INTOXICATION PAR ERREUR DES GARDES-MALADES
cins OU font leur cure sans souci d'aucun avis. Ce sont elles, dont la mort imprévue, et presque subite, surprend leurs amis qui, ne sachant pas dans quelles conditions l'accident s'est produit, imputent à la station les méfaits dont est seule responsable l'imprudence du baigneur.
Je ne cite en ce moment que pour mémoire, les nombreux morphinomanes et cocaïnomanes qui s'empoisonnent par leur propre volonté, mais cette fois avec la complicité d'un pharmacien qui leur délivre le poison contrairement aux lois et règlements. Nous étudierons ces questions quand nous vous parlerons de la morphine et de la cocaïne.
Quant à l'intoxication alcoolique, elle mérite une étude spéciale.
2° Intoxication par erreur des gardes-malades.
L'empoisonnement criminel du nouveau-né est rare. Slingenberg, d'après Mende (1), en rapporte deux cas, commis par des mères sur leurs enfants, l'un par l'orpiment, l'autre par du vert-de-gris. Tardieu mentionne deux cas, dans lesquels des mères faisaient téter à leurs enfants, âgés de quelques semaines, une éponge imbibée, pour l'un, d'acide chlorhydrique, pour l'autre, d'acide nitrique (2).
Je fais remarquer incidemment qu'en réalité il ne s'agit pas d'infanticide, les enfants avaient déjà quelques semaines.
Au contraire, l'empoisonnement accidentel des jeunes enfants est fréquent, il est le fait de la mère, de la nourrice ou de la sage-femme. Je ne sais pour quelle raison les sages-femmes s'imaginent que les enfants doivent entrer dans la vie en prenant une purgation ; aussi donnent-elles, lesecond ou le troisième jour aprèslanaissance, une cuillère à café de sirop de chicorée au nouveau-né ; ce sirop de chicorée n'est pas dangereux, mais assez souvent une erreur
(1) Schlingenberg, Viss. medic. forens. de InfanLicidio. Gi'œningen, 1834, p. 99.
(2) P. Brouardel, VInfanlicide, 1897, p. r28.
est commise. Au lieu de sirop de chicorée, on administreau bébé une cuillère à café de laudanum ou même de teinture d'iode.
Cette erreur semble incroyable, car le sirop de chicoréen'a ni l'odeur, ni la couleur, ni l'aspect du laudanum ou de la teinture d'iode et cependant elle s'est produite et se produit encore très souvent, en province surtout, l'habitude de purger les enfants nouveau-nés ayant presque disparu à Paris.
Chevallier (1) a publié un certain nombre de cas d'empoisonnements criminels à l'aide la décoction de têtes depavots, notamment celui d'une femme qui tuait, par ce moyen, les enfants qui lui étaient confiés en sevrage.
Sans intention criminelle, nombre de nourrices et d& gardeuses d'enfants ont l'habitude de faire sucer à cesjeunes enfants, pour les calmer ou les endormir, un nouet de linge qu'elles trempent dans une infusion de têtes depavots. « Il ne faut pas oublier que des infusions, faites avec moins d'une tête de pavot, ont déterminé la mort chez de très jeunes enfants (2). » On conçoit, dès lors, les dangers de cette pratique très générale dans certainescontrées.
Hofmann (3) rapporte l'observation d'un enfant de six mois, auquel sa grand'mère, une vieille femme de soixantedix ans, a fait prendre au lieu d'un médicament une cuillerée à thé de lysol concentré. L'enfant mourut le lendemain.
Chez les adultes, les erreurs sont aussi assez fréquentes. Dans ces dernières années, on en a signalé un assez grand nombre dues à l'ingestion de phénol. Il y a aussi quelques exemples d'empoisonnement par des substances diverses^ par des lavemen ts. Une erreur de médicament ou de dosage, commis par des personnes étrangères à la médecine et
(1) Chevallier, Note sur la vente libre des capsules de pavois {Aiui^ d'hyg. pub. et de méd. légale, 1869, t. XXXI, p. 12-4).
(2) Ogier, Traité de toxicologie chimique, 1899, p. 553.
(3) Hofmann, Vibert, Brouardel, Atlas manuel de médecine légale,. 1899, p. 1.31, pl. XL.