Tacite, ylww., xv, 5». — Su et., Nér
La conspiration comprit un trop grand nombre de m(Miibres el traîna en longueur. Pendant qu'on délibérait sur le jour et le lieu de la mort de Néron, le zèle d'une remme qui voulut gagner le chef de la flotte stationnée à Haios faillit d'ahord tout perdre. Mise :i la torture, celleci racheta son imprudence par un courage viril. Pison relarda encore les choses en refusant de prêter une des majjîons de campagnes dans laquelle il recevait quelquefois l'empereur, à l'exécution du complot. Il prétexta les saintes lois de l'hospitalité ; en réalité il craignait, en agissant loin de Rome, que les stoïciens et Cassius, maîtres du terrain, ne poussassent à l'empire un Silanus formé sous leur discipline. L'exécution fut fixée enfin aux fêtes de Gérés; Lateranus, profitant de la première sortie de Néron, devait le renverser en se précipitant à ses genoux, Scœvinus porterait le premier coup. Mais un affranchi de Scœvinus, témoin la veille des préparatifs de son maître, devina et dénonça tout.
Mis à la question, Scœvinus nia d'abord; mais d'autres conspirateurs, qu'on avait vus hanter sa maison, parlèrent et nommèrent leurs complices. On vit bientôt les soldats de Néron, fouillant les maisons de Rome et des
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les siens. La mort frappa dès lors partout sur les conjurés, qui se livrèrent les uns après les autres. Lateranus mourut avec la constance de sa secle; Scœvinus, Afranius, mollement; Fennius, les tribuns et les centurions, l'injure à la bouche, et Lucain en poëte* répétant les vers qu'il avait mis dans la bouche d'un soldat qui voit sa vie s'écouler par ses blessures. La ville se remplit de funérailles et le Capitole de victimes ^
Interrompue d'une façon aussi sanglante, la royauté d'Épicure ne put reprendre ses droits. Vainement Néron, aux jeux quinquennaux, monta sur le théâtre, précédé du préfet qui portait sa harpe et du consul qui annonçait ses rôles; vainement, entouré de ses amis, soutenu de ses soldats, prodigua-t-il ses talents dans la tragédie, le mime et le chant. La sueur au front, il ne ramassa plus que quelques maigres couronnes d'une main trem])lante. Le peuple le renvoya tout bas au rôle «d'Oresle, assassin de sa mère, d'OEdipe aveugle et d'Hercule furieux. » Les soldats étaient obligés de surveiller d'un œil jaloux l'activité et Fà-propos des augustans; ils se prenaient de querelle avec les lièdes, menaçaient de mort les dormeurs comme Vespasien, et retenaient dilflcilement les citoyens qui s'échappaient par-dessus les murailles au risque de g'estropier. Néron un jour rentra chez lui mécontent; il rencontra Poppée qui, sur le point d'être mère encore, trouva qu'il revenait bien tard : d'un coup brutal il provoqua un avortement qui détermina sa mort et son apothéose*. Mécontent de tous et de lui-môme, Néron, tout à la crainte et à la vengeance, frappa alors indistinctement, par caprice autant que par politique ou par avarice. Les délateurs, voyant le moment venu^ se déchat-
i. Tacite, Arm,, xv, 56-66.
%m Id., ibid., \v\f 4, 5.