‹ Les empereurs romainsChapitre 59 sur 73 · trop., IX» 16. — Vop.» Cartitt · texte numérisé non relu

trop., IX» 16. — Vop.» Cartitt

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le vieillard pouvait contempler la baie, qui, fermée par une île, ressemblait à un petit lac, et au delà, par un beau temps, au-dessus du miroir de l'Adriatique, les côtes bleuâtres de l'Italie qui se dégageaient des brumes de Thorizon. Ni le rempart des Alpes dinariques, ni celui de la mer ne purent garantir le vieux souverain du contrecoup des événements qui agitèrent TOrient et l'Occident après son abdication. Galérius mort, il ne put protéger sa fille Valeria et sa femme Prisca. Licinius les fit mettre à mort. Lui-même, il reçut enfin de Licinius et de Constantin des lettres menaçantes qui l'accusaient de vouloir reprendre le pouvoir ; et sa mort fut peut-être bâtée tout au moins par le chagrin. Avec ce Jupiter terrestre de l'Empire mourut le dernier césar réellement païen, et celui sous lequel le paganisme fut convaincu d'impuissance. Quand le voyageur visite aujourd'hui les rives où finit Dioclétien, il ne trouve que des ruines à la place où fut Salone. A quelque distance, sur l'emplacement du palais de Dioclétien, une ville nouvelle, Spalatro, a remplacé l'ancienne. Au milieu de cette ville de moyenne importance, une porte s'élève devant le marché, c'est la Porte dorée du vieux palais; une

Paganisme et Ghristianlsma

Après l'abdication de Dioclétien, Galérios, pins jenne et pins hardi, moins effrayé d'nn conflit entre le christianisme et le paganisme, païen d'ailleurs plus convamcn et moins éclairé, espérait sauver l'œuvré politique de Dioclétien par la violence, la tétrarchie par la persécution. Pour y réussir, il avait poussé au pouvoir deux de ses créatures, païens décidés et personnages dévoués à sa personne : Sévère, qu'il avait fait de rien césar, et Maximin Daza, son neveu, qui lui devait également tout. L'empereur auguste de la Gaule, Constance Chlore, protecteur des chrétiens, pouvait» il est vrai,*gêner ces projets. Mais Galérius, plus jeune, espérait bien lui survivre; et, pour remplacer Constance, il avait en réserve un autre lui-même, un sien compagnon d'armes, Licinius, avec lequel il espérait compléter une tétrarchie toute païenne, selon soQ cœur et selon le vœu du philosophe Hiéroclës.

Tels étaient les projets de Galérius ; la persécution qa'il continuait ou faisait continuer par ses deux césars

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dans la partie du monde qu'ils gouvernaiéiit, montrait assez ce qu'on pouvait attendre de lui, quand un jeune homme vint tout déjouer et tenter de rétablir au contraire Tunitë de TEmpire, en frappant le polythéisme, et de renverser la tétrarcbie de Dioclétien, en établissant le culte d'un seul Dieu.

L'augaste des Gaules, Constance Chlore, sentait sa fin approcher; il ne cessait de presser son collègue, Galérius, de lui renvoyer son fils Constantin, qui servait dans ses armées. Par une crainte instinctive de ce jeune homme, aimé de toute Tarmée pour sa bravoure, Galérius hésitait, retardait, tant qu'il pouvait, le départ du fils de Constance. A bout de prétextes, enfin, il lui remit le passe-port delà poste publique, en lui reqommaadaut d'attendre jusqu'au lendemain ses derniers ordres. Constantin partit immédiatement et fit couper aux jarrets les chevaux disposés aùi relah publics, avec lesquels Galérius dfeappoiaté aurait pu le faire poursuivre. Arrivé avec une célérité ln« croyable en Gaule, il y ftal reçu avec enthousiasme pw tout le monde. Fils d'Hélène, unie à Constance Ghlon par un mariage inférieur, Constantin était alors dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté. Il était d'une

