HERON
nèrent. Un hypocrite do slolcisme, Celer, au grand scandale de la secte, donna le signal en dénonçant son propre élève. Mais le plus souvent un ordre de Néron à la victime, un message au sénat suffirent. On ne se donna pas même la peine de trouver des chefs d'accusation plausibles. < Nul, disait Néron, n'avait su avant lui ce qu6 pouvait un empereur. • Cassius dut sa moit aux images de ses ancêtres conservées dans sa maison; le dernier des Silanus au triste avantage d'avoir été oul»lié jusque-là. Ceux-là éiaienl des stoïciens. Le digne peintre des mœurs lie ce temps, qui meltait les recherches de l'érudition dans le fasle, et intro luisait dans la corruption les grâces cyniques, Tordonnaleur des fêles de la cour, Pétrone, arbitre du bon goût dans l'orgie , finit par effrayer le maître lui-même de la supériorité de son génie dans la science du régne. Quand il reçut l'ordre de mourir, il se fil ouvrir, puis fermer et rouvrir les veines; il alterna le sommeil et la veille pour finir doucement, et dicta au dernier moment la salire de son meuilrier, se réservant, en Iklèle disciple d'Épicure, la vengeance pour dernier plaisir. En lisant Tacite*, on quitte, on reprend, on rejette
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de son anden disciple, il forlifla par ses discours ses amis présents, sa jeane femme Pauline, fort attachée à cet élo* quent vieillard qui raclietait m'ainlenant par l'ascétisme de ses derniers jours et la pénétrante élévation de ses dernières pensées les fautes de sa jeunesse et la subtilité de sa première rhétorique. Il eut la fln qu'il avait désiré: sans courir au-devant de la mort, sans la craindre, sans se la donner lui-même, il fit librement le sacrifice de sa vie à la dignité de ses principes. On regrette seulement de le voir, rhéteur jusf|u*au dernier moment, permettre que Pauline se fasse ouvrir les veines, et dicter entre ses derniers soupirs une dernière déclamation. La fin de Thraséas est plus simple et plus grande. Accusé de conspirer parce qu'il s'abstenait de paraître au sénat, au théâtre, et de je'er des ferments de guerre civile parce qu'il provoquait la jeunesse romaine à Timilation par la dignité de son attitude et Taustérité de sa conduite, il pouvait éprouver une dernière fois au sénat la puissance de son honnêteté, faire reculer ses adversaires devant ses vertus. Ses amis l'y poussaient. Il craignit de commettre aux injures des pervers la dignité de sa personne, et d'exposer dans une dernière lutte la noble patience du sage. Il arrêta un jeune tribun qui voulait évoquer la puissance affaiblie du veto républicain contre le décret d'accusation, f Dans une époque comme celle-ci, lui dit Thraséas, il faut se donner le temps de choisir son parti. » Aria, sa femme, demanda à mourir avec lui; c'était la digne fille de cette Aria qui avait appris à Petus à mourir; Thraséas ne le voulut point. Quand il sentit enfin sa belle âme prête à s'échapper, il se tourna avec sérénité vers son philosophe, Démélrius, l'ami de la dernière heure, et écouta ses suprêmes consolations ^
i. Tacite, Ann., xvi, 2i-2S«
Après ces funérailles, Néron sentit tout trembler sons lui. Le sénat décimé menaçait. Le peuple était froid et railleur. Les provinces, au fond desquelles arrivait enfin la renommée de ce règne, s'agitaient. Néron y avait à la fin remplacé les sénateurs par des chevaliers ou des affranchis, créatures à lui. Ceux qui avaient conservé leurs commandements concevaient des craintes qui pouvaient les pousser à la révolte. Corbulon, en Orient, jouissait surtout d'une considération et d'un pouvoir qui devenaient menaçants. Adonné à toutes les superstitions pourvu qu'elles ne fussent point romaines, Néron commença à invoquer tous les dieux, à interroger tous les rites pour savoir Tavenir. Mais, despote capricieux avec les dieux comme avec les hommes, il changeait chaque jour de superstition et insultait, conspuait le lendemain l'objet de son culte de la veille. Il prétendait commander au ciel comme à la terrée Enfin il ne se trouva plus à l'aise à Rome et voulut se montrer aux provinces.
La Grèce, pays d'artistes, fut jugée la première digne de le posséder. Il y arriva avec son équipage théâtrai,-et s'y montra, comme à Rome, plutôt en histrion qu'en em- |n:rrui% Il Hillut quo le ti-mps su p)'ml au désir qifil avait
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politique du inatlre. Néron manda en Grèce Corbulon , qui reçut à son arrivée son arrêt de mort, c Je l'ai mérité, > se contenta de dire le conquérant de TArménie. DeuK commandants de la Germanie reçurent le même ordre et eurent le même sort. Ces coups terribles ne firent qu'ajouter les malignités grecques aux romaines. On répéta que l'empereur n'osait aller à Sparte de peur de tomber sous la loi de Lycurgue, ni à Eleusis, de crainte des furies vengeresses qui y avaient un temple, Néron punit la Grèce en pillant ses villes et ses temples, entre autres celui de Delphes, qui lui prédit une fin prochaine. Le voyage impérial s'arrêta là. De mauvaises nourelles arrivaient de Gaule et d'Espagne. L'affranchi Helius» qui gouvernait Rome, rappela son maître 1.
De retour en Italie, Néron voulut encore payer d'audace, fl prétendit à un triomphe pour cette glorieuse expédition. Le char qui avait autrefois servi à Auguste ramena le vainqueur des histrions et des coureurs de la Grèce, la couronne olympique sur la tête et le laurier pythique à la main. Une arcade du grand cirque fut abattue pour lui livrer passage. Il alla déposer ses couronnes au nombre, dit Dion, de quatre-vingts, au pied d'un obélisque dressé dans ses jardins, et fut accompagné jusqu'à sa demeure par les cris de t César- Apollon et de César- Hercule, seul olympique, pylliique, divin et auguste de loule élernité ! » Ce fut son dernier triomphe *.
Le régime avait donné tout ce qu'il contenait; un soulèvement éclata partout à la fois dans les provinces. Forcé de renoncer à l'empire et à la vie, Néron ne sut