‹ Les empiriques; comédie en trois actes et en proseChapitre 28 sur 41 · C A R LOS · texte numérisé non relu

C A R LOS

Rien n'est prouvé , pas même les coups , puisqu'il n'y a qu'uft témoin ; mais c'est une question incidente. Venons d'abord au fend de l'affaire. 11 veut prouver qu'il est le vrai Carlos , par la preuve même de son vol ; car il ne m'oppose que des pièces qu'il m'a excroquées; et je prouverai , moi....

LE CoRRÉGIDOR.

Vous prouverez Vous ne prouverez pas que voils

soyez double , peut-être ?

Carlos.

.Non j je prouverai que- je suis simple , par ceîte lettre que j'écris à Aguilar. Qu'on y envoie un exprès à mes frais, et vingt pericnnes dignes de foi viendront aussi-tôt me reconnoître, et met-

ACTESECOND. 59

tront votre Seigneurie en état de prononcer. En attendant , qu'on nous garde l'un et l'autre en piibon, et qu'enfin Timposteur soit confondu.

Voilà une botte de longueur à laqvielle je ne m'attendcis pas.

LE CORRÉGIDOR

L'expédient est fort de saison ; et je ne crois pas devoir le rejetter. Ce seroit sûrement l'avis de mon greiHer.

Robert, à p. in au CorrJglaor.

Votre monture est vieille et malade, et r.n Corrégidor d'Urgel doit être bien monté. Demain matin je vous envoie la plus belle de mes mules, {à.iut. ) J'observe à !a justice , que ce fou ou ce frlppon , qui veut me fdire arrêter, ne peut avoir d'autre but qu2 d'inquiéter un honnête homme, qui n'a rien de commun avçc lui. Et comme les formes sont en ma faveur , il seroit souverainement injuste de me priver de ma liberté, à la demande d'ua homme que ces mêmes formes condamnent.

Carlos.

Seigneur Corrégidor , il ne faut qu'un jour et demi pour avoir des nouvelles d'Aguilar, et si je vous en impose, vous ferez de moi ce que vous voudrez.

LE Corrégidor.

Je le crois bien , parbleu ; je suis Corrégidor pour, quelque chose , peut-être. J'ai bien affaire de vos avis. Robert.

C'est un vagabond.

LE Corrégidor.

Qui n'a point de certificats.

Robert, a un a'.r d'intelligence.

Point de niules.

Carlos.

Ji le crois bien , le diôlc m'a tout pris.

Robert.

Et qui se m^le de donner des avis à un magistrat, dont la

pénétration , le profond savoir , l'austère intégrité sont connu! de toute l'Espagne,

LE CoRRÉOIDOR;;je gonflant.

Un magistrat qu! possède une charge de quatre mille pîstoles.

Carlos.

Voilà pourquoi la justice est si chère et si rare.

Robert.

Il injurie le magistrat lui-même.

LE CORRÉGIDOR

Vous croyez, Docteur, qu'il m'a injurié?

Et grièvement. Oser dire que vous vendez la justice !

LE CoRRÉGIDOR.

Sans doute , je la vends. Ne faut-il pas que ma charge m« rapporte l'intérêt de mon argent ?

R O B E R T, <i part.

Il est de bonne-foi , au moins.

Carlos.

Faut-il se voir ainsi mener par un frippon fieffé» un empoisonneur public. , . .

Robert, s' écriant.

Dommages et intérêts.

Carlos. ,

Oui , un empoisonneur public , qui ne connoît rien en médecine , et qui , ( ûu Corrégldor. ) grâce à vous , tuera impunément ses malades. Leurs mânes crient déjà vengeance, et leur sang retombera sur vous.

le Corrécidor.

Comment des mânes qui tombent sur moi, du sang qui crie! qu'est-ce que cela veut dire ?

^ R O B E R T à <î P^rt.

Ses gouttes balsamiques prouvent qu'il n'en sait pas plus que moi. Poussons-le à bout : s'il avoue son ignorance, il est capot,'

Carlos.

Ah! vous êtes interdit, l'homme aux cxpédiens. Vous qui

pnouvez tout si facilement, vous prouverez aussi que vous êtes

médecin.

Je suis interdit 1 Prostituons , puisqu'il le faut , le langage d«

l'art à ces oreilles béotiennes.

leCorrégi-dor.

Deux Carlos, deux avocats, deux médecins...'. Mais vous ttes donc six en deux personnes ?

Robert.

Je vais parler anatomie , ostéologie , physiologie , étiologie ,

nosologie , pirétologie , pathologie , séméiologie , et j'entre en

matière.

C A R L O s , à parc.

Mais vraiment, y entendroit-il quelque chose ? Je crains de m'être trop avancé.

LE CORRÉGIDOR

Allons , Docteur de fraiche data , parlez minéralogie , mi-

thologie , parlez , parlez.

Carlos,

Au reste , il importe peu qu'il soit instruit ou non. Il ne s'agit

pas de soutenir thèse , mais de savoir à qui appartiennent les

équipages et les mules.

Robert.

Voyez-vous , vcyez-vcus , comme il veut éluder la question: Ignorant avéré. . . .