CONSTAlITIll. Ify

demandait s'il ne laisserait point k cet héritier digne de lai, la puissance qu'il avait si bien exercée, quand les sol* date d'Occident, en dépit des projets de Galérius, proclamèrent le nouveau venu empereur et auguste. Constance put mourir content, après avoir recommandé k rheureux fils d'Hélène les fils et les filles de sa se* conde femme. Ce choix était une dérogation k l'ordre établi, en vertu duquel l'élection allait de haut en bas, et non plus de bas en haut Galérius voulut d'à* bord jeter au feu le messager qui lui apporta cette nonvelie; il se ravisa cependant et se contenta de mettre Constantin k soQ rang dans la constitution, en lui donnant seu* lement le titre de césar, et en assignant celui d'auguste k sa créature. Sévère, qui résidait d'ailleurs en Italie. Cens* tantin se déclara satisfait. Il avait la patience qui sait a^ tendre et la résolution qui, au moment opportun, sait saisira

L'avènement de Constantin était un échec pour la politique de Galérius. De nouveaux événements en Italie menacèrent de faire crouler tout k fait son savant échafaudage. Le succès du fils de Constance avait éveillé l'ambition du fils de Haximien, retiré assez mécontent dans le midi de l'Italie. Haxence, k son tour, travailla les troupes de Rome, en leur promettant de leur rendre les privilèges prétoriens; il se fit proclamer césar par elles, et appela k son secours l'expérience de son père, tf aximien Hercule* Le vieil empereur marcha contre Sévère, qui était k Milan, lui débaucha ses troupes, autrefois les siennes, l'assiégea dans Ravenne, l'y prit et lui envoya Tordre de se tuer. Mais, k l'approche de Galérius lui-même, il crut devoir rechercher Talliance de Constantin, et lui offrit pour gage sa propre fille, alors dans tout Téclat de sa

i. I«lf^,x« -^fltWy^» 40si 41. — Z«MT«« VU -^ fnn, V«l.|

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beauté, avec le titre d'auguste. Constantin oublia Minervina, dont il avait déjà un ais, Priscus, prit la Qlle de Maximien, et accepta le titre d'auguste; mais il ne secouru* qu'en secret son beau-père. Avec cet appui moral, Maximien-Hercule et Haxence faillirent débaucher l'armée de Galérius, qui s'enfuit en Gaule. Fidèle à sa politique réservée, Constantiu laissa échapper celui-ci et lui fournit les moyens de retourner en Orient, où, pour se consoler, il donna du moins à son favori» Licinius, le titre d'auguste, avec le gouvernement de la Thrace et de l'Illyrie. Tous les événements semblaient travailler pour Constantin. Le vieux Maximien Hercule, chassé à son tour de Rome et de l'Italie par son fils> à qui ii voulait reprendre le titre d'auguste, arriva également en Gaule, auprès de son gendre. Constantin accorda à son beau-pére le titre d'auguste et tous les honneurs impériaux, mais sans vouloir le rétablir. Furieux, le vieil empereur tenta encore de débaucher les troupes de Constantin alors sur le Rbin, et fut pardonné. Mais, une seconde fois, fou d'ambition, ce vieillard conjura sa fille Fausta de le laisser pénétrer dans ses appartements pour mettre Constantin à mort, lui promettant une plus haute fortune et un meilleur man.

CONStAfTTÏN. 4^9

fhîe. L'Empire avait alors cinq empereurs égaux en degré et en puissance, prêts h se déciiirer, et menacés chacun chez eux. Galcrius voyait, en effet, son neveu Maximin Daza, méconlent delà fortune de Licinius, révolté en Asie; et Maxence, resté maître de rilalie, voyait un Alexandre usurper le titre d'empereur en Afrique. Galérius, vieux et affaibli, confessa lui-même son impuissance. Accablé, sur ses derniers jours, par les souffrances d'une affreuse maladie, par les terreurs de la mort prochaine, sinon par le repentir, il rendit, en 211, un édit qui fit cesser la persécution. Prenant tout le monde à témoin, dans ce célèbre édit, qu'il c n'avait cherché, par la persécution, qu'à défendre les institutions anciennes de la patrie menacée par les novateurs, il s'accusa d'avoir mérité peut-être la colère des dieux, en condamnant, par la fermeture des églises et les tourments, un grand nombre de ses sujets à n'avoir point de culte; puisque les chrétiens persistaient à s'éloigner des croyances anciennes, il leur donna la liberté d'adorer leur Dieu à leur manière, et exprima môme l'espoir qu'ils prieraient pour le réta-r blissemcnt de sa santé en même temps que pour le salut de l'Empire et pour leur propre salut *. •

