‹ Les empereurs romainsChapitre 35 sur 73 · OTHON. IIS · texte numérisé non relu

OTHON. IIS

versaircs; deux Vitelliens se glissèrent sons leurs boucliers jusqa'à cet engin meurtrier et en coupèrent les courroies. Deux légions seules, qui se cherchaient, parvinrent à trouver une plaine assez vaste où elles purent se mesurer à Taise. C'étaient la rapax et Yadjutrix^ comme nous dirions la pillarde et la rescoussse. La seconde, qui appartenait à Tannée othonienne et faisait ses premières armes, donna d'un tel élan qu'elle culbuta la première et saisit ses aigles; mais les f^i/Zar^f^, se reformant bientôt, revinrent à la charge sur la rescousse en désordre et épuisée par ce grand effort. Dans le môme moment, les auxiliaires germains, presque nus, armés de longues lances, venaient à bout des gladiateurs, dont ils convoitaient les belles et bonnes armures. Tout se mit à fuir du côté des Othoniens ; mais leurs bagages encombraient la route; les Vitelliens en firent un si grand carnage, qu'il y eut au dire de témoins oculaires des cadavres entassés jusqu'à hauteur d'homme. Les généraux peuvent arrêter les massacres inutiles; les soldats, quand ils se battent entre eux, poussent la victoire jusqu'au bout*.

Menacés le lendemain dans leur camp, les généraux othoniens traitèrent avec Vaiens et Cécina, et décidèrent leurs soldats, tristes et mornes, à hîur obéir. A Brixelles, ceux qu'Othon avait réservés ne voulaient point entendre parler de se rendre. Les légions attendues d'Illyrie allaient arriver, rien n'était encore perdu. Mais Olhoa crut le moment venu de mourir. Ses soldats pénétrèrent dans sa tente, le conjurèrent de combattre encore; Tua d'eux se tua devant lui pour lui prouver que tous étaient décidés à mourir, c II vaut mieux, dit Othon, qu'un seul meure pour tous, que tous pour un seul. » Le soir, il fit ses adieux à ses amis, à ses parents, les recommanda à

Taceit.^ Bi8t.\^ ^^ 1-iV — ?lut., Othor^,

iS^ TlTELLItS.

VitelHus, brûla les lettres compromeltantes qu'on pouvait trouver dans ses bagages, et donna tranquillement encore un dernier sommeil à la nature^ à la vie. Le lendemain on le trouva percé de son ëpée,sur laquelle il s'était précipité. 11 avait pris soin de faire éloigner son affranchi afin que les soldats, furieux, ne sen prissent point à lui. Plusieurs d'entre eux se tuèi*ent également sur sa tombe*. Ces sacrifices fails moins à ce César de rencontre qu'au Voint d'honneur militaire, donnèrent à sa hn le spécieux somhlant des grandes causes perdues.

VlTKLLlUS.

L*heureux Vitellius, couronné de fleurs, vint, au milieu de banquets somplacnx, prendre la tête de l'armée vicloriousc; armée de soixante mille hommes, avide et affamée comme son maître, suivie de valets plus nombreux encore et plus exigeants. Après s'être repu à Bédriac d'un repas qu'il trouva de son goût, le vainqueur donna h cette cohue l'Italie à dévorer. Anivé devant Rome, Vitellius voulait y entiTr en soldat, avec le manteau militaire, l'épée et le bouclier ^ On eut beaucoup de lui f:nro rûvvtir i:i i'rt!-to\îe, h i'Oiu'riri\ h

