L’ AUBERGISTE
En denrées ?
^ Robert.
En maladies.
l’ AUBERGISTE.
Autrefois on s’y portoit à merveille ; mais depuis que les armées sont dans les environs , toute la ville a la fièvre. Robert.
C’est charmant. Je traiterai toute la ville. Fièvres continues , fièvres intermittentes , fièvres putrides ^ fièvres inflammatoires , n’est-il pas vrai ?
l’ AUBERGISTE.
Mais il y en a de -toutes les façons.
Robert.
C’est à merveille. Et sans doute vous avez beaucoup de médecins ?
l’ AUBERGISTE.
Nous n’en avons qu’un.
Robert.
C’est trop heureux. Jeune ?
Au contraire.
Robert.
C’est admirable. Les jeunes médecins ne save/it que parler métier , et je n’aime pas cela.
Ainsi votre medeéin est vieux ?
l’ A UBERGIST-E.
Impotent et goutteux.
Robert.
On ne meurt donc pas à ürgel ? I
On guérit tout naturellement.
C’est le plus sûr , mais c’est le plus long. J’ai une méthode tout- à-fait expéditive et qui vous étonnera. Domingo , voyez s’il nous reste des pilluleS pour les fièvres épidémiques.
Michel.
Nous avons tout épuisé à Aguilar.
Il faut en refaire , Domingo , et sans perdre un moment. Ma gomme orientale en tiers avec la rhubarbe et le quinquina , dans une décoction de vinaigre des quatre voleurs.
Michel.
Oui , Seigneur. ( ils fabriquait dis pilluks avec a quils trouvait sous la main. )
Dubreuil, à part.
Un médecin de profession ne raisonneroit pas mrèax;
Robert, à Vaubtrgisu.
Je vous réponds que ceux que je traiterai ne souffriront pas long-temps. Vous pouvez m’annoncer.
Je n’y manquerai pas. Vous n’avez plus rien à m’ordonner }
Non , ma bonne amie. Retournez promptetnent à la cuisine, et n’en sortez que pour me servir. Qu’on pense à mes mules : le boisseau d’avoine , et de la litière jusqu’au ventre.
ROBERT, MlCtlEE, DUBREUÏL, LECOURT j DUVAL.'
M I C El E L;
Y penses-tu de donner de semblables ordres ? Il n’y a que dix pistoles dans la bourse du jeune homme ; ce soir il ne restera rien.
Robert.
Il ne restera rien ?' Je compte bien tout garder. On ne paie qu’en sortant : c’est un vieux Rébus que tout le monde connoîü.
Michel.
Mais avec quoi paieras-tu, si tu fais cette dépense infernale?
Robert.
N’allons-nous pas lever des contributions sur la crédulité et la folblesse humaine ? Toute une ville qui a la fièvre , oîi il n’y a qu’un médecin , et oh le Corrégidor est un sot , qui ne s’oppose à rien ; c’est une moisson abondante et certaine que cela. D’ailleurs la nécessité de payer ne me paroit pas démontrée,
Michel.
Je ne crois pas qu’on puisse en douter.
Ne s’établit-on pas chez rennemi à discrétion ? Mais mettons
les choses au pis. Supposons que la médecine ne rapporte rien et qu’il faille enfin payer : eh bien , les mules paieront , et nous reprendrons l’habitude modeste de voyager à pied.
Michel;
Manger les mules ! Mais tu crois donc rester ici six semaines ?
Robert.
Ecoutez 5 monsieur le raisonneur : on vit très-mal dans les prisons d’Espagne : un ordinaire réglé , et quelques jours de repos nous feront le plus grand bien , et nous donneront des forces pour aller plus loin.
Michel.
Mais je n’entends pas que nous perdions ici un temps précieux; Robert.
Tu n’entends pas. .. . tu n’entends pas..:. Je te reconnols au bataillon , tu dois me reconnoître ici. Je suis le maître, je crois? Michel.
Il n’y a qu’à le laisser faire , nous verrons de belles choses;' Robert.
Quatre jours , mon Lieutenant , rien que quatre jours. Tu vois que je suis de bonne composition.
Ohl il n’y a rien à dire à cela.
C’est raisonnable.
Très-raisonnable.
Allons donc, quatre jours, puisque vous le voulez , mais pas une heure de plus.
Pas une heure de plus, foi de médecin. Ah ça , il est bon que vous fassiez un tour par la ville : il convient de montrer ma livrée. D’ailleurs des Français dans une ville d’Espagne font toujours quelques petites observations qu’on retrouve plus tard;
LES EMPIRIQUES; Michel.
Il a raison;
Robert.
Allez , et n’oubliez pas le souper. Vous sentez que je ne puis décemment vous attendre. ^
Michel;
Sa Seigneurie n’a pas d’autres instructions à nous donner ?
Robert. ^
Si fait, si fait. Marchez le nez au vent, le jarret tendu, l’air insolent et bête des laquais de l’ancien régime ; cela donne une haute idée du maître. Partez , faquins. ( ils sorunt m riant. )