ACTE SECOND
l’ aubergiste.
A votre table !
Robert.
Tous nos momens sont consacrés à l’art. Nous travaillons à une tlécouverte importante ^ et nos repas sont autant'de dissertations qui tournent au profit de l’humanité. Cinq couverts. Pensons maintenant au coucher.
Je loge votre Seigneurie dans cette chambre, {^montrant la pont à sa droitt. ) L’ameublement n’est pas très-frais , mais il est de la plus grande richesse ; il vient du duc d’Olivarès.
Pc O B E R T.
Allons , je m’arrangerai du lit du duc d’Olivarès. E<t mes gens , vous les mettez dans cette autre chambre ?
l’ AUBERGISTE.
Non pas : c’est la chambre dü seigneur Alvar, jeune homme de Guipuscoa ^ qui étoit retenu ici par l’amour , et dont la maîtresse a été enterrée ce matin. Il promène sans doute sa douleur dans les rochers voisins de la ville ; mais je crois qu’il rentrera ce soir. C’est une histoire touchante : je vais vous la raconter.
Robert.
Je vous en dispense. Au reste , ne dérangeons p^s le seigneur Alvàr , respectons son domicile. Cependant il faut que mes gens soient couchés convenablement.
Je les mettrai aux mansardes.
Robert.
Aux mansardes ? C’est bien mesquin.
l’ AUBERGISTE.
I Les gens du Général Rabbi y ont couché il y a huit jours; Robert.
Il a donc passé ici pour s’aller faire battre par les Français ? l’ AUBERGISTE.
Non pas, il en revenoit , et faisoit sa retraite en poste. ,
Robert.
Va donc pour les mansardes. A propos, avez-vous mis moii tableau à la porte ?
l’ AUBERGISTE.
Vingt personnes l’ont déjà lu.
Robert.
C’est bien , c’est fort bien , c’est au mieux. J’ai vu le Corîégidor , et j’ai obtenu son agrément pour exercer impunément la médecine dans Urgel. Il n’est pas mal bête , votre Corrégidor. l’ AUBERGISTE.
C’est ce que tout le monde dit ; mais il est riche.
Et avec de l’or on s’affuble d’une grande charge qu’on) remplit petitement. ->.
^ C’est cela.
Robert.
\ C’est un moyen à-peu-près sûr de mettre les sots en place ; car ordinairement le mérite n’est pas opulent. Ah ça , ditesmoi , le pays est-il abondant ?