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dans les maisons, dans les palais, pour y chercher des ennemis ou y trouver à leur guise la table et le logement. Ce gouvernement, qui dura peu, fut à Tavenant. La gloulonnerie était le vice particulier de Vitellius. Eu quelques mois, au dire de Tacite*, il mangea littérale-^ ment neuf cents millions de sesterces. Recommençant, à un degré inférieur, le régime de Néron, il releva ses statues, fit redire à table les chansons applaudies par lui, rappela de ce règne les esclaves, les bouffons, tous les agenis des plaisirs et de la corruption romaine. Si Vitellius fit par hasard quelque acte sérieux, ce fut à contretemps; car lui et les siens ignoraient complètement les usages civils et religieux. Cependant Valons et Cécina, sous les brutales sorties de leur maître, se disputaient pour leurs créatures la disposition des places et des emplois. L'aimée les préoccupait surtout. Les anciennes gardes prétoriennes licenciées, les légions d'Othon dis- . persées, il fallait reconstituer le prétoire etTaimée. Il y .avait urgence. Les vainqueurs de Bédriac, campant dans les lieux les plus malsains du Vatican, succombaient au mauvais air et plus encore aux effroyables pièges de la corruption de Rome. On forma seize cohortes du prétoire, quatre de la ville; on remit sur pied les légions; mais ce fut moins une réorganisation militaire que la constitution du désordre. Chacun prenait le service qui lui convenait ; les cohortes prétoriennes se formaient de ce qu'il y avait de pire parmi les gens de guerre; les grades de centurions, de tribuns, étaient donnés aux plus dévoués et aux plus tarés. La ville, le gouvernement, Tarmée étaient en proie au brigandage, quand on apprit que les légions de Syrie, à leur tour, avaient élu empereur leur général, Vespasien *.

i. Tacite, HisL, u, 85-92. — Suet., Vitell., 11-13. — Dion,.LXT, S.

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VITELLIUS

Ce fut l*occnsion d'une nouvelle guerre semblable h la première. Vilellius, pour se défendre, hâta ses enrôlemenls dans Rome, promeltanl le 'congé et les récompenses des vétérans aux vainqueurs; il envoya des ordres aux légions éloignées des Gaules, de Bretagne» d'Afrique, et fit partir Cécina avec ce qu'il y avait dô prêt, en attendant que Valens le suivît avec le reste. Vespasien était loin; mais le dévouement des soldats abrégea la distance. Les légions du Danube, d'Illyrie, de Mœsie, dont les avant-gardes avaient été battues par les Yitelliensâ Bédriac, étaient revenues mécontentes dans leur campement. A la nouvelle de l'élection de Vespasien par les légions de Syrie, un certain Antonius, tribun, homme hardi en paroles et en actions, pillard et prodigue, détestable citoyen, bon soldat, entraîna les légions illyriennes contre Vitellius. t Dans la guerre civile, leur dit-il, la promptitude est la première condition du succès. Les soldats n'ont-ils pas, d'ailleurs, à laver la honte do leui^s avant-gardes? les légions syriennes ont choisi rompereur; eh bien! celles d'illyrie le mèneront à Rome. » En vain Vespasien écrivit du fond de l'Orient

Aiitoiiin> lAïur l'^inéiiM-. Ci'tui-ci arriva bientôt sur k

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sa part, las de Vltellius, traitait sous main avec Antoniiis, Un jour il rassembla sur la place d'armes les centurions, les tribuns, quel(|ues solilals, et leur fit prôter serment à Vespasien. Mais, après un premier moment de surprise, les légions de Cécina entrèrent en pleine révolte, jelôrcnt celui-ci dans les fers et mirent un simple préfet du camp à leur tôte pour livrer bataille. Elles ne voulaient point subir la loi des légions qu'elles avaient vaincues sur le même champ de bataille. Elles aimaient mieux combattre et mourir! Les champs de Bédriac virent une seconde mêlée, et plus terrible que la première; la fureur du soldat la fit durer deux jours et une nuit.