La mort de Galérius mit la situation à nu et fit éclater l'incompatibilité des quatre empereurs qui reslaient et l'impossibilité de la tétrarchie. Sortis d'une origine bien différente, au lieu d'être, comme leurs prédécesseurs, le produit d'une création unique, les quatre empereurs se croyaient tous égaux en droits et prenaient le titre d'auguste; point de degrés, point de hiérarchie entre eux. Maxence en Italie, et Maximin Daza

i. Vict., i<>7., 40. — Lact., Mort, Pers., 31-35. — Eus., HisL eccK, Yiii, 16, 17. J'ai dû être heureux, pour traiter celle dernière partie de mon sujet, d'avoir souvent sous les yeux le récent livre de M. de Broglie : r Empire romain et l'Église au quatrième siècle*

en Asie, prétendaient ne point reconnaître la supério« rite que Constantin et Licinius, leurs atnës en âge ou en date, prétendaient exercer sur eux. L'anarchie morale était encore plus grande entre les tétrarques, et ce fut là surtout ce qui les mit aux prises.

Constantin, dès son avènement, avait pratiqué en Gaule, et môme plus hardiment, la tolérance inaugurée par son père Constance Chlore. On l'avait vu, à la fois, rouvrir les églises et sacrifier, avant de se mettre à la tète des armées, à ApoUon-Mithra, objet particulier de son culte. Bien que Constantin ne pratiquât que la même sorte d'éclectisme que son père, en fait de religion, les chrétiens pouvaient cependant attendre de lui la tolérance et espérer mémo quelque chose de plus. Esprit grossièrement sceptique, ennemi des lettrés et des philosophas, cependant bon soldat et protecteur du petit peuple au demeurant, politique avant tout, indifférent en religion, Licinius exerçait également la tolérance, mais plutôt comme un dernier legs de Galèrius que par esprit de justice. Au contraire, Maxence, empereur de Rome, élevé par la réaction de l'esprit romain et païen de l'Italie; Maximin Daza, vrai neveu de Galèrius persécuteur, et longtemps administra-

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patriote et païen. Ln véritable empereur des anciens temps, il ne se faisait pas faute de déployer la tyrannie et les débauches d'un Néron, et de donner tonle licence aux soldats; mais il avait toujours à la bouche les noms sacrés du sénat et du peuple romain. \\ reconsti« tuait les prétoriens détruits par Dioclétien. Pour exalter l'orteil et le fanatisme de Rome qu'il habitait, il se prétendait seul empereur. Fier bientôt d'avoir renversé Pusurpatenr d'Afrique,^ Alexandre, il annonça le dessein de ramener les autres empereurs au simple rôle de lieutenants ; il commença par abattre les statues de Gonstactin. C'était déclarer la guerre. Pour en augurer Tissue, il consulta les livres sibyllins, qui lui répondirent d'une façon assez ambiguë « queTennemi de Rome périrait dans la lutte. > Mais il avait, avec les troupes tirées d'Italie et d'Afrique, cent soixante niille hommes, tl se crut sûr du succès, et réso* lut d'aller chercher son adversaire en Gaule.

Constantin, en rassemblant ses légions de Bretagne et de Gaule, les auxiliaires germains, et des volontaires, pouvait compter sur cent trente mille hommes. Malgré le conseil de quelques-uns de ses généraux^ il ne voulut pas attendre Maxence, mais marcher contre lui. Une vie* toité remportée en Italie, sous les murs de tlome, conve-» nait mieux à son ambition. Il s'assura seulement de la neutralité de Licinius, qu'il n'eut point de peine à obtenir; et il partit. Sur le point de jouer sa destinée (X)Dtre un rivai qui invoquait les souvenirs patriotiques de la vieille Rome^ et qui fouillait jusqu'aux entrailles des victimes humaines pour trouver la faveur des dieux^ Cons<> tantih né pouvait se défendre cependant d'une sorte d'in-^ quiétude religieuse. Il craignait, par un reste de superstition, les sacrifices de la vieille religion anxqnels MaxeUce avait recours, et qui avaient accompagné la fortune de l'Empire. Les confidences qu'il fit plus tard k Êusèbe^

