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L'épreuve la plus délicate d'un gouvernement nonvean, c'est Ja transmission du pouvoir. Ce fut la préoccupation constante d'Auguste. La république existant en droit, l'empire était un pouvoir de fait qu'il fallait transmettre avec autant de précautions qu'on l'avait créé. Auguste avait, en dissimulant l'hérédité, à faire passer toutes les dignités et toute la puissance de la république à son héritier. Mais encore fallait-il que celui-ci fût d'âge et de liiérite à les exercer. Dans une monarchie ordinaire, la tradition, l'habitude, la constitution y suppléent. Ici, c'était de nécessité. Grande affaire qui pesa sur toute la vie de l'héritier de César I
Auguste, il faut le reconnaître, avait autant souci de la durée de son œuvre que de la fortune de sa famille. 11 avait à cœur d'élever les ^iens pour l'empire, comme de conserver l'empire pour les siens. Il avait les vertus de rhomme d'État et du père de famille. Les affaires lui laissèrent le temps de présider à l'éducation de ce qu'il avait de plus cher, enfants et petits-enfants, filles et petitesfilles, neveux et beaux-fils. A part une trop grande faiblesse pour sa fille Julie, il garda, en vrai chef de famille romain, la plénitude de l'autorité paternelle sur ceux qui étaient -siens, ne tenant compte, dans la disposition de leur sort, que de l'intérêt de l'État qui se confondait avec celui de sa famille. Ce fut à élever un héritier digne de soutenir et de continuer son œuvre qu'il appliqua tous ses soins. Là était la condition de la durée de l'empire. C'est ce qui donne à la fin du règne d'Auguste le caractère d'un drame de famille.
Augusle, n'ayant point de fils, avait d'abord fait reposer toutes ses espérances et celles du peuple romain, sur la tête du fils de sa sœur Octavie, Marcellus. Il l'avait marié à la fille qu'il avait eue de sa première femme, Scribonia, la célèbre Julie, pour laquelle il avait une
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affection particulière. Marcellus grandfssaît pour les magistratures, espoir môme, on ne sait pourquoi, des républicains de Rome, quand il mourut dans la Ileur de lïige, pleuré, célébré par Virgile, qui assura rimmorialilé à ce jeune homme qui n'avait presque pas vécu. Auguste disposa de sa veuve, sa fille Julie, toujours en son pouvoir, en la donnant à Agrippa, son fidèle ministre, qu'il fallait bien attacher à l'empire par quelque lien puissant pour l'intéresser aussi à sa conservation . Julie, belle, spirituelle, ornée de plus de talents qu'il ne convenait à une matrone, folle surtout de disposer librement d'elle-même, ne goûtait point ce serviteur utile, mais de rudes manières. Contre son habitude elle n'obtint rien là-dessus de son père. Elle fut sacrifiée à l'orgueil de race, à la raison d'Étal. Auguste ne voulait point pour héritiers des fils de sa seconde femme Livie, Tibère el Drusus; ils n'étaient point siens. Julie, mariée en secondes noces, donna à Agrippa, c'est-à-dire à Auguste, au chef de famille, Caïus et Lucius. Auguste reporta sur eux toutes ses affections, toutes ses espérances. Agrippa parut, en effet, digne alors d'être associé à la puissance Iribunitienne, c'est-à-dire presque à l'empire. xMais Agrippa mourut, laissant à l'empereur, privé de son bras droit, deux petits-fils en bas âge et bientôt un troisième, Agrippa Posthumus. Faibles ressources qu'un vieillard affaibli et des enfants pour porter un si lourd fardeau! Cédant aux premiers moments de crainte et aux instances de sa femme Livie, Auguste donna sa fille Julie, pour la seconde fois veuve,à Tibère,homme fait qui avait déjn rendu de grands services à la république, et qui répudia Vipsania pour la recevoir. Ce mariage satisfaisait aux réclamations du sang et aux exigences du salut public. Julie et Tibère cédèrent d'assez mauvaise grâce. Mais cette union, bientôt inféconde, au lieu de tout raffermir faillit tout compromettre.
