‹ Les empereurs romainsChapitre 34 sur 73 · ALBA · texte numérisé non relu

ALBA

épargnaient ceux que Galba voulait pnnîr, punl?sn'ent ceux qu'il voulfiit gracier, et vepdaient à beaux deniers comptant les charges qu'il destinait aux plus dignes. Le premier écho du mécontentement éclata à l'extrémité de Tempire, au milieu des légions de Germanie.

L'armée de Germanie, qui avait manqué l'occasion de réer un empereur, venait de prêter serment à Galba, en laugrcant, quand on lui envoya à souhait dansYilellius un candidat tout fait. Dés son arrivée, celui-ci rendit aux légions les tribuns et les centurions qu'elles aimaient, leva les punitions, raja les notes d'infamie, se mit à frayer débonnairement, à plaisanler et à boire avec les chefs et môme avec les soldats. Au-dessous de lui étaient deux lieutenants, Cécina et Valens, tous deux capables de risquer un coup. F^armée du haut Rhin, commandée par Valens, lit le premier pas au nouvel an, en ]U'êtant serment au sénat et au peuple romain, comme l>our les inviter à faire un autre choix. Cécina acheva le mouvement dans l'armée du bas Rhin. A sa tôte, il alla prendre Vilellius à Cologne avec quelques soldats et le proclama César *.

Galba, en honnête homme, comprit qu'il fallait en appeler des armes à la loge, si l'on ne voulait précipiter l'empire dans les derniers malheurs. Empereur des soldats, il voulut arracher aux soldats la disposition de l'empire. Il cherchait depuis longtemps un successeur auquel il pût, de son vivant, assurer le pouvoir. Son choix se fixa enfin sur l'un des personnages les plus honorables du patriciat romain, C. Pison, frère de celui qui était mort sous-les coups de Néroii. Il le présenta comme son fils adoptif, au camp des prétoriens, au sénat, au peuple, c II aurait pu choisir son successeur dans sa famille; il

i. Tacile, Hist,, 1-9,.

OTHOTI.

Tons donx élaîcnl perdus de délies et de débauchr,! cette différence près qu'Olhon donnail au libertinage ce que Vitellias donnait à la gloutonnerie. Ils s'estimaient Tun Tautre à leur jiste valeur. Ils échangèrent d'abord des lettres dans lesquelles ils s'offrii'ent des millions pou? satisfaire leurs passions, puis des manifestes où ils dénoncèrent leurs vices. Enfin ils envoyèrent l'un contre lautre des assassins qui ne réussirent point ^

A vrai dire, ni Vitellius ni Othon n'étaient maîtres de leur personne, ils appartenaient à leurs soldats. Cécina, tribun de haute taille et d'humeur fanfaronne, à la tète de l'armée du haut Rhin; Yalens, plus âgé et plus âpre au gain, h la tète de l'armée du bas Rhin, partirent avant Vitellius. Ils travei-sèrent l'Helvélie et la Gaule, rançonnant les villes et pillant la contrée, et arrivèrent ainsi, Tun aux Alpes Pennioes, dans les gorges du Simplon. Tautre aux Alpes Cottiennes, vers les cols du mont Oui:?. A Rome, Othon, poui se faire accepter, faisait la cour à tout le monde; il pi*odiguait les magistratures, les provinces aux sénateurs et les congés, l'argent et les iir.ide> aux prétorien-. Les prétoriens surveillaient cepen* liant hMir empereur d'un œil j-Joux. Ils le laissaient ap-

OTHON. m

larmes et objurgations ^ eut beaucoup de peine à calmer l'amour jaloux de ses mattres ^

Cependant, à la nouvelle que leurs ennemis communs franchissaient les Alpes, Olhon se prépara avec l'armée prétorienne à la défense de leur commune propriété. Il composa, de gladiateurs et d'esclaves, deux légions dites Italiques, et envoya Tordre à celles de Tlllyrie, de la Mœsie et du Danube, qui lui étaient restées fidèles, de franchir les Alpes. Donnant enfin l'exemple lui-même, il arriva bientôt, tout couvert de la poussière de la route Flaminienne, sur les rives du Pô, qui séparait seul maintenant les Otlioniens et les Vitelliens.

L'armée d'Othon^ formée de beaux hommes et bien équipés, prétoriens, gladiateurs, légionnaires italiques, œnnaissait moins les campagnes que les garnisons, et les batailles que les jeux. Elle avait plus de rouerie que d^habitude militaire. Pleins de confiance en eux, les soldats se croyaient fous autant de capitaines; ils discu- (aient lemérite, le plan de campagne de leurs généraux, les meilleurs cependant de Tempire : Suetonius PauUinus, Annius Gallus, Celsus, dans lesquels ils voyaient autant de traîtres. Repoussés dans les premières escarmouches, ils rejetèrent la faute sur ceux-ci et ne voulurent plus être commandés que par Olhon, par son frère Titianus ou par le préfet du prétoire, Proculus. L'armée vileliiennc, composée de légionnaires et d'auxiliaires bataves, assez pauvrement équipés mais accoutumés aux combats, avait aussi mené ses deux généraux Cécina et Valens plutôt qu'elle ne les avait suivis ; mais elle les aimait et avait confiance en eux. Valens, une fois, fut obligé de se cacher tout un jour pour échapper à Ja fureur des siens. Mais un jour de bataille, il avait ses soldats dans la main.

t. Tacite» Hist, i, 51-68.

IS4 OTHOIf.

Entre ces deux armées se partagèrent les provinces et les légions du reste de Teinpire : rOrienl en général pour Ollion ; rOccidenl pour Vilellius.

Les Olhoniens elles Yitelliens se heurtèrent dans l'an* glc formé par le rapprochement de TAdigeet du Pô, entre Vérone et Crémone, près du village de Bédriac qui a donné son nom à la bataille. Les Olhoniens étaient adossés au Pô et à Crémone; leurs adversaires s'étendaient du lac de Garde aux rives du fleuve. Il y avait de Thésitation parmi les généraux, sinon parmi les soldats d'Othon. An* nins Gallus, Suelonius, les pins habiles, voulaient attendre l'an ivée des légions du Danube et de l'Hlyrie, dont r.ivant-garde seule était présente. Ayant derrière eux ritalio, bien pourvus de vivres, ils comptaient sur la disiMle pour vaincre les Vitelliens, qui avaient laissé en roule une partie de leurs chariols, et sur le climat pour (léeimer les auxiliaires. Mais leurs soldats, qui avaient grande confiance en eux-mêmes, étaient pressés de retourner aux douceurs et aux plaisirs de la garnison ilalicDue. Oihon, digne compagnon de Néron, était lui-môme prej=sé d'en finir. 11 voulait jouir de l'empire. Décidé à lon!er la fortune, il commit la faute de ne pas tout risquer.

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