dans la lettre que rapporte celui-ci S témoignent de ces troubles intérieurs, quoiqu'elles leur donnent une précision et un caractère qu'ils n'avaient peut-être pas encore. Plus avide d'une croyance positive que ne l'avait été son père Ck)nstance, et penchant davantage vers le monothéisme, Constantin avait toujours aimé à mettre ses armes, son avenir sous la protection particulière d'une divinité; et il n'avait plus de confiance dans les divinités païennes invoquées par son compétiteur. Il sentait bien qu'il y avait dans le courant des opinions et des pensées alors,une puissance nouvelle qui pouvait le pousser au porL Mais il aurait voulu en avoir comme un signe^ un gage^. Il était tenté, et il avait peur de livrer sa fortune à ce vent inconnu de l'opinion qui s'était levé sur le monde. Sans doute, il ne manquait pas autour de lui de personnages graves ou chers qui rengageaient à confier sa fortune au Diea des chrétiens. Osius, évèque de Cordoue, était parmi ses familiers; peut-être avait-il déjà prédisposé la mère de Constantin et sa femme au christianisme. Gonstantio connaissait ce nouveau Dieu, il en avait protégé le culte. Il avait entendu parler de la puissance de ce signe de la croix, qui, au dire des païens mêmes, pouvait neutraliser

ses tourments. Il interrogeait Apollon : Apollon ne lui répondait plus.

Est-ce dans un de ces moments d'angoisses que Constantin, à la fin d'une marche laborieuse, ainsi qu'il le raconta six ans plus tard à Eusèbe, avec des souvenirs rendus plus précis par révënement, démêla, reconnut au cieU à la chute du jour {rUfi iniç {ppoç àiçwknoxnmç), l'emblème bien connu des chrétiens? L'esprit encore plein de cette vision, après cette mémorable étape, il cherchait le repos de l'âme et du corps dans le sommeil, quand il y retrouva encore, selon Lactance et Rufin^ l'objet de ses incessantes préoccupations. Un vieillard vénérable lui présenta de nouveau ce signe, et lui assura c que, par .lui, il vaincrait ses ennemis, i Païens et chrétiens mêmes, à cette époque, tenaient encore grand compte des songes et des signes. Constantin consulta ses familiers. La plupart des empereurs avaient alors leur dieu préféré et adoptaient leurs emblèmes spéciaux comme protecteurs et garants de leur fortune. Constantin^ avant de passer en Italie, fit pendre à la barre transversale du labarum, à l'étendard de l'Empire, un voile de pourpre avec le monogramme du Christ. Ce fut sous la protection de ce signe qu'il se présenta, deux mois après (3121), à la descente des Apennins, par la voie Flaminienne, dans la vallée du Tibre.

Haxence était sorti de Rome pour marcher au-devant de l'ennemi; il avait traversé le fleuve par le pont Mil* vins, et se déployait dans la plaine. L'inquiétude était dans son. armée. Un temple de la Fortune venait d'être récemment brdlé à Home, et le peuple s'était vengé sur

i. On sait qu'Eusèbe ne parle de l'apparition de la croix que dans sa Vie de Constanlin et point dans son Histoire ecclésiastique. Les délailf du songe ne concordent pas dans Lactance et dans Rufin. — Eu8èbe« Vie de Const,, i, c. 27. — Lact., Mort. Pers., c. 44. — Rufin, Hist, ceci., 1. IX, 0. 9.

m CONSTANTIN.

un chrélicn, probablement, qui avait r! de ce niailieur; au moment môme où Maxence était sorti de la ville, une volée de chouettes de mauvais augure s'était échappée avec de lugubres cris. Les soldats de Cionstantin étaient pleins d'ardeur; quelques-uns, par esprit d'imitation, avalent gravé plus ou moins grossièrement sur leurs épées ou leurs boucliers la croix ou le monogramme adopté par Constantin. La bataille ne fut point fort longue. Les Italiens, les alliés de Maxence lâchèrent pied sous la première charge de la cavalerie germaine. Les prétoriens seuls, qui ne pouvaient espèrei* de grâce, se firent tuer sur place. Entraîné par la fouie des fuyards, Maxence voulait repasser le Tibre. Porté, étouffé, culbuté, sans que personne eût souci de lui, il tomba au milieu de sa précipitation, avec beaucoup d'autres, par-dessus le parapet du pont Milvius. Constantin vainqueur fut reça^ dans la ville encore presque toute païenne, par le sénat et le peuple romain, comme s'il n'était pour eux qu'un nouvel empereur» changement auquel on était bien accoulumé. Â l'oubli involontaire ou calculé que commit le nouveau venu^ en n'allant point rendre grâce au Ca-

