ACTE TROISIÈME
Marguerite, courant à la croisée.
Les voilà , les voilà qui entrent. En tête du cortège est Léonore , appuyée sur son père , puis viennent les ressusciteurs qui s’avancent fièrement environnés de flambeaux , et suivis des enfans , des femmes à rosaire , et des nigauds de la ville.
MARGUERITE, ALVAR , LÉONORE , LE CORRÉGIDOR, ROBERT, MICHEL, DUBREUIL, DUVAL, LECOURT.
A chère
xA L V A R , courant à Léo nore, Léonore !
LE CORRÉGIDOR, ax'cc cmphasc.
Voilà un triomphe aussi éclant que celui d’un Grand-Inquisiteur à im auto-da-fé.
R O B E R T , avec une d'-gnlté comique.
On m’a avili , maintenant on m’élève aux nues. Voilà bien le peuple Espagnol : toujours au-delà du vrai , et ne suivant que l’impulsion du moment. Au reste, je sais convaincre et pardonner. Grand dans les reveis, modeste dans la prospérité , je suis également au-dessus des injures et des éloges.
LE CoRRÉGIDOR.
Pour moi, je joins mon suffrage à ceux ^de la multitude; j’admire et je me tais.
Marguerite.
C’est ce que vous pouvez faire de mieux.
LE CoRRÉGIDOR.
Mais , dites - moi cependant , n’y auroit-il pas un peu de diablerie dans cette aventure ? C’est que vous êtes vraiment un homme incompréhensible , inconcevable , impénétrable , inexplicable.
LES EMPIRIQUES, Robert.
Eh! non , je suis un aventurier , un escroc, un imposteur, un conteur de sornettes , un homme qui insulte à la douleur paternelle, un homme à livrer à la justice.
LE CORRÉGIDOR
Dame, on le disoit , moi je l’ai cru. ^
P.. O B E R T , tmphatlqmment.
Un homme de poids, un homme de génie comme vous, prononcer sur les apparences ! Mais je vous pardonne avec les autres. Amnistie générale.
LE CORRÉGÎDOR.
Au reste, vous m’avez rendu un service signalé, et je vous en remercie.
Robert.
C’est trop honnête , en vérité.
Michel.
Nous ne voulons d’autre récompense que la liberté de sortir à l’instant de la ville.
le Corrégidor.
Ah ! c’est trop juste. Sortez , sortez.
Quoi , mon père 1 sans la moindre marque de votre recon» noissance ?
LE Corrégidor.
J’ai remercié.
LEONORE,d deml-v-olx.
Mais cela ne suffit pas. Un cadeau....
" Alvar, j’ai remercié, et cela ne suffit pas. Chargez-vous du cadeau.
Alvar.
Oh ! bien volontiers.
Marg uerite,.£2^ Corrégidor,
Voilà comme on fait les bonnes maisons.