Ignorant , ignorantissime.

Robert,

Et calomniateur sur nouveaux frais,

LE CoRRÉGIDOR.

Ohl je l'arrangerai , je l'arrangerai.

KoBERT, au Corrégidor.

La mule st belle , et marche bien.

Cz L E S E M P I P. I Q U E S ,

LE CoRRÉGIDOR.

Nous vencns cela.

R O B E R T , je gonflant.

Savez -vous que )'al découvert ,1e t'ssu cellulaire qui couvre les houpcs nerveuses de la crête de Tomoplate ? ( ^ pan. ) Il ne me rit pas au nez : il ne sait rien , il va en convenir.

C A R L O s , ii part.

Mais ce fripnonnepaieroit-i) pas d'effronterie ? Hazardons quelque chose. ( haut. ) Savez-vous, vous qui prétendez être l'homme par excellence , que j'ai guéri nombre de malades abandonnés

des médecins ?

Robert.

Le grand miracle ! J'en ai guéri , moi , que les médecins ne vouloient pas quitter.

J'ai guéri des gouttes, des apoplexies, des pulmo- En^cmhh et J "■'«» ^^^ paralysies.

vlvanent. \ R O B E R. T.

ff J'ai guéri des épileptiques , des pestiférés , des (vaporeux, des enragés.

Carlos, très-chaudement.

J'ai guéri un létliargique qui n'avolt respiré de quatre jours.

Robert, étourdlment.

Moi , )'ai ressuscité des morts.

Carlos riant, LE CoRRÉGiDOR stupéfait.

Il a ressuscité des morts !

Robert.

Oui , j'ai ressuscité des morts.

LE CoRRÉGIDOR.

J'ai la plus haute vénération pour la médecine ; cependant ressusciter des morts , c'est un peu fort , seigneur Docteur. Vos discours ne seroient-lls pas hyper hyper. . . hyperbo

Robert.

Hyperboliques ?

LE CORRÉGIDOR

C'est ce que je disois, hyperboliqu.;s.

Robert.

Pas ou tout. Jamais je ne pr.rle de mes talens ; mais on m'attaque, et il a fallu se montrer médecin, et plus que médecin.

LE CORRÉGiDOR.

Oh! je me suis apperça d'abord que cette espèce de filou n'est qu'un bavard , et rien de plus. Mais , Docteur , ressusciter des morts !

Robert.

Cela vous étonne .'' il n'y a rien de si simple. Qu'est-ce que la vie ? un souffla. Qu'est-ce que la mort ? l'absence de ce souffle. Qu'est-ce que la résurrection , le retour de ce souffle.

LE CoRRÉGIDOR.

Cela me paroît très-clairement expliqué.

Carlos.

Vous ne voyez pas que c'est un charlatan qui veut se tirer d'affaire avec de mauvaises plaisanteries ?

LE CoRRÉGIDOR.

Mauvais plaisant vous-même , entendez-vous , mon ami.

Carlos.

Et pendant qu'il vous débite des fadaises , nous perdons de vue l'objet principal , mes équipages, mes mules.

LH CoRRÉGIDOR.

Si tu m'interromps encore , je te fali mettre en prison.

Robert.

Cela devroit déjà être fait.

LE CoRRÉGIDOR, rt par' à Rolcr:.

Cela ne tardera pas. ( haut. ) Mais revenons. Vous êtes donc bien sûr , Docteur , d'avoir ressuscité des morts ? Robert.

Comment , î1 j'en suis sûr !

<4 LESEMPlRlQUESf

LE CORREGIDOR

En vérité ?

Robert,

En vérité.

LE CORREGÎOOR.

Parole d'honneur ?

Robert.

Farcie d'honneur.

LE C o R R E G I D o R , /rjï présentant la main: Touchez-là , homme étonnant. Le Ciel a guidé vos pas : vous relèverez. . . .

Robert.

Quoi ?

LE CORREGIDOR

Ma famille en ressuscitant. . . .

Robert, effrayé.

Qui?

LE CORREGIDOR

Ma fille unique décédée hier au soir.

Carlos, Par Notre-Dame de Lorette , le voilà pris.

LE CORRÉGIDOR

C'est ma dureté qui l'a mise au tombeau ; mais je réparerai

mes toits.

Robert, anéanti.

Comment ! votre fille est morte , et vous me le dites si tard ?

le CoRRÉGlDOR.

Qu'aurois-je gagné à vous le dire plutôt ?

Robert.

Oh \ lien du tout, ( à part. ) Nous voilà jolis garçons !

Allons j Docteur , ressuscitez , ressuscitez.,

Certainement , i! la ressuscitera.

Carlos.

Carlos.

A peine do passer pour le tourbe le plus effronté....

LE CORRÉGIDOR

Paix.

Robert, balbutiant.

Oui , je crois que. . .. j'espère parvenir. ( à part. ) Je ne sais plus où j'en suis , ou le diable m'emporte. Carlos.

Voyez-vous , voyoz-vcus comrae il est embarrassé ?

LE CORRÉGIDOR

Non, Monsieur, non; c'est qu'il réfléchit....

Carlos.

Oui , aux moyens de nous tromper.

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