Constantin* m

triomphe qu'il éleva en commémora lion, et orna des basreliefs païens enlevés à l'arc de Trajan, le sénat répondit avec la môme prudence : t A Constanlin Auguste, qui par l'inspiration de la divinité et la grandeur de son génie, a vengé la République. » A quelque temps de là, le panégyriste de Constantin disait, en invoquant la protection d'en haut sur son prince : c Ëcoute-moi» auteur divin des choses, qui as voulu porter autant de noms qu'il y a ' d% langues parmi les hommes; Ame divine du monde et mobile sans moteur, ou puissance céleste qui contemple du sommet de cette citadelle la nature, ton ouvrage i c'est toi que je prie de conserver ce prince pour Téternité. > On surprend là l'expression du sentiment commun, religieux et politique à la fois, sous laquelle toutes les croyances religieuses et toutes les écoles philosophiques pouvaient alont s^abriier pour vivre au moins en paix et se tolérer réciproquement. Ce sentiment réunit également Constantin et Licinius dans une entrevue à Milan, en 313, et leur dicta cet acte célèbre de tolérance pour tous les cultes, qui assura la victoire du chrislia« nisme. t Occupés de poser la règle du culte et du respect de la divinitéy disaient les deux empereurs» nous accordons aux chrétiens et à tous autres toute liberté de suivre la religion qu'ils voudront, afin que la divinité qui réside an ciel {quod quidem divinitas in sede cœlesti) nous soit favorable et clémente à nous et à ceux qui vivent sous notre empire*; » et, par une juste conséquence, ils rendaient aux corporations chrétiennes et aux individus les biens qu'on leur avait enlevés pendant la persécution.

i. Eusèbe, Hist, eecl.^ %, S. — Lact., Mort. Pers., 48. Quod quidem Hivimtoê équiNsmi k quidguid est diviniiatis évidemment. Le grec est t( noré.ètfTi OeiÔTYic Kal oOpaviou TCpdyiwtTOç. Voir Mosh.,//w<. eccl. sœc.^ vt, p. I, p. 144. — Niaader^ Allg. gesch, d. Christ, tél. und Kirchfj^ p* u, p. 40S.

4t8 COlfSTàNnn.

favorable qu'il fût aux cbrëliens, Coostaulin, nans culte exclusif, apparteoait eocore à tous les cultes. Il n'était plus aux temples et pas encore aux églises. Il res« tait le grand pontife de cérémonies religieuses opposées qu'il protégeait; une sorte de souverain intermédiaire entre le ciel et la terre, entre la Divinité qu^il cher* chait lui-même^ et les hommes qui lui adressaient au moins en sécurité, sous toutes les formes, leur encens méprisé ou leurs agréables bommages 1

Sans être intolérant, le grand pontife d'Orient, Licinius, montrait plutôt sa sympatbie pour la vieille religion païenne. Ëtait-ce tendance naturelle cbez lai? Faible, au milieu deschréliens orientaux, sentait-il lebe* soin de s'appuyer, contre Constantin, sur le paganisme affaibli, mais puissant encore en Occident? Toujours est» il que Licinius s'entourait plutôt de prêtres païens, et ne supportait guère dans son empire de fonctionnaires cbrétiens ; il accomplissait avec fracas les anciennes cérémonies nationales, et même celles de cultes plus obscurs et plus r(}prouvés en Orient. Par esprit de rivalité, il cherchait à donner au sacerdoce païen une organisation hiérarchique modelée sur celle de l'Église. Quand il s'occupait des chrétiens, on ne pouvait l'accuser d'intolérance. Ce n'étaient pas de mauvaises mesures en ellesmêmes que celles qui ordonnaient la séparation des sexes dans les cérémonies chrétiennes, ou qui interdisaient aux hommes d'instruire les femmes dans le christianisme. En exigeant que les réunions des chrétiens eussent lieu en plein air, quand les églises étaient trop petites; en défendant aux évêques des différentes provinces, qu'il soupçonnait d'hostilité, de se réunir en synode, il ne prenait

Eus., Vit. Const., i, 51, 56, n, 60. Pour les médailles, Eckhel, t. thi, 75, 78, 94. Pour la querelle des Donatistes, saint Augustin; brev. collai cum Danat, S2, S4; ad DonaU post eollat.^ 88.

peut-être que des mesures dictées par une prudence toute politique. Venant d'un païen, toutes ces mesures prenaient cependant un air de persécution ou au moins de taquinerie qui déplaisait. L'Empire ne put contenir longtemps les deux pontifes.