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Aagoste craignit bientôt ponr les petits-fils de son sang l'âge, l'expérience, la réputation, l'ambition sans doute de Tibère. Il les éle?a, les poussa dans la faveur du peupie romain avec un soin scrupuleux. Il leur fil revêtir avant Tâge la robe prétexte, les premières magistratures, en prenant garde qu'ils ne s'en enorgueillissent. En même temps, pour ne point faire ombrage à son gendre, il l'associa à la puissance tribunilienne, mais avec une mission en Asie. Il chercha à maintenir un équilibre difiicile entre les droits du sang et ceux de Texpérience. Mais l'habile Tibère s'effaça devant la fortune de ses beaux-fils, Caïus et Lucius. Il demanda à vivre en simple particulier à Rhodes, dans une sorte d'exil, consentant à y être surveillé, pour qu'on fût bien sûr qu'il ne tramât rien contre l'avenir des descendants légitimes de César. C'est au milieu de cette douloureuse préparation de l'hérilier de l'empire quarrivèrent tout à coup aux oreilles du souverain, du père, le bruit des débordements qu'il avait ignorés longtemps, que tout Rome connaissait. Les vices qu'il poursuivait, ils étaient dans sa famille, dont la moralité importait maintenant à TÉtat; ils souillaient sa fille, sa petite-fille. Le fondateur de l'empire, fidèle alors à son rôle, se conduisit en père de famille, en magistrat de l'ancienne Rome. Les premiers Romains de la république avaient eu à sévir contre leurs fils, pour d'autres crimes. Auguste, dont la vieillesse n'était pas non plus toujours pure, dénonça au sénat le crime privé, public, et demanda un exemple d'autant plus sévère que les coupables étaient plus haut placés. Les deux Julies, sa fille et sa petite-fille, furent successivement envoyées en exil; leurs complices condamnés à mort ou à l'exil. Le père de famille se sentit frappé dans ce qu'il avait de plus cher, le souverain au cœur même de son œuvre. En proie à une douleur poignante, il se déroba quelque temps aux regards des
itoTumes. Quand les Romains lui demandèrent grâce pour ses enfants, il leur souhaita dans son ressentiment des femmes et des filles semblables; et le restaurateur de la famille en fut réduit à répéter ce vers :
Heureux qui vit sans femme et qui meurt sans enfants^!
La fortune n'épargna point, dans ses dernières années ce vieillard jusque-là si heureux. Les fils de cetle Julie, qu'il avait punie si sévèrement après l'avoir tant aimée, moururent dans la môme année, Tun en Asie, l'autre en Gaule, non sans exciter des soupçons peu justifiables cependant contre Livie, alors à Rome. Auguste n'avait plus pour héritier de son sang que cet Agrippa Posthumus auquel son incapacité, son caractère farouche, valurent bientôt un exil à Pandataria. II ne pouvait espérer de consolider son œuvre qu'en la confiant à rexpérience, à la maturité, à la réputation de ce gendre qu'il avait soupçonné, puis éloigné du trône. Ce pouvoir fondé par une fiction, il le transmit donc par une fiction nouvelle : l'adoption. Auguste rappela Tibère ; il lui conféra une seconde fois la puissance tribuni tienne, l'introduisit dans sa famille en l'adoptant, et ne trouva de satisfaction de cœur à ce sacrifice qu'en lui faisant adopter à son tour son neveu Germanicus, époux d'une princesse du sang, Agrippine, fille de Julie.
La vie d'Auguste s'acheva alors comme se terminent souvent les longs, et môme les grands règnes, entre la fatigue et le dégoût. Ses deux fidèles serviteurs, Agrippa et Mécène, étaient morts depuis longtemps. L'un après l'autre, les plus brillants astres de la littérature du règne, Horace, Virgile, Tibulle, avaient disparu de l'horizon; et le plus jeune de celte génération de poètes, compromis