Entraîné par les siens, Antonius engagea le combat après une assez longue marche, sans attendre môme toutes ses divisions. La première journée s'en ressentit. Il fut obligé de percer de sa main un porte-étendard qui fuyait Après avoir repris le dessus vers le soir, les soldats d'Antonius voulaient marcher de suite contre le camp de Vérone, parce que leurs renforts étaient arrivés. Antonius venait de les décider à attendre jusqu'au lendemain quand les Vilelliens eux-mêmes, ranimés par l'arrivée de nouvelles légions, revinrent à la charge malgré la nuit qui tombait. Le combat reprit dans l'ombre croissante; la fureur s'augmenta avec le nombre des combattants. Ce fut une affeuse mêlée, sans ordre ; on combattit corps à corps presque sans se voir, au risque de nombreuses méprises et avec de singuliers répits. Quand les nuages dérobaient complètement aux combattants la clarté de la lune, ils s'appelaient de l'un à l'autre parti, cherchantà se débaucher aux noms de Yitellius et de Vespasien. Quelquefois desVitelliens et des Antoniens se trouvaient côte à côte dans les ténèbres; ils s'entretenaient alors amicalement, échangeaient leurs provisions de bouche, le pain et le vin, Peux (l'entre eux firent une libation funèbre

VITELLIUS

€ aux dieux Vespasien et Vitellius qui les avaient invités à ce banquet de la mort. » La lune, en perçant de nouveau les nuages, ranima leur fureur. Vers la fin de la nuit, la lune se trouvant, à son déclin, en face des Vilelliens, trompa leurs coups en grandissant les ombres des Antoiiicns, et les désigna eux-mêmes trop clairement à leurs adversaires. Ils commencèrent à faiblir. Les Antonlens saluèrent le soleil levant en même temps que leur victoire. Les Vitel liens étaient en fuite. En poui^suivant l'ennemi en déroute, les vainqueurs arrivèrent devant le camp de Crémone, où les Vitellicns s'étaient réfugiés. Antonius ne put encore arrêter les vainqueurs devant cesreiranchements. Dès qu'ils eurent les claies, les échelles, ils construisirent les galeries, et minèrent le$i reUanclieraenls ; après vingt-quatre heures de combat, comme s'ils n'eussent encore rien fait, ils formèrent avec leurs boucliers la redoutable tortue, et permirent ainsi aux plus hardis de s'élancer l'épôe à la main. Les traits partis des remparls criblèrent les téméraires; d'énormes pierres, des machines défoncèrent la tortue de boucliers, écrasèrent ceux qui étaient dessous. LesAntonicns reculèrent. Leur chef cette fois ne voulut pas céder. Il

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et délivrèrent Cécîna pour qu'il leur servît d'intermédiaire auprès d'Antonius. Personne ne stipula pour la malheureuse Crémone ; maisons et gens furent livrés h la discrétion du soldat vainqueur, des valets et des vivandiers. Quand les Ântoniens eurent fait les habitants esclaves et fouillé les maisons, ils jetèrent des torches ('ins les décombres pour ensevelir dans Tincendie le souvenir de leurs violences et de leurs rapines *.

Vitellius à Rome chercha pendant quelque temps à cacher ces désastres. Mais on apprit bientôt que Valons s'était dérobé par la fuite à l'impossibilité de soutenir une cause perdue, et qu'Antonius, malgré l'hiver, se dirigeait à travers les Apennins sur Rome. Vitellius chercha alors à traiter par l'entremise du préfet de Rome, Sabinus, frère de Vespasien. Celui-ci, en offrant au vaincu une retraite honorable, obtint son abdication. Mais, le lendemain, comme Vitellius, en habits de deuil, sortait de son palais pour aller au sénat et de là au temple de la Concorde, déposer les insignes du pouvoir, les préloriens et la populace de Néron forcèrent leur empereur, bon gré mal gré, à retourner dans son palais. Ce fut l'occasion d'un combat dans Rome. En route, ces VilelUens entêtés rencontrèrent Sabinus et les siens. Ils les attaquèrent. Sabinus, avec quelques sénateurs, des chevaliers et des soldats, se jeta dans la forteresse du Capilole. Mais les furieux, pour les y forcer, mirent le feu à la porte qui donnait sur le forum. Les statues des dieux et des héros précipitées sur leurs têtes les firent reculer. Ils revinrent à la charge par les maisons qui, bâties comme en étage sur la roche Tarpéienne môme, arrivaient au niveau du temple et ils y mirent le feu. Cette fois Tincendie passa bientôt de la forteresse au temple de Jupiter. Au

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