‹ Les empereurs romainsChapitre 5 sur 73 · Dion Cassius, liv · texte numérisé non relu

Dion Cassius, liv

. 2. Voir ce que dit Pliae de VOrbis pictus, HxsL naU ui, t. 8. Kgb'^i'; ^i9t, (fÀug., p. 50,

tiques et civils respectés par le mattre. Seuls Ils sont exemptés du tribut, sinon de tous les impôts : pour eux seuls le droit de famille, le droit de propriété exislent avec tous les avantages romains qu'ils entiaîiient. Seuls ils remplissent les cadres des gardes prétoriennes. Les Latins et Italiens ne forment que les légions; les provinciaux remplissent les cohortes auxiliaires, de droit au moins,sinon en réalité. Les esclaves, aux yeux de tous, ne sont qu'une chose, un instrument, un meuble vivant. La domination romaine est bâtie sur le privilège; elle se maintient encore par la rivalilé des avantages sociaux dans l'asservissement commun.

Auguste maintint, ralTermit ou restaura môme ces inégalités politiques et civiles. Il éleva le cens exigible des sénateurs et de ceux qui briguaient les magistratures; il dispensa d'une main avare, et restreignit même le droit de cité; il tendit graduellement à amener les peuples alliés encore englobés dans l'empire 5 la condition de sujeis; il mit enfm un impôt sur les afl'rancbisscments. Ce qui achève le régime, c'est que l'empereur, héritier en cela des droits de la république de Rome, reste maître d'ôter, de .reprendre, d'étendre et de restreindre ces droits et privilèges, de sorte que la liberté, la propriété de tous les habitants de l'empire sont comme à sa discrétion. Il y a la paix, la sécurilè matérielle, non la sécurité morale. De là plus de tranquillité que de contentement, plus d'abondance que de prospérité; du luxe et du dénûment.

Jugez par l'Italie, la terre privilégiée, de la prospérité du reste de l'empire. L'aristocratie romaine, maîtresse de vastes domaines (latifundia) et de nombreux esclaves, étend abusivement ces larges pâturages qui sont la ruine de l'agriculture. Après le blé, l'huile, le peuple à Rome demande des distributions de vin, comme si, disait Auguste, Agrippa, en construisant son immense aqueduc, n'avait

point suffisamment pourvu à ce qu il ne souffrît point de la soif. Vainement Auguste essaya-t-il d'arrêter le dépérissement de ragriculture italienne en fondant vingt-quatre colonies avec privilèges, en limitant les congiaires, privilèges des citadins de Rome et de quelques autres villes. Le peuple romain n'était-il pas le maître des provinces, comme l'empereur l'élaitdes Romains? Le rude labeur des champs ne relint pas le soldat retraité, qui trouva bientôt moyen de vendre son lot pour retourner aux plaisirs frelatés de Rome. La Sicile, l'Egypte nourrissaient Tïtalie. Une émeute interdit à Auguste de partager en quatre termes par an la totalité des distributions annuelles. Le peuple ne voulut pas être coniraint à apprendre Téconomie. Le nombre des citoyens nourris par rÉlat, que César avait réduit à 150,000, remonta sous son héritier» malgré plusieurs épurations, à 200,000. Le monde était tributaire de Rome, de l'Italie. N'arriveront-elles pas à IV'puiser à son lour par leurs exigences, à le corrompre par leur exemple?

Le gouvernement d'Auguste a cependant un brillant vernis qui dissimule les imperfections du tableau. Ce valétudinaire à l'œil clairet pénétrant dont l'éclat fait baisser les regards, qui trouve du temps pour la guerre, pour les affaires, pour les plaisirs, pour les études, il plaît aux dieux, il désarme les grands, il gagne le peuple, il inspire les lettres. Jupiter le favorise en lui conservant longtemps, dans Agrippa et dans Mécène, deux ministres habiles chacun dans son genre: l'un, brave et rude, image de la république qui finit; l'autre, souple et fin, image de l'empire qui commence. Le peuple aime cel homme si heureux et si bien servi, tout en médisant de lui quelquefois. Si l'éloquence, chassée du torum, vient tristement finir dans les déclamations privées de Sénèque le père, l'histoire et la poésie glorifient ce règne et en font

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une grande époque littéraire. L'historien Tite-Live nous montre dans une narration majestueuse comment la bravoure romaine, les plans politiques du sénat, les victoires de ses armées, ont créé celte grande domination; il fait de l'histoire de la république comme le piédestal de la statue du fondateur de Tempire. Conspirant également avec les desseins du maître, Virgile s'efforce de raviver le respect des dieux* et de faire pénétrer à travers la corruption de l'époque un rayon des saines et fortes joies de Rome primitive. Son poëme national, com-^ plice de l'esprit du temps, unit dans un idéal merveilleux les destinées de Rome avec celles d'une famille, relie celte famille à celle des dieux et confond Tempire de la terre avec celui de l'Olympe. Il est vrai, la religion d'Horace est un peu de commande, quand sa poésie ne prend pas le vol de Pindare. Sa morale enseigne plutôt le vivre décemment que le bien vivre. Son absence d'ambition côtoie l'indifférence, et quand il recommande la modération dans les désirs, on sent qu'il incline à la médiocrité dans les efforts. La brillante imagination, la facile élégance d'Ovide, quand il poursuit les fugitives métamorphoses du polythéisme, quand il explique ou décrit le rituel des cérémonies religieuses et nationales, laissent voir également combien ces légendes sacrées et ces sentimenis traditionnels sont devenus jeux d'esprit ou pure affaire de forme; la vraie originalité du poëte est dans l'enseignement du plaisir dont il fut l'amant trop osé, et dans l'expression des chagrins dont il devint la triste proie. Ce sont encore là cependant les œuvres d'une civilisation dans sa fleur, et l'accent de grave mélancolie que respire parfois la poésie de Virgile peut seul alors en faire pressentir l'insufQsance.

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