La lutte éclata en 323 et fut terminée la môme année. Ce ne fut pas, on doit bien le penser, une guerre toute religieuse. Cependant, la victoire du christianisme ou dtf paganisme en dépendait. On le sentait dans tout TËmpire, et les espérances comme les craintes étaient grandes. C'est pourquoi les écrivains du temps, chrétiens ou païens, en forçant quelquefois les couleurs, lui ont donné ce caractère. La bataille eut lieu sur les confins de l'Europe et de l'Asie, aux bords de l'Hébre ou de la Maritza^ dans la Thrace ou la Turquie d'Europe actuelle, près d'Andrinople, non loin de Byzance, bientôt Constantinople. L'écrivain chrétien fait tenir à Licinius, avant la bataille, à ses troupes, le discours suivant : c Vous avez devant vous l'homme qui, désertant les mœurs et les institutions de ses pères, a passé au culte d'un dieu inconnu, étranger. Cette bataille décidera si tous les dieux doivent passer sous le joug d'un seul, ou si un seul doit céder à tous, nous avons pour nous la multitude. • Constantin, entouré de prêtres chrétiens, fit graver cette fois sur tous les boucliers le signe qui lui avait déjà donné la victoire; le matin, il donna un mot d'ordre qui, par une dernière précaution, pouvait encore être accepté par tous: c Dieu sauveur, i II remit cependant le labarum à cinquante braves vigoureux et éprouvés qui formaient comme un bataillon sacré. Lui-même, il se relira dans une sorte de tente en forme de tabernacle, pour y prier; puis il en sortit et donna le signal du combat. Le labarum servit de point de ralliement. Partout où il se porta, les bataillons deLicinius plièrent. Licinius vaincu, poursuivi dans Byzance,

puis dans Nicomédie, fat obligé de se rendre; il n'obtint la vie, et pour peu de temps, que giftcc aux prières de sa femme, sœur de Constantin. L'unité du gouvernement fut rétablie, et la victoire du christianisme suivit de près*. Le nouveau maître du monde était un des souverains les mieux disposés à associer sa fortune à celle de la religion nouvelle. Sans avoir la haute moralité d'un Marc- Aurèle, sans être précisément meilleur que la plupart de ceux qui l'avaient précédé, aussi ambitieux, aussi égoisle, aussi cruel, n'ayant pas pins de scrupule dans le choix des moyens pour parvenir, plus chaste cependant, il se distinguait de tous par ce trait particulier, qu'il croyait lui-même et aimait à faire croire, qu'il était des« tiné d'en haut à mettre fin aux désordres moraux et politiques de l'Empire, et à rétablir l'unité de gouvernement et de croyance ; et, par une rencontre assez extraordinaire, les Grecs et les Barbares partageaient voloniiei^s cette croyance. Quand Constantin sortait, avant les combats, de la tente où il priait, il paraissait tout illuminé d'un divin enthousiasme. Des païens et des chrétiens, quoique de points de vue différents, racontaient les prodiges advenus en faveur de sa fortune 2. Le soin que prit de bonne heure Constantin de s'entourer toujours de personnages graves, chrétiens ou païens, pénétrés, de quelque part qu'ils vinssent, dépensées religieuses, atteste suffisamment cette préoccupation morale. D'une part, l'évoque de Cordoue, Osius, et Laclance, à qui il confia Téducatiori de son (ils Crispus; de l'autre, le néoplatonicien Sopatre, qu'il fil asseoir longtemps à sa droite, et qui le disputa pied à pied à la foi nouvelle; des écrivains enfin comme Capitolin ou Lampride, qui rédigeaient pour lui, d'un point de vue tout

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