats de Caracalia l'investirent, et,
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courant sus, commencèrent une immense et horrible boucherie. Les uns creusaient de longues et larges fosses, tandis que les autres étaient occupés à les remplir; Tardeur du travail fut telle, que plus d'un soldat fut précipité et enterré avec les victimes. Caracalla regardait tout du temple de Sérapis, où il consacra l'épée qui avait tué Geta. Montesquieu n'a-l-il pas eu raison d'appeler ce monstre un t destructeur d'hommes? » L'édifice du Musée fut ensuite détruit; et la c table > de ses savants, où les philosophes et lettrés d'Alexandrie étaient nourris et logés comme dans un grand séminaire scientifique, fut dispersée. On sépara la ville en deux par une longue et épaisse muraille; et deux fortes garnisons, chargées d'interdire la communication, gardèrent le cimetière et les ruines que le nouvel A'exandre avait faites dans la ville fondée par l'ancien*.
Il fallait à Caracalla des exploits plus glorieux; il entraîna son armée, ses Macédoniens, ses Spartiates (car il avait eu la fantaisie d'avoir aussi une phalange Spartiate), ses prétoriens et ses légionnaires, au delà de TEuphrate, sur les pas d'Alexandre. Arrivé là, il attira dans un guetapens le roi de rOsrhoène et celui d'Arménie, sous prétexte de faire alliance avec eux, et il les fit prisonniers. L'Osrhoène se soumit, mais l'Arménie résista. Après une pareille trahison, le roi des Parthes, Arlaban, se laissa persuader, non sans hésitation, d'amener avec ses principaux satrapes et ses troupes en habits de fête, sa propre fille, pour la fiancer à l'empereur romain. Caracalla les eut à peine en vue, qu'il lâcha ses soldats sur ces hommes désarmés et en tua un grand nombre; Artaban échappa. Caracalla le poursuivit et arriva jusqu'au glorieux champ de bataille d'Arbelles ; il n'eut point l'occasion d'y vaincre